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Attaques contre la presse


Le reportage par texto, pour le meilleur et pour le pire

Par Tom Rhodes

Pendant que les bulletins de vote de l'élection présidentielle kényane étaient dépouillés dans l'ensemble des circonscriptions du pays, les reporters communiquaient le décompte en cours directement par texto aux rédactions centrales à Nairobi. Les résultats, régulièrement réactualisés sur Internet et sur d'autres médias, semblaient alors indiquer que le candidat de l'opposition Raïla Odinga se dirigeait vers une victoire historique.

La presse variée du Cameroun, l'une des plus dynamiques en Afrique, a travaillé sous de réelles pressions. Des dirigeants politiques et d'influentes personnalités ont eu recours aux menaces, aux mesures de censure et au harcèlement judiciaire afin d'intimider la presse dans son traitement des  sujets sensibles de l'actualité nationale. Les médias ont ainsi été ciblés pour leur couverture d'un projet d'amendement constitutionnel controversé permettant au président Paul Biya de briguer un nouveau mandat en 2011, des manifestations populaires contre la flambée des prix et une série d'affaires de corruption de premier plan.

La petite avant-garde de médias indépendants apparue depuis la brutale répression de 2005 a souffert face à un harcèlement gouvernemental persistant. Les autorités ont autorisé une poignée de journaux  indépendants à paraître tout en intimidant leur couverture des sujets sensibles avec les détentions policières, les poursuites judiciaires et les mesures de censure.

Commençant et s'achevant par de sérieuses attaques contre la presse, une tumultueuse année 2008 a reculé le rang du pays comme leader régional de la liberté d'expression. Un projet de loi répressif sur les médias a circulé au parlement en décembre avant d'être, pour inaugurer 2009,  ratifié en loi par le président Mwaï Kibaki. Mise en œuvre malgré les protestations des médias locaux et internationaux, cette mesure donne au gouvernement des pouvoirs considérables de censure. Le ministère de l'Information et la commission sur la communication nouvellement crée ont reçu une large autorité pour réguler la programmation et le contenu des médias audiovisuels. La loi conserve des dispositions permettant au ministre de la Sécurité intérieure de faire des descentes dans les rédactions et de confisquer du matériel de presse au nom de la défense de la sécurité nationale.


Avec une insurrection secouant le nord du pays, une scission au sein du parti au pouvoir et une polémique autour d'un amendement constitutionnel permettant au président Mamadou Tandja de se présenter pour un troisième mandat en 2009, les autorités ont durci les restrictions sur les médias. L'emprisonnement très en vu de Moussa Kaka, un journaliste chevronné de premier plan  très connu pour sa couverture de pointe de l'insurrection, a illustré les tensions entre le gouvernement et la presse.

Les forces de sécurité gouvernementales ont intimidé et harcelé les journalistes critiquant la gestion du gouvernement, notamment les commentateurs politiques animant les nombreux et populaires talk shows radiophoniques. Les lois sur la diffamation et sur la sédition ont été les armes principales de l'offensive juridique du gouvernement contre la presse, bien qu'une affaire pendante devant la Cour suprême laisse un espoir que ces textes soient déclarés anticonstitutionnels.
 Deux ans après sa transition vers la démocratie lors d'élections historiques soutenues par l'Onu, la République démocratique du Congo reste l'un des pays les plus dangereux pour les journalistes en Afrique. Pour la quatrième année consécutive, un journaliste y a été assassiné dans des circonstances non éclaircies, cette fois-ci dans la partie est du pays, précaire et déchirée par les conflits. Une rébellion de membres de l'ethnie tutsie, conduite par le général rebelle congolais Laurent Nkunda, a provoqué de durs combats en septembre, menant au déplacement de quelque 250 000 civils, selon les estimations de l'Onu. Les journalistes opérant dans la zone de guerre de la province orientale du Nord-Kivu ont été pris sous les feux croisés de l'armée congolaise, des milices progouvernementales et des combattants du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), de Nkunda.

Sur le papier, le Rwanda a plus de journaux privés et de stations de radio qu'à aucun autre moment dans son histoire. En réalité, les informations indépendantes sont peu disponibles à cause de la précarité économique de la presse et de l'intimidation par le gouvernement. Un rédacteur en chef indépendant a été contraint de fuir le pays et un autre a été expulsé. En fin d'année, une législation à l'étude devait resserrer les conditions d'accréditation et forcer les journalistes à divulguer leurs sources devant un tribunal.

La situation s'est détériorée au Sénégal, autrefois considéré comme un havre de la liberté de la presse. Les partisans du président Abdoulaye Wade et les membres de son gouvernement ont réagi contre les critiques de la presse à travers une rhétorique méprisante, des agressions physiques et verbales et des poursuites pénales. Le 21 juin, le tabassage de deux journalistes sportifs couvrant  à Dakar le match qualificatif pour la Coupe du monde a été le symbole de ces tensions et a déclenché un débat national controversé sur la liberté de la presse.

Une violence débridée s'est emparée d'un pays tristement habitué au chaos et aux souffrances, alors qu'un gouvernement fédéral faible cherchait à repousser des insurrections au sud et au centre du pays. En 2008, deux journalistes ont été tués dans la ville portuaire de Kismayo au sud pérennisant un climat national violent à l'encontre de la presse qui a coûté la vie à neuf journalistes en deux ans. Au moins 21 reporters somaliens ont pris l'exil, selon les données du CPJ, bien que le Syndicat national des journalistes somaliens estime que des dizaines de plus ont fui leur domicile par crainte de représailles. Les risques se sont encore accrus en 2008 avec deux enlèvements de cinq journalistes au total, dont trois étaient encore détenus à la fin 2008 dans l'attente d'une rançon.

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