Des journalistes mexicains, portant des équipements de protection individuelle en pleine pandémie de COVID-19, couvrent une manifestation de travailleurs municipaux à l’Hôpital général Balbuena de Mexico, le 16 avril 2020. (AFP/Pedro Pardo)
Des journalistes mexicains, portant des équipements de protection individuelle en pleine pandémie de COVID-19, couvrent une manifestation de travailleurs municipaux à l’Hôpital général Balbuena de Mexico, le 16 avril 2020. (AFP/Pedro Pardo)

Avis de sécurité du CPJ: couverture de la pandémie de coronavirus

Mis à jour le 20 mai 2020

Le 11 mars 2020 l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré que l’épidémie de COVID-19 (nouveau coronavirus) avait évolué en pandémie. Bien que le nombre de nouveau cas enregistrés continue d’augmenter dans le monde entier, selon l’OMS, beaucoup de pays constatent actuellement un déclin régulier du taux d’infection, et certains d’entre eux ont commencé à assouplir progressivement leurs mesures de confinement, comme l’a rapporté The Guardian.

Partout dans le monde les journalistes jouent un rôle essentiel pour tenir le public au courant de l’évolution du virus et des efforts des gouvernements pour y faire face, malgré les efforts déployés dans plusieurs pays pour imposer des mesures répressives à l’endroit des reportages indépendants et à l’accès aux informations, comme l’a montré le CPJ. Les professionnels des médias sont confrontés à des pressions et à un stress énormes et sont souvent potentiellement exposés à l’infection par le biais de leurs déplacements, leurs interviews et les lieux où les conduit leur travail, selon des entretiens du CPJ avec des journalistes. Les journalistes ont dû affronter la censure, la détention, le harcèlement physique et en ligne, et la perte de leurs moyens d’existence à cause de la COVID-19, comme l’a souligné récemment le CPJ dans des reportages récents.

À mesure que la situation continue d’évoluer et que de nouvelles informations émergent, les autorités compétentes publieront des consignes sanitaires actualisées et feront le point sur la pandémie. Les journalistes couvrant la pandémie doivent se tenir informés auprès de l’OMS et de leur organisme local de santé publique.

Le Centre de ressources sur le coronavirus de l’université John Hopkins est une ressource sûre et fiable pour se tenir informé du développement de la pandémie.

ASSUREZ VOTRE SÉCURITÉ SUR LE TERRAIN

En raison des restrictions très étendues imposées sur les voyages internationaux, la majorité des travaux médias continueront probablement à être limités à l’échelle nationale dans l’avenir immédiat. Toutes les affectations sont fort susceptibles de changer ou d’être annulées sans préavis ou presque, en raison d’une situation qui évolue rapidement partout dans le monde.

Ceux qui prévoient de couvrir la pandémie de COVID-19 devraient tenir compte des informations suivantes en matière de sécurité :

Avant l’affectation

● Afin de minimiser le risque d’exposition, et chaque fois que cela est possible, les interviews doivent continuer à se faire par téléphone ou en ligne plutôt qu’en personne.

● Selon les CDC (Centers for Disease Control and Prevention) des États-Unis, les personnes âgées et les individus souffrant de problèmes de santé sous-jacents sont considérés comme présentant un risque élevé. Si vous faites partie de ces catégories, vous ne devriez participer à aucune mission qui vous mette en contact direct avec le grand public. Une attention particulière devrait aussi être portée aux employées enceintes.

● Lors du choix du personnel destiné à couvrir la pandémie de COVID-19, l’équipe de direction devrait prendre en compte les agressions racistes à l’encontre de certaines nationalités, comme l’ont souligné le Secrétaire général des Nations Unies et Human Rights Watch.

● Certains pays qui ont récemment levé leurs mesures de confinement les ont réimposées depuis, comme l’a rapporté Business Insider. Vous auriez donc intérêt à discuter des plans d’aide mis en place par votre équipe de direction au cas où vous tomberiez malade pendant votre affectation, en tenant compte de la possibilité d’un auto-isolement et/ou d’être immobilisé(e) dans une zone de quarantaine/confinement pendant une période prolongée.

Bien-être psychologique

● Même les journalistes les plus expérimentés peuvent avoir du mal psychologiquement à couvrir la pandémie de COVID-19. L’équipe de direction doit maintenir un contact régulier avec ses journalistes pour vérifier comment ils composent avec la situation et pour offrir conseils et soutien le cas échéant.

● Si vous prévoyez de couvrir la pandémie, cette affectation pourrait préoccuper et stresser les membres de votre famille. Discutez avec eux des risques et de leurs préoccupations. Au besoin, organisez une conversation entre les membres de votre famille et les conseillers médicaux de votre organisation.

● Des journalistes couvrant la COVID-19 ont confié au CPJ que même leur famille et leurs amis ont parfois contesté les dangers, en réagissant souvent de manière négative. Cela peut être décourageant.

● Tenez compte de l’éventuel impact psychologique de vous trouver en affectation dans un lieu ou une région touché(e) par la COVID-19, notamment une installation médicale ou un local d’isolement, ou encore une zone de quarantaine. Des ressources utiles destinées aux professionnels des médias couvrant des situations traumatisantes sont disponibles sur le DART Center for Journalism and Trauma. Pour vous informer sur les ressources de sécurité extérieure, y compris les meilleures pratiques en matière de santé mentale pour les journalistes couvrant la COVID-19, visitez la page du CPJ sur les Urgences.

Évitez de vous infecter et d’infecter les autres

La plupart des pays pratiquent la distanciation sociale/physique. Si vous travaillez sur le terrain avec les services d’urgence ou si vous vous rendez dans des lieux à risque élevé comme les suivants, renseignez-vous d’avance sur les mesures d’hygiène en place. En cas de doute, ne vous y rendez pas.

● Tout établissement de santé

● Une maison de soins pour personnes âgées

● Le domicile d’une personne malade et/ou âgée, ou ayant de problèmes de santé, ou enceinte

● Une morgue, un crématorium, des funérailles

● Une zone de quarantaine, d’isolement ou de confinement

● Une habitation urbaine bondée (bidonville ou favela)

● Un camp de réfugiés

● Une prison ou un centre de détention où il existe des cas de COVID-19

Les recommandations standard pour éviter l’infection sont notamment les suivantes :

● Maintenez une distance d’au moins 2 mètres entre vous est les autres. Soyez particulièrement prudent(e) lorsque vous êtes à proximité de personnes présentant des signes ou symptômes de maladie respiratoire, comme la toux et les éternuements, et/ou en interviewant les personnes âgées, celles souffrant d’affections sous-jacentes, toute personne côtoyant des individus symptomatiques, les professionnels de la santé traitant des patients atteints de COVID-19, ou les travailleurs situés dans des lieux à haut risque.

● Évitez les poignées de main, les accolades/embrassades, les baisers.

● Essayez de vous tenir à un angle oblique par rapport à votre sujet lors d’un entretien plutôt qu’en face, en maintenant toujours la distance de 2 mètres recommandée.

Lavez-vous les mains régulièrement et avec application, pendant au moins 20 secondes à chaque fois, avec de l’eau chaude et du savon. Assurez-vous de bien les sécher. Vous trouverez un guide très utile sur la manière de se laver et de se sécher les mains correctement sur le site Internet de l’OMS.

● Utilisez un gel antibactérien ou des lingettes antibactériennes s’il n’y a ni eau chaude ni savon, mais ne manquez pas de toujours vous laver les mains avec de l’eau chaude et du savon dès que possible après. (Le CDC recommande d’employer un désinfectant pour les mains à base d’alcool contenant plus de 60% d’éthanol ou 70% d’isopropanol). Ne remplacez surtout pas la routine du lavage régulier des mains par l’utilisation d’un désinfectant pour les mains.

● Placez toujours votre main sur votre bouche et votre nez lorsque vous toussez et éternuez. Si vous toussez ou éternuez dans un mouchoir en papier, débarrassez-vous-en immédiatement de manière appropriée et sûre, et lavez-vous les mains après.

● Évitez de vous toucher le visage, le nez, la bouche, les oreilles, les yeux, etc., comme se souligne le BBC.

● Évitez de boire/manger dans des tasses, de la vaisselle ou avec des couverts pouvant avoir été touchés par d’autres personnes.

● Veillez à couvrir vos cheveux. Les cheveux longs doivent être attachés et cachés.

● Enlevez tout bijou et bracelet-montre avant chaque affectation car le virus COVID-19 peut persister sur beaucoup de différents types de surface pendant des durées variables.

● Si vous portez des lunettes, nettoyez-les régulièrement avec de l’eau chaude et du savon.

● Évitez de porter des lentilles de contact, si possible, en raison de la probabilité de vous toucher les yeux et d’accroître ainsi le danger de vous infecter.

● Réfléchissez aux habits que vous porterez en tenant compte du fait que certaines étoffes peuvent s’essuyer plus facilement que d’autres. Après chaque affectation, tout habit doit être lavé à une température élevée avec un détergent.

● Si possible, évitez toute transaction en espèces et assurez-vous de bien nettoyer régulièrement vos cartes de crédit/débit, porte-monnaie, et/ou sacoche/bourse. Évitez autant que possible de mettre les mains dans les poches.

● Tâchez toujours de mener vos interviews à l’extérieur. Si vous devez le faire à l’intérieur, choisissez un lieu où il y a un courant d’air (avec les fenêtres ouvertes, par exemple) et évitez les pièces/espaces exigus et confinés.

● Choisissez bien votre mode de transport à destination et en provenance de votre affectation. Évitez de prendre les transports en commun aux heures de pointe et veillez à vous laver les mains avec du gel hydroalcoolique à votre descente.

● Si vous vous déplacez dans votre propre véhicule, sachez que toute personne infectée à bord du véhicule peut contaminer les autres passagers, comme l’a montré récemment la BBC en Inde. Roulez avec les vitres ouvertes pour assurer une bonne circulation de l’air à travers le véhicule et envisagez de vous couvrir le visage ou de porter un masque.

● Faites des pauses régulières et faites attention à vos niveaux de fatigue/énergie en vous rappelant que les individus fatigués sont plus susceptibles de négliger leur régime d’hygiène. Tenez compte aussi des longues distances à couvrir éventuellement avant et après le travail.

Assurez-vous de toujours bien vous laver les mains avec de l’eau chaude et du savon avant, pendant et après votre séjour dans une zone affectée.

● Si vous développez des symptômes, notamment de la fièvre ou un essoufflement, pensez à la façon dont vous allez vous faire soigner. Certains organismes de santé nationaux peuvent recommander une auto-quarantaine pour éviter d’infecter d’autres personnes. Si vous êtes dans un pays fortement infecté, vous risquez de rencontrer des patients infectés par la COVID-19 dans des centres de traitement surpeuplés, augmentant ainsi votre risque d’exposition.

● Consommez uniquement de la viande et des œufs cuits.

Sécurité des équipements

La possibilité de répandre la COVID-19 par le biais d’équipements contaminés est réel. Un régime strict de nettoyage et de désinfection doit être mis en œuvre et respecté à tout moment :

● Utilisez des microphones directionnels pour maintenir une distance sûre plutôt que des micros-cravates.

● La housse de vos microphones doit toujours être scrupuleusement lavée et désinfectée à la fin de chaque affectation. Demandez conseil ou une démonstration de la manière de retirer la housse du microphone pour éviter toute contamination croisée potentielle. Tâchez si possible d’éviter les housses de type « wind muff », plus difficiles à nettoyer.

● Utilisez autant que possible des écouteurs à faible coût et considérez-les comme jetables, en particulier pour les invités. Essuyez et désinfectez tout écouteur avant et après usage.

● Utilisez des objectifs à longue portée afin de maintenir autant que possible une distance sûre lorsque vous travaillez sur le terrain.

● Partout où cela est possible, utilisez des équipements mobiles de préférence à ceux qui nécessitent des câbles.

● Réfléchissez à la manière dont vous rangerez vos équipements quand vous serez en reportage. Ne laissez rien traîner, remettez tout élément dans sa boîte/son boîtier et fermez bien (par exemple, quelque type de « flight case » aux surfaces dures et faciles à essuyer et à garder propres).

● Dans la mesure du possible et du pratique, protégez vos équipements dans un emballage de plastique quelconque lorsque vous vous en servez. Cela minimisera la superficie totale susceptible d’être contaminée et facilitera nettoyage et désinfection.

● Portez sur vous des piles/batteries pleinement chargées et évitez de charger quoi que ce soit sur le terrain, car cela ajouterait au nombre d’objets exposés à la contamination.

● Décontaminez toujours l’ensemble des équipements avec des lingettes antimicrobiennes à action rapide telles que des lingettes Meliseptol, y compris mais sans s’y limiter les téléphones portables, tablettes, câbles, connecteurs, écouteurs, ordinateurs portables, disques durs, caméras, laissez-passer de presse et cordons.

● Veillez à ce que l’ensemble de l’équipement soit de nouveau décontaminé lorsque vous le rendez, que les responsables de l’équipement en soient informés à l’avance et qu’ils soient formés à nettoyer l’équipement en toute sécurité. Assurez-vous qu’aucun matériel n’a été simplement déposé négligemment sans avoir été remis officiellement au responsable du nettoyage.

● Si vous utilisez un véhicule pour l’affectation, veillez à ce que l’intérieur en soit nettoyé à fond après chaque utilisation, de préférence par quelqu’un qui soit correctement formé à cette fin. Une attention particulière doit être portée aux poignées de portières, au volant, au levier de vitesse, au levier de frein à main, aux rétroviseurs, aux appuie-têtes, aux ceintures de sécurité, au tableau de bord et aux lève-vitre et autres boutons/loquets/attaches.

Nettoyage des équipements électriques

Les conseils suivants peuvent vous servir de guide général pour le nettoyage des équipements électriques. N’oubliez pas de lire les directives du fabricant avant de procéder au nettoyage.

● Débranchez/enlevez toujours toute source d’alimentation électrique, appareils et câbles

● Placez vos équipements loin de tout liquide et n’utilisez pas de bombe aérosol ni d’agent blanchissant, décapant ou abrasif – ces produits ne manqueront pas d’endommager vos équipements

● Ne pulvérisez/vaporisez jamais directement aucune substance sur vos appareils

● Utilisez exclusivement un chiffon doux, non abrasif et non pelucheux

● Humidifiez mais NE MOUILLEZ PAS le chiffon. Ajoutez un peu de savon au chiffon et frottez bien avec la main pour bien le faire rentrer

● Essuyez soigneusement plusieurs fois l’appareil

● Évitez de laisser entrer quelque humidité que ce soit dans les ouvertures (prises de charge et d’écouteur, claviers, etc.)

● Essuyez l’appareil avec un chiffon doux, propre et sec

● Certains fabricants recommandent les lingettes à 70% d’alcool isopropylique pour toute surface dure et non poreuse

● Pour désinfecter vos équipements, consultez toujours en premier lieu les indications du fabricant, car certains désinfectants peuvent endommager vos appareils

Vous trouverez des indications plus détaillées dans l’article que voici.

Équipements de protection individuelle (EPI) médicaux

Mettre et ôter en toute sécurité les EPI médicaux (gants, masques, tabliers de protection/ blouses sanitaires/ surblouses/ combinaisons, couvre-chaussures – le tout jetable) exige le strict respect des meilleures pratiques de sécurité. Veuillez cliquer ici pour les conseils du CDC. Le risque de contamination croisée est élevé ; il convient de prendre ces mesures très au sérieux. En cas de doute, faites-vous conseiller et/ou former par des experts avant de partir en affectation.

Sachez que dans de nombreux pays, les EPI médicaux sont encore en rupture de stock et difficiles à se procurer, de sorte que l’utilisation de ces équipements peut entraîner des pénuries.

● Veillez à ce que tout EPI utilisé soit de la bonne taille. Sinon, ces équipements sont susceptibles de se déchirer et/ou de restreindre vous mouvements (s’ils sont trop serrés), et de s’accrocher à des objets tels que les poignées de porte et de se déchirer (s’ils sont trop lâches).

● Utilisez toujours des EPI médicaux de marque fiable en faisant attention aux normes minimales de sécurité. Méfiez-vous des équipements défectueux, comme l’a souligné Al Jazeera, ainsi que des produits contrefaits, comme l’a signalé Interpol. Vous pouvez voir ici quelques-unes des marques les plus respectées.

● Utilisez des gants protecteurs si vous visitez ou travaillez dans un site infecté tel qu’une installation médicale. Notez que les gants en nitrile offrent une meilleure protection que ceux en latex. Portez deux paires de gants pour une sécurité accrue.

● Si vous vous trouvez dans un lieu à risque élevé tel qu’un centre de soins médicaux, il est quasiment certain qu’il vous faudra des EPI médicaux supplémentaires, notamment une combinaison couvrant la totalité du corps et un masque facial complet.

● Si vous portez une combinaison intégrale, assurez-vous de passer aux toilettes avant d’enfiler l’EPI.

● En fonction de la nature de l’affectation, vous pourriez avoir intérêt à porter des chaussures jetables ou à utiliser des couvre-chaussures imperméables. Dans les deux cas, il faut les essuyer/rincer dès que vous sortez d’un lieu touché. Si vous portez des couvre-chaussures imperméables, il faut vous en débarrasser de manière sûre avant de quitter le lieu.

● Il est recommandé que vous revêtiez et ôtiez tout EPI médical sous la supervision d’un professionnel qualifié, compte tenu qu’il peut s’agir du moment de l’exposition à la contamination. Les vidéos que voici sur la manière de mettre et d’enlever les EPI peuvent vous être utiles mais ne prétendent pas remplacer la nécessité de formation/supervision.

Ne réutilisez jamais gants, combinaisons, blouses, tabliers, couvre-chaussures. Tout équipement qui doit resservir doit être correctement décontaminé et désinfecté. Assurez-vous que tout EPI médical contaminé est éliminé AVANT de quitter un site infecté.

Masques de protection

Bien que de plus en plus de pays exigent et/ou conseillent désormais l’utilisation de couvre-visage ou de masques par le grand public, comme la rapporte Al-Jazeera, il n’existe pas actuellement de consensus quant au port du masque par les membres du public ne présentant pas de symptômes de la COVID-19. Le CDC recommande de porter des couvre-visage en tissu – mais pas de masques de qualité médicale, dont il y a pénurie – pour se couvrir le nez et la bouche dans un cadre communautaire. Cependant, l’OMS déclare qu’il n’est pas nécessaire de se couvrir le visage – sauf si les autorités locales l’exigent, ou si vous êtes dans une zone à risque élevé comme un hôpital, ou si vous prenez soin d’une personne soupçonnée d’être infectée par la COVID-19.

À moins de ne s’en servir correctement, il est à craindre que les masques deviennent eux-mêmes une source d’infection. Une étude récente entreprise par The Lancet montre qu’un niveau détectable de virus infectieux persiste encore jusqu’à sept jours après exposition. D’après cette étude, ôter ou réutiliser un masque, ou toucher votre visage en le portant, pourrait vous exposer au risque d’infection.

Si vous portez un masque, vous devez respecter les conseils suivants :

● Au besoin, il est recommandé de porter un masque N95 (ou FFP3) plutôt qu’un masque « chirurgical » standard.

● Assurez-vous que le masque est bien positionné sur l’arête du nez et le menton, et ajustez-le bien pour ne laisser aucun espace. Les hommes doivent se raser régulièrement afin de s’assurer que le masque s’adapte de près, et de manière étanche, au visage.

● Il est essentiel de respecter strictement les consignes de sécurité relatives aux masques de protection. Évitez de toucher la partie avant du masque, et enlevez-le uniquement par les sangles. Évitez d’ajuster le masque une fois installé, sauf nécessité absolue. Lavez-vous les mains si elles entrent en contact avec le masque.

La réutilisation des masques présente un risque élevé. Jetez toujours immédiatement les masques usagés dans un sac scellé.

● Lavez-vous toujours les mains avec du savon et de l’eau chaude, ou avec un désinfectant pour les mains à base d’alcool (contenant plus de 60% d’éthanol ou 70% d’isopropanol) après avoir enlevé le masque.

● Remplacez le masque par un nouveau masque sec et propre dès qu’il devient humide.

● N’oubliez pas que l’utilisation d’un masque n’est qu’une partie de la protection individuelle. Il est absolument essentiel de se laver les mains régulièrement et d’éviter de se toucher la bouche, le nez et les yeux.

● Sachez que les masques de protection peuvent être en rupture de stock et/ou sujets à de forte augmentations de prix, en fonction de l’endroit.

Sécurité numérique

● Sachez que les journalistes peuvent être confrontés à des niveaux accrus d’hostilité en ligne liés à leur couverture de la pandémie de COVID-19. Revoyez les meilleures pratiques du CPJ pour savoir comment vous protéger des attaques.

● Les gouvernements et les entreprises de haute technologie se tournent de plus en plus vers la surveillance comme moyen de suivre la propagation de la COVID-19. Parmi ces entreprises on peut citer le Groupe NSO, qui a créé Pegasus, un logiciel espion qui a été utilisé pour cibler les journalistes, selon Citizen Lab. Certains groupes de défense des libertés civiles s’inquiètent de la manière dont ces techniques de surveillance seront exploitées pour cibler des personnes après la fin de cette crise sanitaire. Privacy International surveille ces évolutions mondiales sur son site Internet.

● Réfléchissez avant de cliquer sur des liens ou de télécharger des documents contenant des informations sur la COVID-19. Des criminels profitent de la crise sanitaire actuelle et de la panique qu’elle provoque pour cibler des individus et des organisations à l’aide d’attaques par hameçonnage sophistiquées qui peuvent aboutir à ce que des logiciels malveillants s’installent sur vos dispositifs, selon l’Electronic Frontier Foundation.

● Soyez prudent(e) lorsque vous cliquez sur des liens liés à la COVID-19 sur les médias sociaux ou des applis de messagerie car certains risquent de vous diriger vers des sites qui infectent les dispositifs de logiciels malveillants.

● Méfiez-vous des logiciels rançonneurs tels que COVID-19 Tracker qui ciblent les individus.

● Des cartes montrant des informations actualisées sur la COVID-19 provenant de sources fiables, tels que l’OMS, ont été signalées comme contenant des logiciels malveillants qui peuvent servir à dérober des mots de passe.

● Méfiez-vous de la désinformation cautionnée par certains gouvernements, comme le rapporte The Guardian, ainsi que de la désinformation généralisée, contre laquelle l’OMS a spécifiquement mis en garde et que la BBC a soulignée. Un myth buster guide (guide « brise-mythes ») est disponible sur le site de l’OMS.

● Soyez prudent(e) face aux renseignements sur la COVID-19 partagés dans les clavardages et discussions en groupe sur des appli de messagerie, qui peuvent contenir des « fake news » et des canulars.

● Notez que les contenus liés à la COVID-19 circulant sur Facebook sont actuellement vérifiés par l’intelligence artificielle (IA) à la place des vérificateurs de contenu humains, ce qui a abouti à la suppression par erreur de contenus légitimes relatifs à la pandémie.

● Renseignez-vous sur les possibilités de conférence en ligne et sur les problèmes de confidentialité afin de comprendre ce que ces services font de vos données, à quoi ils ont accès, et à quel point ils sont sûrs et fiables. Notez qu’avec le nombre croissant de personnes travaillant à domicile, ces services ont été ciblés par des pirates.

● Soyez conscient(e) des risques posés par les reportages réalisés sur et/ou dans des régimes autoritaires, qui surveilleront probablement de près la couverture de la pandémie de COVID-19. Certains gouvernements peuvent essayer de cacher l’étendue d’une épidémie et/ou de censurer les médias en conséquence, comme l’a souligné le CPJ.

Criminalité et sécurité physique pendant l’affectation

Les journalistes et les professionnels des médias doivent être conscients d’une montée des sentiments anti-presse et de l’hostilité à leur encontre, notamment le harcèlement verbal et les agressions physiques pendant leur affectation, comme on a pu le constater récemment aux États-Unis et en Allemagne.

Notez qu’au fur et à mesure que la situation économique continue à s’aggraver, avec un nombre croissant de personnes qui perdent leur emploi et sombrent dans la pauvreté, selon Oxfam, la probabilité d’une activité criminelle accrue est réelle.

● S’il vous est possible de voyager pour une affectation internationale (voir ci-dessous), renseignez-vous sur la toute dernière situation en matière de sécurité dans votre pays de destination. Le mécontentement et les troubles provoqués par les mesures de confinement liées à la COVID-19 montent en puissance, avec un nombre croissant d’incidents et de manifestations violents, et quelques décès, dans de nombreux pays, notamment les États-Unis, le Brésil, la Guinée, l’Ouganda, le Nigeria, la Tunisie, le Chili, l’Italie, la Somalie, le Ghana, la Russie, la France, and le Niger.

● De nombreuses zones urbaines sont beaucoup plus calmes que d’habitude et les ressources policières sont mises à rude épreuve. Il y a danger que des criminels profitent de cette situation. Quelques journalistes ont signalé avoir été harcelés verbalement et ciblés, voire agressés par des criminels. Ne prenez donc pas votre sécurité pour acquise.

● Soyez particulièrement prudent(e) en travaillant en zone rurale. Les gens peuvent être méfiants et/ou en colère contre les « étrangers », de peur qu’ils ne leur apportent la COVID-19.

● Soyez conscient(e) de la possibilité d’une réponse brutale de la police par rapport aux mesures de confinement prises en prévention de la COVID-19, allant jusqu’à des agressions physiques et l’utilisation de balles réelles, de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc.

● Les journalistes en reportage dans une prison ou un centre de détention doivent être conscients des dangers posés par d’éventuelles manifestations et/ou émeutes fomentées par les détenus face à la pandémie de COVID-19, comme on a pu en voir récemment en Sierra Leone, en Italie, au Nigeria, en Colombie et en Inde.

● Notez qu’il peut y avoir une augmentation des niveaux de criminalité, sachant que des pays tels que l’Iraq, les États-Unis, l’Irlande, l’Indonésie, l’Éthiopie, la Palestine, la Somalie et l’Iran ont libéré des détenus afin d’alléger la population carcérale pendant la pandémie de COVID-19.

● Sachez que les fournitures pourraient commencer à manquer, augmentant les chances de pillage et de vol qualifié.

● Les journalistes couvrant la pandémie de COVID-19 dans des régimes autoritaires doivent être conscients du danger d’être détenus, arrêtés et/ou déportés, comme l’a souligné le CPJ.

Affectations internationales

En raison des restrictions mondiales, les voyages internationaux continuent à être extrêmement difficiles. Si une affectation à l’étranger est possible, vous devez considérer les éléments suivants :

● Sachez que les mesures de confinement et/ou de couvre-feu peuvent varier d’une partie à l’autre d’un même pays – comme on a pu voir au Royaume-Uni, en Turquie et aux États-Unis – et sont sujettes à changement avec peu ou pas de préavis.

● Identifiez tous les centres de traitement médical dans la zone où vous travaillerez. Sachez que les personnels de santé peuvent se mettre en grève avec peu ou pas de préavis, comme cela a été le cas dans des pays comme, entre autres, le Brésil, l’Inde, et la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

● L’accès à des EPI médicaux peut être limité ou inexistant.

● Assurez-vous que les vaccinations et médicaments préventifs nécessaires pour votre pays de destination sont à jour à temps. Prévoyez de vous faire vacciner contre la grippe afin d’éviter toute confusion concernant des symptômes que vous pourriez manifester.

● Vérifiez votre police d’assurance voyage tout en notant qu’il pourrait être impossible d’obtenir une couverture pour les voyages en rapport avec la COVID-19. N’oubliez pas que beaucoup de gouvernements ont émis divers niveaux de conseils et d’alertes contre les voyages internationaux.

● Vérifiez régulièrement le statut de tout événement auquel vous pourriez assister en tenant compte du fait que de nombreux pays ont interdit les rassemblements publics au-delà d’un certain nombre de personnes.

● Renseignez-vous sur les interdictions de voyage actuelles et/ou à venir dans votre pays de destination, sachant qu’elles pourraient changer sans préavis.

● Veillez à avoir un plan d’urgence en place, étant donné que des centres urbains, des régions spécifiques et/ou des pays entiers peuvent être confinés et mis en quarantaine sans préavis ou presque.

● Sachez qu’un nombre croissant de frontières terrestres dans le monde entier restent fermées. Toute frontière qui rouvrirait éventuellement pourrait se refermer sans avertissement, ce dont vous devrez tenir compte dans votre plan d’urgence.

● Ne voyagez pas si vous êtes malade. La plupart des aéroports internationaux et régionaux ainsi que d’autres centres de transport ont mis en œuvre des mesures de dépistage sanitaire strictes. Il est fort probable que les voyageurs seront soumis à des tests et/ou à une quarantaine/un auto-isolement forcés à leur arrivée.

● Sachez que les options de voyage à l’échelle mondiale sont toujours très limitées du fait que les compagnies aériennes annulent des vols à destination/en provenance de certain(e)s pays/régions.

● Vous devriez acheter des billets d’avion entièrement remboursables. Selon des articles de presse, la COVID-19 est à l’origine de difficultés financières importantes pour de nombreuses compagnies aériennes.

● Réfléchissez aux fournitures dont vous pourriez avoir besoin. Bien que les incidents d’achats compulsifs dictés par la panique semblent avoir diminué, on ne peut exclure la possibilité de pénuries futures de masques de protection, de désinfectants pour les mains, de savon, d’aliments en conserve et de papier hygiénique, et il convient d’en tenir compte. Notez qu’une grève et/ou une pénurie de travailleurs en raison d’infections à la COVID-19 pourrait aggraver la situation dans votre pays de destination.

● Soyez conscients que des pays ayant des ressources en eau limitées, tels que la Jordanie, pourraient commencer à éprouver une demande accrue et des pénuries.

● Vérifiez la situation actuelle concernant les visas pour votre destination, et notez que de nombreux pays ont suspendu des visas qui avaient déjà été délivrés pour les voyages.

● Vérifiez si votre pays de destination exige un certificat médical prouvant que vous n’êtes pas porteur(euse) de la COVID-19. Vous trouverez certains exemples ici.

● Ayez des itinéraires flexibles et prévoyez du temps supplémentaire dans les aéroports du monde entier pour les mesures de dépistage sanitaires et les points de contrôle de température. Il en va de même dans certaines gares ferroviaires, ports/quais et gares d’autobus long-courriers.

● Tenez-vous au courant des changements mis en œuvre à votre point d’arrivée. Certains pays autoriseront les ressortissants étrangers à entrer seulement dans certains aéroports et terminaux.

● Consultez régulièrement les sources d’information locales pour vous tenir informé(e) des restrictions de déplacements intra-urbains dans le pays où vous vous rendez.

Après l’affectation

● Surveillez régulièrement votre état de santé pour repérer des signes de symptômes.

● Après toute mission à risque élevé, il est quasiment certain que vous devrez vous auto-isoler d’office. Veuillez consulter les conseils des organismes publics compétents.

● Tenez-vous informé(e) des dernières informations et mises à jour sur la COVID-19, ainsi que des procédures de quarantaine et d’isolement mises en œuvre dans votre pays d’origine et de destination.

● En fonction du taux d’infection du pays dans lequel vous vous trouvez, vous devriez envisager de consigner dans un journal les noms/numéros des individus avec lesquels vous avez été en contact dans les 14 jours suivant votre retour. Cela facilitera la recherche des contacts si vous commencez à présenter des symptômes.

Si vous présentez des symptômes…

● Si vous présentez des symptômes de la COVID-19, même légers, informez votre équipe de direction et collaborez avec elle pour assurer votre transfert depuis le point de sortie de votre affectation jusqu’à votre domicile. Ne prenez pas un taxi.

● Suivez les conseils de l’OMS, du CDC, ou des autorités sanitaires locales pour vous protéger et pour protéger votre communauté.

● Ne quittez pas votre domicile pendant au moins 7 jours à partir de la première manifestation de vos symptômes. Vous aiderez ainsi à protéger les autres dans votre communauté pendant que vous êtes contagieux(euse).

● Prévoyez à l’avance et demandez de l’aide aux autres. Demandez à votre employeur, à vos amis et à votre famille de vous procurer les provisions dont vous avez besoin et de les déposer devant votre porte.

● Chez vous, observez si possible une distance d’au moins 2 mètres entre vous et les autres.

● Dormez seul(e), si possible.

● Si vous partagez un logement avec d’autres, une période d’isolement de 14 jours doit être observée par tous. Des conseils utiles à ce sujet sont disponibles ici. Une attention particulière doit être accordée à l’utilisation de la salle de bains, des toilettes et de la cuisine afin d’éviter la contamination croisée.

● Lavez-vous les mains régulièrement et avec application pendant au moins 20 secondes, avec du savon et de l’eau chaude.

● Dans la mesure du possible, tenez-vous à l’écart des individus vulnérables, tels que les personnes âgées et celles souffrant d’une affection médicale sous-jacente.

● Vous n’avez pas besoin d’appeler les autorités sanitaires de votre pays pour vous auto-isoler, à moins que vos symptômes ne s’aggravent sensiblement pendant la période d’isolement.

Le Kit de Sécurité en ligne du CPJ met à la disposition des journalistes et des salles de rédaction des informations de base sur les ressources et outils en matière de sécurité physique, numérique et psychologique, y compris sur la couverture des troubles civils et des élections.

[Note de la rédaction : Cet avis, initialement publié le 10 février 2020, est fréquemment révisé. La date de publication figurant en haut reflète la dernière mise à jour.]