New York, le 30 avril 2009--La Birmanie, dirigée par une junte militaire qui limite sérieusement l'accès à l'Internet et emprisonne des citoyens pendant des années pour l'affichage de critiques, est le pire pays au monde pour les bloggeurs, selon une étude du Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ). Ce rapport intitulé « Les 10 pays qui oppriment le plus les bloggeurs » identifie également un certain nombre de pays du Moyen-Orient et d'Asie, où l'épanouissement de l'usage de l'Internet s'accompagne d'une répression croissante des gouvernements.
« Les bloggeurs sont à l'avant-garde de la révolution de l'Information et leur nombre est en pleine croissance », a déclaré le directeur exécutif du CPJ, Joël Simon. « Cependant, les gouvernements ont très vite appris à tourner la technologie contre les bloggeurs en appliquant la censure et le filtrage de l'Internet, la limitation de l'accès à la Toile et l'extraction de données personnelles. En dernier recours, les autorités jettent tout simplement certains bloggeurs en prison afin d'intimider le reste de la communauté en ligne et les réduire au silence ou les pousser à l'autocensure ».

Sur la base de pratiques comme les détentions, les règlementations et les mesures d'intimidation, les autorités de l'Iran, la Syrie, l'Arabie saoudite, la Tunisie et l'Egypte apparaissent comme les principaux oppresseurs de bloggeurs au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. La Chine et le Vietnam, où l'essor des blogs est confronté à de vastes mesures de surveillance et de contrôle, sont parmi les nations qui oppriment le plus les bloggeurs. Cuba et le Turkménistan, des pays où l'accès à l'Internet est très limité, complètent le tableau de déshonneur.
« Les gouvernements qui figurent sur la liste tentent de faire reculer la révolution de l'Information et, pour l'instant, ils sont en train de réussir», a ajouté M. Simon. «Les organisations de défense de la liberté d'expression, les gouvernements concernés, la communauté en ligne et les entreprises du secteur des nouvelles technologies de l'information et de la communication doivent s'unir pour défendre les droits des bloggeurs dans le monde », a-t-il martelé.
Le CPJ a publié son rapport afin de marquer la Journée mondiale de la liberté de la presse, le 3 mai, et d'attirer l'attention sur la répression des bloggeurs, qui constitue une grande menace à la liberté de la presse dans le monde entier. Le CPJ considère les bloggeurs - des gens qui affichent des analyses et des commentaires basés sur des reportages ou des faits - comme des journalistes. En 2008, le CPJ a découvert que les bloggeurs et autres chroniqueurs en ligne étaient la catégorie professionnelle la plus emprisonnée parmi les journalistes, dépassant même la presse écrite, pour la première fois.
Pour établir cette liste, le CPJ a étudié les conditions de travail des bloggeurs dans plusieurs pays à travers le monde entier. Son personnel a consulté des experts d'Internet afin d'élaborer huit critères, notamment l'utilisation du filtrage, de la surveillance et de la réglementation par les gouvernements. D'autres critères comprennent l'emprisonnement, et le harcèlement juridique pour décourager les bloggeurs aux opinions dissidentes. Enfin, le rapport a considéré le niveau de pénétration de l'Internet et l'accès au Réseau.
LA LISTE
1. LA BIRMANIE

Dans le sillage de sa forte censure de la presse écrite et
des medias audiovisuels, la Birmanie, applique également de grandes
restrictions sur les blogs et d'autres activités sur la Toile. La pénétration
de l'Internet comme outil d'utilisation privé est très faible: seulement 2%
environ, de sorte que la plupart des citoyens accèdent au Réseau dans des
cybercafés selon l'Open Net Initiative, un groupe de recherches étudiant le
filtrage et les pratiques de surveillance en ligne. Les autorités
réglementent lourdement ces cybercafés,
les obligeant par exemple à appliquer des règles de censure. Le gouvernement,
qui avait complètement bloqué l'accès à l'Internet pour étouffer un soulèvement
populaire en 2007, a la capacité de contrôler les courriers électroniques et
d'autres méthodes de communication, et de bloquer l'accès des usagers à certains
sites politiques de l'opposition, selon l'Open Net Initiative. Au moins deux
bloggeurs sont actuellement en prison.
Illustration: Le bloggeur Maung
Thura, plus connu sous le nom de Zarganar, est en train de purger une peine
d'emprisonnement de 59 ans pour avoir diffusé des séquences vidéo, après le
passage du cyclone Nargis en 2008.
2. L'IRAN
Régulièrement, les autorités jettent en prison ou harcèlent des bloggeurs
affichant des billets critiquant les propos des personnalités politiques ou
religieuses, la révolution islamique et ses symboles. Le gouvernement exige que
tous les bloggeurs déclarent leurs sites au ministère de l'Art et de la
Culture. Les responsables du gouvernement affirment avoir bloqué l'accès à des
millions de sites Web, selon les médias. Un bureau du procureur, nouvellement
créé, est spécialisé dans les questions relatives à l'utilisation de l'Internet
et travaille directement avec les services de renseignement. Une législation
imminente pourrait rendre la création de blogs promouvant « la corruption, la
prostitution et l'apostasie » passible de la peine de mort.
Illustration: Le bloggeur Omidreza Mirsayafi, emprisonné pour avoir
insulté les dirigeants religieux du pays, est décédé dans la prison d'Evin en
mars dernier dans des circonstances qui n'ont pas été expliquées de façon
détaillée.
3. LA SYRIE
Le gouvernement utilise des méthodes de filtrage pour bloquer les sites
politiquement sensibles. Les autorités jettent en prison des bloggeurs pour la
diffusion de textes et même d'articles de tiers dont les contenus sont
considérés comme « faux » ou portant atteinte à « l'unité
nationale ». L'autocensure est omniprésente dans ce pays. En 2008, le
ministère de la Communication a ordonné aux propriétaires de cybercafés de
procéder à l'identification de tous les clients, d'enregistrer leurs noms
d'utilisateur et les heures d'utilisation, et de remettre régulièrement les
documents aux autorités. Des organisations de défense des droits de l'homme ont
indiqué que les autorités harcèlent et emprisonnent les bloggeurs considérés
comme étant antigouvernementaux.
Illustration: Waed al-Mhana, un
défenseur des sites archéologiques menacés, est jugé pour un article qui a critiqué la
démolition d'un marché dans le Vieux Damas.
4. CUBA

Seules les autorités gouvernementales et les personnes ayant des liens avec
le parti communiste ont accès à l'Internet. La majorité de la population accède
à la Toile dans des hôtels ou des cybercafés contrôlés par le gouvernement au
moyen de cartes d'abonnement coûteuses?. Un petit nombre de bloggeurs
indépendants, tel que Yoani Sanchez, exposent en détail la vie quotidienne et donnent
un point de vue critique sur le régime. Leurs blogs sont basés à l'extérieur du pays mais leur accès
est largement bloqué au niveau national. Deux bloggeurs indépendants ont
déclaré au CPJ avoir été harcelés par les autorités du pays. Seuls les
bloggeurs progouvernementaux peuvent diffuser leurs articles sur des sites à
l'intérieur du pays, sites pouvant être aisément consultés.
Illustration: Actuellement, le
gouvernement cubain détient 21 auteurs qui étaient à la pointe
du journalisme en ligne au début de la décennie. Ces écrivains, qui ont tous
été emprisonnés en 2003 à l'exception d'une personne, avaient envoyé leurs
articles par téléphone ou par fax à des sites Web étrangers.
5. L'ARABIE SAOUDITE
Environ 400.000 sites sont bloqués à l'intérieur du royaume, notamment ceux
qui traitent de questions politiques, sociales ou religieuses. L'autocensure
est généralisée. Outre les articles « indécents », l'Arabie saoudite bloque
l'accès à « tout ce qui est contraire à l'État ou son système », une norme
qui a été interprétée libéralement. En 2008, des guides religieux influents ont demandé des peines
sévères, notamment la flagellation et la mort, contre les auteurs en ligne
coupables de diffusion d'articles jugés hérétiques.
Illustration: Le bloggeur Fouad Ahmed al-Farhan a été maintenu en détention sans inculpation pendant plusieurs
mois en 2007 et en 2008 pour avoir défendu la réforme et la libération des
prisonniers politiques.
6. LE VIETNAM
Les bloggeurs ont audacieusement tenté de combler les lacunes laissées par
les médias classiques contrôlés par l'état en matière d'informations
indépendantes. Cependant, le gouvernement a réagi avec davantage de mesures
réglementaires et les autorités ont appelé des entreprises de technologie
internationales telles que Yahoo, Google ou Microsoft à fournir des
informations sur les bloggeurs qui utilisent leurs plateformes. En septembre
dernier, l'éminent bloggeur Nguyen Van Hai, également connu sous le
nom de Dieu Cay, a été condamné à 30 mois de prison sur des accusations de
fraude fiscale. Les recherches du CPJ démontrent que ces accusations ont été
formulées en représailles à son blog.
Illustration: En octobre 2008, le
ministère de l'Information et de la Communication du Vietnam a créé une
nouvelle agence chargée de contrôler l'Internet.
7. LA TUNISIE
Les fournisseurs de services Internet sont tenus de soumettre régulièrement
des adresses IP et d'autres informations d'identification au gouvernement. Tout
le trafic Internet passe par un réseau central, ce qui permet aux autorités de
contrôler et de filtrer le contenu des courriers électroniques. Le gouvernement
emploie une gamme de techniques visant à harceler les bloggeurs, notamment la
surveillance, la restriction des mouvements des bloggeurs, et le sabotage
électronique. Les chroniqueurs en ligne Slim Boukhdhir et Mohamed Abbou ont été
emprisonnés pour leur affichages.
Illustration: Dans
un discours en mars dernier, le président Zine El Abidine Ben Ali a mis en garde les bloggeurs qui portent l'attention sur les « erreurs et les abus » du gouvernement, disant qu'ils se livraient à des « pratiques qui ne sont pas dignes de la société tunisienne et n'ont rien à voir avec la liberté et la démocratie ».
8. LA CHINE
Avec près de 300
millions d'internautes, la Chine a, plus que tout autre pays au monde, une
forte culture numérique. Cependant, les autorités chinoises possèdent le plus
vaste programme de censure de l'Internet au monde. Ce réseau de surveillance est imité par d'autres
pays comme le Vietnam. Le gouvernement s'appuie sur des fournisseurs d'accès
Internet pour filtrer les recherches, bloquer les sites Web de ses détracteurs,
supprimer les contenus désobligeants et surveiller le trafic des courriels.
Puisque la presse traditionnelle en Chine est étroitement contrôlée, les
nouvelles et commentaires diffusés par les bloggeurs laissent rarement
indifférent. Les blogs, par exemple, ont joué un rôle clé dans la diffusion
d'informations sur le tremblement de terre au Sichuan en 2008. Mais les
bloggeurs qui vont trop loin dans la promotion des opinions impopulaires ou
dans la diffusion d'informations sensibles peuvent se retrouver en prison. Les
recherches du CPJ ont révélé qu'au moins 24 chroniqueurs en ligne sont
actuellement en détention.
Illustration: En 2008, le Bureau national de lutte contre la
pornographie et les publications illicites a annoncé qu'il avait retiré plus de
200 millions de billets en ligne jugés « nuisibles» au cours de l'année
précédente.
9. LE TURKMÉNISTAN
Le président
turkmène, Gurbanguly
Berdymukhammedov a promis d'ouvrir son pays jusqu'alors isolé du monde en assurant un accès
public à l'Internet. Mais lorsque le premier cybercafé du pays a ouvert en
2007, il était sous surveillance militaire. En plus, les
connexions étaient irrégulières, le tarif horaire trop élevé et les autorités
contrôlaient ou bloquaient l'accès à certains sites. L'entreprise de
télécommunication russe MTS, qui avait pénétré le marché turkmène en 2005, a
commencé en juin 2008 à offrir un accès au Web à partir de téléphones mobiles,
mais les règlementations du service exigent que les clients évitent les sites
critiquant le gouvernement turkmène.
Illustration: Turkmentelecom, le
fournisseur public de services Internet, bloque systématiquement l'accès aux
sites des dissidents et de l'opposition, tout en contrôlant les comptes e-mail
sur Gmail, Yahoo et Hotmail.
10. L'EGYPTE

Les autorités
égyptiennes ne bloquent qu'un petit nombre de sites Web, mais elles contrôlent
régulièrement l'usage de la Toile. Le trafic de tous les fournisseurs de
services Internet passe par l'opérateur Egypt Telecom contrôlé par l'Etat. Les
autorités emprisonnent régulièrement des bloggeurs aux opinions dissidentes
pour des durées indéterminées. Les organisations locales de défense de la
liberté de la presse ont documenté la détention de plus de 100 chroniqueurs en
ligne pour l'année 2008 seulement. Bien que la plupart des bloggeurs aient été
libérés après de courtes périodes, certains ont été incarcérés pendant des mois
et beaucoup ont été maintenus en détention sans ordonnance judiciaire. La
plupart des bloggeurs déclarent avoir été maltraités, et certains ont été
torturés.
Illustration: Le bloggeur Abdel
Karim Suleiman, connu en ligne sous le nom de Karim Amer, purge actuellement une
peine d'emprisonnement de quatre ans sur la base d'accusations d'insulte à l'Islam
et au président égyptien, Hosni Moubarak.
METHODOLOGIE
En collaboration avec des experts d'Internet, le CPJ a élaboré les huit critères suivants afin d'évaluer les conditions de travail des bloggeurs dans le monde entier, notamment:
- Un pays emprisonne-t-il des
bloggeurs?
- Les bloggeurs
font-ils l'objet de harcèlement, de cyber-attaques, de menaces,
d'agressions ou d'autres représailles?
- Les bloggeurs
pratiquent-ils l'autocensure pour se protéger?
- Le
gouvernement limite-t-il la connectivité ou restreint-il l'accès à
l'Internet?
- Les bloggeurs
sont-ils tenus de se déclarer auprès du gouvernement ou d'un fournisseur
de services Internet ou de donner un nom et une adresse vérifiables avant
de lancer un blog?
- Un pays
possède-t-il des règlements ou des lois pouvant être utilisés pour
censurer les bloggeurs?
- Le
gouvernement surveille-t-il les citoyens qui utilisent l'Internet ?
- Le gouvernement utilise-t-il la technologie de filtrage pour bloquer ou censurer l'Internet?
Sur la base de ces critères, les experts régionaux du CPJ ont désigné des
pays qualifiables pour cette liste. Le classement final est déterminé par un
sondage effectué par le personnel du CPJ et des experts externes.

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