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En RDC, des journalistes de Bukavu se disent victimes de menaces

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Solange Lusiku et Baudry Aluma ont déclaré avoir été menacés après la parution d'articles dans ce numéro d'Octobre du journal Le Souverain. (Le Souverain)

New York, le 27 novembre 2012--Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a demandé aujourd'hui aux autorités de la ville de Bukavu, à l'est de la République démocratique du Congo (RDC), de mener des enquêtes sur des menaces de mort qui cibleraient quatre journalistes locaux.

« Nous sommes préoccupés par la sécurité de quatre de nos confrères journalistes travaillant à Bukavu qui nous ont fait état de menaces de mort qu'ils auraient reçu par rapport à leur profession » a déclaré Mohamed Keïta, coordonnateur du Plaidoyer pour l'Afrique du CPJ. « Nous tenons les autorités provinciales de Bukavu responsables de la sécurité et du bien-être de tous les journalistes et les invitons à mener des investigations sur ces menaces », a-t-il martelé.

Solange Lusiku, directrice de publication du mensuel Le Souverain, a déclaré au CPJ avoir reçu le 21 novembre courant un appel téléphonique à partir d'un numéro masqué. Son interlocuteur non identifié lui aurait dit qu'elle ira continuer ses écrits « dans une pierre ». Mme Lusiku a également déclaré que vendredi dernier, un homme non identifié et des soldats se sont rendus dans un cyber café qu'elle fréquente pour la chercher. Craignant pour sa sécurité, elle a fui Bukavu depuis lors.

Dans la dernière édition du Souverain, Mme Lusiku avait écrit un éditorial critiquant ce qu'elle a appelée l'«ingérence » du Rwanda dans l'instabilité dans l'est du Congo. Le Souverain couvre l'actualité  de la région, notamment la vie politique et la rébellion du M23 dans la région voisine du Nord-Kivu.

Le rédacteur en chef du Souverain, Baudry Aluma, a indiqué au CPJ avoir également reçu des menaces par téléphone après avoir publié un éditorial en octobre dernier. Son article portait sur les prétendues luttes intestines au sein du parti au pouvoir. L'article détaillait également des allégations de mauvaise gestion portées par certains députés provinciaux à l'encontre du gouverneur du Sud Kivu et des membres de son cabinet. L'éditorial estimait aussi qu'un remaniement serait souhaitable. M. Aluma a prévenu le CPJ qu'il est entré dans la clandestinité par peur pour sa sécurité.

Christian Shadiki, inspecteur de police de  Bukavu a, quant à lui, assuré le CPJ qu'il mènera une enquête sur les menaces contre les journalistes du Souverain.

Blaise Sanyila, directeur de la chaîne privée Vision Shala Media, a déclaré au CPJ avoir reçuvendredi dernier un appel téléphonique menaçant provenant d'un numéro masqué. M. Sanyila anime également une émission interactive hebdomadaire au niveau de la station, a-t-il affirmé. Le journaliste a déclaré au CPJ que son interlocuteur non identifié a menacé de « mettre un terme» à toutes ses interventions à la radio, a-t-il ajouté.

La veille de cet appel téléphonique, M. Sanyila a affirmé avoir été interrogé pendant deux heures par des agents de l'Agence Nationale de Renseignement pour avoir diffusé une interview avec un porte-parole du groupe rebelle M23 qui venait de s'emparer de la ville de Goma située à l'est de la RDC. Craignant pour sa sécurité, le journaliste a depuis lors fui Bukavu.

M. Sanyila a également déclaré au CPJ avoir été menacé le 13 octobre dernier par Marcellin Cishambo, gouverneur du Sud-Kivu en présence de plusieurs témoins lors du sommet de la Francophonie dans la capitale Kinshasa. Selon lui, Cishambo lui reprochait d'avoir diffusé un reportage qui critiquait la façon dont le gouverneur avait présenté le pavillon du Sud Kivu au village de la Francophonie. Contacté par le CPJ, M. Cishambo a déclaré : « Je ne le connais même pas. Il a raconté sa vie, je n'ai jamais fait cela ».

Jean Baptiste Badera, correspondant local de l'Agence France-Presse et directeur de la chaîne locale Canal Futur Télévision, a déclaré au CPJ qu'il avait reçu, en même temps que Mme Lusiku et M. Sanyila, un autre message de menace provenant d'un numéro inconnu citant M. Cishambo comme faisant partie d'un complot pour éliminer le trio ainsi que sept autres personnes.

M. Cishambo a nié auprès du CPJ toute implication dans le prétendu complot pour tuer les journalistes. « Je ne menace pas les journalistes »a-t-il affirmé, tout en invitant les journalistes à aller le rencontrer.

En outre, M. Badera a déclaré au CPJ avoir suspendu son émission interactive hebdomadaire, « Plein Feu», qui traitait de l'actualité, en raison de la détérioration de la sécurité dans la région.

Cependant, le ministre congolais de la communication, Lambert Mende, a déclaré aujourd'hui au CPJ qu'il n'était pas informé de ces menaces. Il a invité les journalistes à le contacter pour qu'il mène des enquêtes.

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