S.E. Mamadou Tandja
Président de la République du Niger
c/o Ambassade de la République du Niger aux États-Unis d'Amérique
2204 R Street, NW
Washington, D.C. 20008
Fax: (202) 483-3169
Monsieur le
Président,
Nous vous
écrivons pour exprimer notre inquiétude face aux restrictions croissantes
contre la presse privée nigérienne par votre administration. Nous sommes
particulièrement préoccupés par la censure visant tout traitement de
l'opposition populaire à votre projet d'amendement constitutionnel visant à
lever la limitation au nombre de mandats présidentiels dans votre pays.
Depuis le 26
juin, vous assumez des pouvoirs extraordinaires après votre dissolution de la
Cour constitutionnelle et de l'Assemblée nationale qui s'étaient opposé à votre
proposition d'amendement constitutionnel, selon les médias internationaux.
Mercredi dernier, un décret présidentiel a accordé au président de l'organe
national de régulation des médias, le Conseil supérieur de la communication
(CSC), de pleins pouvoirs de censure sommaire de « toute information de
nature à porter atteinte à la sécurité de l'Etat ou à l'ordre public »,
selon des journalistes et des médias locaux. Ce décret a donné au président du
CSC l'autorisation de « prendre toute mesure conservatoire sans mise en demeure préalable »
et sans consulter les 10 autres membres du Conseil. Pourtant les règlements
en vigueur du CSC exigent la délivrance d'une mise en demeure, une audition et
un quorum des membres avant toute action disciplinaire, selon des experts
juridiques.
Ce décret fait
suite à une décision du président du CSC, Daouda Diallo, le 29 juin dernier, de
suspendre indéfiniment la Radio et Télévision Dounia, après la diffusion par
cette station d'un un communiqué de l'opposition. M. Diallo a accusé la station
de diffuser un « appel à l'insurrection des forces de défense et de
sécurité », a-t-il déclaré au CPJ.
Pourtant, le même
jour, six des membres du Conseil se sont opposé à cette décision au motif
qu'elle a été prise sans consultation interne. Un juge du tribunal de grande
instance hors classe de Niamey a d'ailleurs annulé la suspension de Dounia le 2
juillet courant, selon l'expert juridique nigérien, Karim Souley. Par ailleurs,
une seconde décision de la Cour suprême a annulé la suspension d'un mois
imposée à la même station en août 2008, une décision qui était liée à la large
couverture faite par Dounia du leader de l'opposition alors emprisonné, Hama
Amadou, selon des médias locaux.
Le bras de fer
entre le Conseil et le système judiciaire met les médias dans une situation
précaire durant une période de lutte pour le pouvoir dans votre pays.
Le Conseil a
imposé d'autres restrictions aux médias privés, notamment l'interdiction depuis
le 8 juin dernier d'émissions en direct traitant de la crise politique
actuelle. En outre, plusieurs autres journalistes de divers médias sont
confrontés à des poursuites pénales pour avoir fait des reportages sur des
sujets sensibles, selon des recherches du CPJ. Par exemple, le directeur
général de Dounia, Abibou Garba, fait face à des accusations pénales de
diffamation et de diffusion de fausses nouvelles pour avoir diffusé en avril
dernier un débat télévisé au cours de laquelle un militant a qualifié un accord
d'exploitation de l'uranium, conclu entre le géant français de l'énergie
nucléaire AREVA et le gouvernement nigérien, de « pillage des ressources du
Niger ».
En réalité, ces
restrictions privent le peuple nigérien de leur droit à des informations balancées lors d'une période de débats contradictoires sur l'avenir de votre pays. Le fait
d'accorder à une seule personne l'autorité de censurer sommairement les
reportages critiquant votre politique ébranle ce débat et sape la confiance du public à l'autorité de la loi.
Par conséquent, nous vous
demandons d'abroger le décret présidentiel et de mettre fin à la censure pour
permettre aux médias de s'acquitter de leurs fonctions de rapporteurs de toutes
les opinions dans ce débat crucial de l'histoire du Niger.
Veuillez agréer,
Monsieur le président, l'expression de nos sentiments distingués.
Joël Simon
Directeur exécutif

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