Attaques contre la presse

Attaques contre la presse en 2010: Préface

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Par Riz Khan

C'est une épée à double tranchant. La technologie a rendu la vie des journalistes tellement plus facile et pourtant aussi plus difficile. Même dans les pays les moins avancés, où les infrastructures simples telle que la route pavée reste un luxe, l'accès aux téléphones mobiles, la portabilité des systèmes de radiodiffusion par satellite, la croissance des plates-formes de livraison et la popularité des chaînes d'informations 24h/24 permettent à des centaines de millions de personnes d'écrire instantanément des articles depuis leurs foyers.

ATTAQUES CONTRE LA PRESSE EN 2010
Préface
Introduction
Analyse sur L'Internet
Analyse Afrique
Afrique du Sud
Angola
Cameroun
Ethiopie
Nigeria
RDC
Rwanda
Somalie
Ouganda
Zimbabwe
En bref

Ceci constitue un problème pour ceux qui veulent contrôler le flux de l'information. En effet, un reportage est difficile à manipuler lorsque l'information peut être diffusée à la télévision, la radio et le Web avant que personne ne puisse mettre la main sur le message. Alors quelles sont les options, si ce type de reportage doit être arrêté?

De plus en plus, l'intimidation est devenue l'outil de choix: effrayer les journalistes afin qu'ils restent loin de l'actualité; s'assurer qu'ils comprennent que leur ingérence n'est pas la bienvenue. Quelques cadavres sur la route feraient l'affaire. Plus que nulle part ailleurs, cette pratique sévit au Mexique, où l'effusion de sang lié à la drogue a fait des milliers de victimes, dont de nombreux journalistes. Pour dissuader les journalistes, des gangs ont décapité et mutilé des personnes dans les rues. Lorsque cela ne suffit pas, mitrailler les studios des organes de presse pourrait avoir plus d'impact.

En réalité, ce ne sont pas les journalistes internationaux de renom qui se confrontent aux plus grands dangers, même si beaucoup d'entre eux ont été tués en Irak et en ex-Yougoslavie, notamment mon ami Terry Lloyd. Les correspondants internationaux sont souvent des visiteurs qui ne bouclent pas de sujet chaque jour et ne vont pas tellement au fond des choses. Ils peuvent tout simplement se voir refuser un visa d'entrée dans un pays. Mais les vrais champions, qui résistent aux menaces et pressions de tous les jours, sont les journalistes locaux.

J'ai été impressionné récemment d'entendre l'histoire de la journaliste de presse écrite brésilienne Daniela Arbex, qui a cette rare obstination à mener à bien ses reportages en dépit des difficultés extrêmes et des menaces. Elle est lauréate de nombreux prix pour ses articles dans Minas Tribune, entre autres, qui ont dévoilé la négligence vis-à-vis des victimes de viol, la maltraitance des personnes souffrant de troubles mentaux et l'implication d'enfants scolarisés dans le commerce de la drogue. Dans chaque cas, ses rapportages ont changé les politiques gouvernementales. Un autre défi se pose à Amira Hass, journaliste israélienne et fille de deux survivants de l'Holocauste, qui est basée dans la bande de Gaza et la Cisjordanie. Elle subit la répression au vitriol des Israéliens pour avoir osé critiquer la politique de son pays dans les territoires palestiniens, même si elle a également proféré des propos assez durs à l'égard des dirigeants palestiniens. En dépit des conditions auxquelles elle est confrontée, Hass continue de contester tout abus de pouvoir.

Comme nous le savons, les autorités au pouvoir représentent la plus grande menace dans de nombreux pays, ciblant les sources d'information directement ou imposant des règles restrictives qui rendent les reportages sur des sujets importants beaucoup plus difficiles. Peu de pays sont une exception à cette règle, chaque gouvernement aimerait contrôler le flux de l'information.

Quand il s'agit de cibler les journalistes, des «suspects habituels», comme l'Iran et l'Egypte, sont souvent pointés du doigt. Mais cela va bien au delà de ces pays: des organisations internationales ont porté des jugements semblables sur le Sri Lanka, la Somalie et d'autres pays. Ma propre chaîne de télévision, Al-Jazira, a été, plus que toute autre chaîne d'information, la cible de plusieurs gouvernements à travers le monde. Comme disait un collègue, il ya un prix à payer pour l'information en temps réel.

 

Donc que ce passe-t-il à l'ère du blogage, de l'utilisation de Twitter, des médias sociaux et du journalisme citoyen, où chacun peut être « journaliste » ou mobiliser un soutien pour une idée? Quel est l'effet sur le flux de l'information et qui la contrôle?

Ces canaux d'information sont peut-être plus susceptibles de changer la donne. Pour les journalistes, ils brouillent les frontières entre les médias officiels et non officiels, rendant ainsi plus difficile pour les organisations médiatiques en place de se distancier de ce qui pourrait être perçu comme des points de vue politiquement biaisés. Cela a particulièrement affecté les médias d'information aux États-Unis, où des chaînes traditionnellement neutres présentent maintenant plus d'émissions et de personnalités avec un point de vue clair et généralement tranché. Le fait d'exciter le public à travers des commentaires agressifs peut avoir un impact sur la cotation, mais cela n'aide pas nécessairement les journalistes à faire leur travail efficacement.

Il ya aussi le risque, dans un monde de plus en plus réseauté, que le plus petit commentaire désinvolte se transforme en une mine inattendue. Des personnalités des médias tels que la très réputée correspondante à la Maison Blanche, Helen Thomas, les journalistes chevronnés de CNN, Octavia Nasr et Rick Sanchez, ainsi que Juan Williams de NPR, ont tous découvert que le fait de donner son avis peut coûter à quelqu'un son emploi. Dans chaque cas, ces journalistes ont parlé en dehors de l'affiliation de leur propre organe de presse (et leurs commentaires ont reflété des points de vue assez différents), mais dans l'ensemble cela a davantage rendu confuse la frontière entre l'information traditionnelle et ce nouveau monde de commentaire socialement réseauté.

Compte tenu de la puissance du réseau social, qui a renversé des gouvernements, mobilisé l'opposition et entrainé des demandes de reddition de comptes, il est compréhensible que des autorités se sentent menacées par son contrôle. En témoigne le bras de fer entre Google et le gouvernement de la Chine. Au niveau mondial, les blogueurs sont déjà confrontés aux mêmes dangers que les journalistes traditionnels ont toujours subis, notamment l'intimidation, l'emprisonnement, la torture et même la mort.

La situation est rendue plus compliquée par la volonté des médias traditionnels de solliciter davantage de participation du public: «Envoyez-nous vos courriels », « Contactez-nous via Twitter», «Echanger avec nous sur Facebook », « Envoyer nous juste un texto ». Le vieux monde essaie de faire face au nouveau monde, mais que fait-il du reportage juste et équilibré par des journalistes formés, et comment les médias peuvent-ils préserver leur neutralité et leur crédibilité?

Cela m'amène à ma dernière question: A quel point le volume croissant des commentaires publics rend-t-il les médias et les journalistes encore plus ciblés? Comme je l'ai dit, c'est une épée à double tranchant et, dans ce cas, tout le monde court le danger de se couper.

Riz Khan est le présentateur de «Riz Khan » et de «Riz Khan's One on One» sur Al-Jazeera English.

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