Attaques contre la presse

Attaques contre la presse en 2010: Développements en Afrique

ATTAQUES CONTRE LA PRESSE EN 2010
Préface
Introduction
Analyse sur L'Internet
Analyse Afrique
Afrique du Sud
Angola
Cameroun
Ethiopie
Nigeria
RDC
Rwanda
Somalie
Ouganda
Zimbabwe
En bref

LE BOTSWANA

En août, un groupe composé de 32 organisations des médias et de la société civile a déposé une requête auprès de la Haute Cour du pays pour contester la constitutionnalité de la Loi de 2008 sur les praticiens des médias. Selon l'Institut des médias d'Afrique australe et des médias, la loi exige, entre autres choses, l'agrément et l'accréditation des journalistes, et a créé un conseil de presse contrôlé par le gouvernement pour surveiller et sanctionner la presse. La contestation judiciaire était encore en instance à la fin de l'année.

Le BURUNDI

Les autorités ont placé en détention en juillet Jean-Claude Kavumbagu, rédacteur en chef du journal en ligne Net Press, et l'ont accusé de trahison suite à un commentaire critiquant les forces de sécurité du pays, selon son avocat et des journalistes locaux. L'accusation découle d'un article publié le 12 juillet dans lequel Kavumbagu a mis en doute la capacité des forces de sécurité burundaises à empêcher des attentats terroristes similaires à ceux qui ont frappé l'Ouganda au début du mois. L'avocat de la défense, Gabriel Sinarinzi, a déclaré au CPJ que le journaliste était maintenu en détention provisoire à la prison de Mpimba à Bujumbura. Son inculpation, qui était encore pendante à la fin de l'année, peut valoir au journaliste une peine de prison à vie.

LA CÔTE D'IVOIRE

Suite aux résultats contestés de l'élection présidentielle de décembre, le Conseil national de la Communication Audiovisuelle (CNCA) a ordonné à la société de transmission par satellite, Canal + Côte d'Ivoire, de brouiller les chaînes d'information françaises sur son bouquet, selon des médias. Cette suspension, qui a touché environ 10 chaînes en langue française, a été prononcée peu de temps après la diffusion en direct par certaines de ces chaines d'une conférence de presse à l'hôtel du Golf au cours de laquelle le chef de la Commission électorale indépendante a déclaré le candidat, Alassane Ouattara, vainqueur du second tour de la présidentielle. Les résultats du scrutin ont été immédiatement invalidés par la Cour constitutionnelle, qui a déclaré qu'ils ont été proclamés au delà du délai légal. La Cour constitutionnelle a ainsi déclaré le président Laurent Gbagbo vainqueur de la présidentielle.

En février, le CNCA a suspendu les émissions par satellite de France 24 suite à un reportage réalisé par la chaîne sur une manifestation antigouvernementale à Gagnoa, au sud-ouest du pays, selon des médias et des journalistes locaux. Plusieurs personnes sont mortes après que les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants, selon les mêmes sources. La suspension a été levée 11 jours après.

En août, un juge d'un tribunal correctionnel d'Abidjan a condamné le journaliste Traoré Médandjé du quotidien L'Intelligent à un an de prison et une amende de 5 millions CFA francs (soit 10.000 dollars américains) pour diffamation et extorsion suite à un reportage sur la corruption impliquant une ancienne autorité du ministère de la santé. Médandjé a été mis en liberté en attendant le recours en appel.

LE GABON

En juin, un tribunal correctionnel a condamné Jonas Moulenda, journaliste au quotidien indépendant L'Union, à une peine de trois mois de prison assortie d'une amende de 500.000 francs CFA (soit 1000 dollars américains) sous des accusations de diffamation. La condamnation a été fondée sur un article qui a soulevé des interrogations au sujet du meurtre non encore élucidé de René Ziza, un haut fonctionnaire en novembre 2009, a dit au CPJ l'avocat de la défense Lubin Ntoutoume. Moulenda, qui a déclaré avoir reçu plusieurs menaces de mort, a été mis en liberté à la fin de l'année en attendant un appel.

LA GAMBIE

Dans un texte soumis au Conseil des droits de l'Homme des Nations unies en février, le gouvernement gambien a nié aucune connaissance du lieu et des conditions de détention du journaliste Ebrima Manneh dit « Chief ». Des témoins ont déclaré au CPJ et à la Cour de justice de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) que des agents de sécurité ont arrêté Manneh dans la salle de rédaction du quotidien progouvernemental Daily Observer en 2007 pour avoir voulu republier un article tiré du site de la BBC critiquant le président Yahya Jammeh. Selon des témoins, le journaliste a été peu revu depuis qu'il a été placé en détention par l'Etat, mais le gouvernement a refusé de révéler son lieu et ses conditions de détention ou de se prononcer sur son état de santé. « Le gouvernement a enquêté sur son lieu de détention, mais en vain », ont déclaré les autorités gambiennes dans un rapport présenté au Conseil des droits de l'homme des Nations unies dans le cadre de son rapport périodique. En mars, quatre sénateurs américains ont exhorté le Secrétaire général des Nations du Commonwealth, Kamalesh Sharma, à ouvrir une enquête sur la disparition de Manneh.

Abdoulie John, un correspondant du internet Jollof News basé au Royaume-Uni, a déclaré avoir reçu des menaces de mort par téléphone au mois de mai après avoir écrit un article ou des intervenants ont critiqué des propos tenus par le ministre de la Justice, Edward Gomez, sur la situation des droits de l'homme en Gambie. Dans un discours devant la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples, Gomez a nié que les autorités gambiennes ont commis des violations des droits humains et a dit que la mauvaise réputation du pays est fondée sur des allégations « sensationnelles et fabriquées », selon des journalistes locaux et des médias. L'article de John a souligné que les propos du ministre ont été accueillis avec scepticisme.

En septembre, des médias progouvernementaux ont rapporté que le président Yahya Jammeh avait reçu deux prix et une lettre de félicitations du président américain Barack Obama. La Maison Blanche a déclaré au CPJ que l'allégation était fausse. Jammeh avait également revendiqué deux autres prix, l'un provenant d'un groupe allemand dont l'existence n'a pas pu être vérifiée par le CPJ. L'autre, une distinction honorifique ironique « d'amirauté » décerné par l'État américain du Nebraska, a été retiré par le gouverneur suite aux requêtes du CPJ. Les reportages édulcorés des médias progouvernementaux sur les prétendus prix reflètent un climat généralisé de répression, a écrit Frank Smyth, représentant du CPJ à Washington, sur le blog de ladite l'organisation.

LE GHANA

La police a inculpé Ato Kwamena Dadzie, rédacteur en chef adjoint de la radio Joy FM basée à Accra, de diffusion d'informations « alarmistes et de nature à susciter la peur». Les accusations ont été portées en juillet après le refus du journaliste de révéler ses sources pour un article ayant décrit en détail des prétendues menaces de mort proférées contre des membres de l'Association des promoteurs immobiliers du Ghana. L'article rapportait que les menaces suivaient la prise de position des membres de l'Association contre un contrat entre le gouvernement ghanéen et le groupe sud coréen STX concernant la construction de logements sociaux, a déclaré au CPJ l'avocat de la défense Shadrach Arhin. Dadzie a été mis en liberté en attendant une décision du procureur général sur l'opportunité de poursuivre l'affaire.

LA GUINÉE

En juin, le Conseil national de transition dirigé par les militaires a adopté une loi créant une nouvelle agence de régulation des médias et exigeant que tous les sites web d'information soient agréés par le gouvernement. La loi a continué à traiter la diffamation comme une infraction pénale, mais a remplacé les peines de prison par des amendes.

LA GUINÉE-BISSAU

Selon des informations de presse, en mai, des assaillants ont saccagé en mai les studios sis à Bissau de l'hebdomadaire Diário de Bissau et ont menacé son propriétaire et rédacteur en chef João de Barros, suite à un article d'investigation du journal sur le trafic de drogue dans le pays, selon des médias. Cependant, aucune blessure, ni arrestation n'a été signalée.

LA GUINÉE ÉQUATORIALE

Les autorités de Bata ont ordonné l'arrestation de Pedro Luís Esono Bidang Edu, un journaliste de la radio d'Etat Radio Bata, après son article en février sur la découverte de plusieurs corps dans une décharge publique de la ville, selon des journalistes locaux et des médias. Le journaliste a été libéré sans inculpation au bout de trois jours passés en garde à vue.

Le CPJ et des dizaines d'organisations et diverses personnalités ont appelé l'UNESCO à rejeter l'octroi d'un don de 3 millions de dollars américains du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo destiné à financer la création d'un prix international en sciences de la vie. Le CPJ et d'autres organisations, dénonçant la longue tradition de répression de la presse et de violations des droits de l'homme de ce pays, ont déclaré que le prix serait un affront pour l'UNESCO et une atteinte à ses principes. En octobre, le Conseil exécutif de l'UNESCO a définitivement suspendu le prix. Les États-Unis et plusieurs pays européens ont affirmé qu'ils n'accepteront jamais de soutenir la création du prix. Le projet semblait ainsi presque voué à l'échec.

LE KENYA

Joel Eshikumo, journaliste du journal privé Weekly Citizen, a été libéré après avoir purgé huit mois dans une prison de Bungoma, dans l'ouest du pays. Il a été reconnu coupable de diffamation pénale en septembre 2009 suite à la publication d'un article accusant l'ambassadeur du Kenya au Canada, Simon Nabukwesi, de détournement de fonds lorsqu'il occupait son ancien poste de directeur d'école, ont déclaré des journalistes locaux au CPJ.

LA NAMIBIE

Quatre assaillants, dont trois militants du parti au pouvoir, la SWAPO, ont attaqué le journaliste indépendant John Grobler en janvier, le blessant au visage avec des tessons de verre brisé, selon des journalistes locaux. Un des assaillants a accusé le journaliste d'avoir écrit des articles négatifs au sujet de la SWAPO, selon un rapport de police. Aucune arrestation n'a été signalée.

LE NIGER

En juin, le gouvernement militaire de transition du Conseil suprême pour la restauration de la démocratie a adopté une loi dépénalisant la diffamation et autres délits de presse et portant création d'une nouvelle agence de régulation des médias, selon des journalistes locaux. Le vote de la loi a fait suite à la réouverture de la Maison de la presse nationale, un centre de soutien de la presse financée par l'État, après sa fermeture en 2008 par l'administration du président déchu Mamadou Tandja, selon des médias.

LA RÉPUBLIQUE DU CONGO

L'agence de régulation des médias, le Conseil supérieur de la liberté de communication, a publié une série d'ordres de censure en mai, selon des médias et des journalistes locaux. Le 7 mai, l'agence a suspendu l'hebdomadaire Le Choc pendant trois mois suite à la publication d'articles critiques à l'égard de la France. Cinq jours plus tard, elle a suspendu l'hebdomadaire Le Trottoir pour deux mois suite à un article ayant impliqué une autorité dans un scandale de corruption. Et en fin mai, l'agence a imposé une suspension de deux mois à une station de radiodiffusion spécialisés dans les questions de droits de l'homme, Forum TV and Radio, suite à un commentaire ayant critiqué la présidence de la République.

LE SÉNÉGAL

En juin, des policiers en civil ont fait une descente à la maison d'édition du quotidien privé Le Populaire, selon des médias. Les agents ont saisi des plaques d'impression et des copies d'une édition qui a demandé une enquête sur la disparation de 20 milliards de francs CFA (445 millions de dollars américains) lors du versement au gouvernement de droits pour un permis d'exploitation par une société privée de télécommunications, selon la Fondation des Médias pour l'Afrique de l'Ouest.

LE SWAZILAND

Le frère du roi Mswati III a menacé des journalistes dans des déclarations publiques faites durant un forum national sur la politique en juillet, selon des journalistes locaux et des médias. «Je tiens à avertir les médias d'enterrer des choses qui sont de nature à porté atteinte au bien être du pays plutôt que de s'entêter à les publier toutes, même quand ces reportages sont nuisibles à l'image internationale du pays. Les journalistes qui continuent d'écrire de mauvaises choses sur le pays vont mourir», a rapporté le journal indépendant Times of Swaziland, citant le prince Mahlaba. Ce dernier était un membre d'un conseil royal influent qui conseille le roi sur les politiques publiques, y compris sur les questions relatives aux médias, selon des journalistes locaux. Le roi n'a pas fait de commentaires sur les déclarations du prince.

En janvier, le procureur général Majahenkhaba Dlamini a ordonné au journal indépendant Times of Swaziland de cesser de publier une chronique hebdomadaire dont l'auteur est Mario Masuku, leader du groupe d'opposition interdit, Mouvement démocratique uni du peuple, selon l'Institut des médias d'Afrique australe. Le gouvernement a qualifié le mouvement de groupe terroriste. Le journal a obéi à cet ordre.

Dans un discours au Parlement en octobre, le Premier ministre, Barnabas Sibusiso Dlamini, a accusé les chroniqueurs de ternir l'image du pays et d'êtreà la solde d'intérêts étrangers anonymes, selon l'Institut des médias d'Afrique australe. Le Premier ministre a indiqué qu'il allait proposer une législation exigeant que les chroniqueurs de journaux obtiennent la permission du gouvernement avant de produire des écrits critiquant le pays.

LA TANZANIE

Le ministre de l'Information, George Mkuchika, a suspendu l'hebdomadaire indépendant en langue Swahili Kulikoni pendant 90 jours en vertu de la Loi de 1976 sur les journaux, a déclaré au CPJ le porte-parole du gouvernement, Salva Rweyemamu. La décision de janvier découle d'un article publié en novembre 2009 faisant état de tricherie présumée lors des concours nationaux d'entrée aux Forces de défense du peuple tanzanien, a déclaré au CPJ le rédacteur en chef dudit journal, Evarist Mwitumba.

LE TCHAD

Le parlement a voté en août une loi dépénalisant la diffamation, mais introduisant des peines de prison pour les journalistes et des suspensions pour les médias reconnus coupables « d'incitation à la haine raciale ou ethnique » ou la violence, selon des médias. La loi donne une définition vague à l'incitation. Les sanctions incluent des peines de prison allant jusqu'à six mois et des amendes pouvant atteindre un million de francs CFA (soit 2.000 dollars américains).

LE TOGO

Le photojournaliste indépendant Tony Sodji a essuyé des brûlures et des lacérations aux bras et aux mains lorsqu'il couvrait des manifestations de l'opposition en septembre et octobre, selon des journalistes locaux et des medias. Les blessures ont été causées par des grenades lacrymogènes lancées par des agents de sécurité en civil pour disperser les manifestations organisées par les membres du parti d'opposition, le Front républicain pour le changement.

LA ZAMBIE

En juin, un magistrat a condamné Fred M'membe, rédacteur en chef de The Post, le plus grand journal de la Zambie, à une peine de prison de quatre mois de travaux forcés sous des accusations d'outrage au tribunal. Les accusations découlent d'un commentaire fait en novembre 2009 qui a critiqué les poursuites judiciaires du gouvernement contre Chansa Kabwela, directeur de l'information de The Post, a déclaré l'avocat de la défense Remmy Mainza. Kabwela a été acquittée en 2009 d'accusations d'obscénité sans fondement qui avaient suscité la dérision sur la scène internationale. M'membe, ancien lauréat du Prix international du CPJ pour la liberté de la presse, était encore en liberté à la fin de l'année en attendant un recours en appel.

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