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Des journalistes harcelés à Brazzaville à la suite d'un scrutin contesté

New York, le 17 juillet 2009--Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) est alarmé par le harcèlement des journalistes internationaux couvrant cette semaine le scrutin présidentiel contesté en République du Congo. 

Mercredi, la police a brisé la caméra de la vidéaste Marlène Rabaud de France24, alors qu'elle filmait la dispersion d'une manifestation de l'opposition dans la capitale, Brazzaville, selon des journalistes locaux et des reportages. Son collègue de France24, Arnaud Zajtman, qui était également sur les lieux, a déclaré au CPJ que les officiers les ont bousculé et confisqué leurs images. Un troisième journaliste, Thomas Fessy de la BBC, a dit au CPJ que l'officier lui a tiré les cheveux jusqu'à ce qu'il rende son enregistreur audio. Un officier en uniforme a fouillé Fessy, sous les ordres de policiers en civil. La police a saisi son sac de matériel, y compris un appareil photo numérique, un téléphone portable et son carnet de notes. Les journalistes ont déclaré qu'ils ont vainement tenté de récupérer leur matériel.

S'adressant au CPJ jeudi 17 juillet, le porte-parole de la police nationale congolaise, le colonel Jean Aïve Alakoua a déclaré que la police n'avait pas encore fait le point de la manifestation, qui a été déclenchée par l'annonce officielle de la réélection écrasante du président Denis Sassou-Nguesso sur fond de nombreuses allégations d'irrégularités. « Je n'ai reçu aucune plainte à propos de cela [l'incident]», a ajouté le colonel Alakoua.

« Dans une démocratie, il est inacceptable que des journalistes soient harcelés alors qu'ils couvrent un scrutin et ses suites », a déclaré Tom Rhodes, le directeur de la section Afrique du CPJ. « Nous demandons aux autorités de cesser ces intimidations, de rendre immédiatement le matériel saisi et de dédommager les journalistes ».

Les agents de la sécurité ont également harcelé une autre journaliste, Catherine Ninin de Radio France Internationale, selon des journalistes locaux.

En effet, le dimanche 12 juillet, aux environs de 1 h du matin, quelques heures avant l'ouverture du  scrutin, une douzaine d'agents de sécurité, dirigée par le colonel Thomas Bakala Mayinda de la Direction de Surveillance du Territoire (DST) du Congo a fait une descente à l'Hôtel Saphir où loge Ninin pour demander à voir cette dernière, prétextant une interview. Cependant, le personnel de l'hôtel leur a refusé l'accès. Ninin a dit au CPJ dans un courriel qu'elle a reçu une heure plus tard un appel téléphonique menaçant d'une personne de la présidence, soulignant que deux autres groupes d'agents de sécurité ont assiégé l'hôtel toute la nuit.

Par ailleurs, Zajtman a également déclaré au CPJ avoir reçu au milieu de la nuit un coup de téléphone similaire lui reprochant le reportage faite par sa station sur la pauvreté à Brazzaville. Zajtman, Rabaud, et Fessy ont dit avoir du quitter l'Hôtel Hippocampe, à Brazzaville, après avoir remarqué que des agents de sécurité surveillaient leurs activités.

S'adressant au CPJ jeudi dernier, le porte-parole de la police, Alakoua, a déclaré qu'il n'était pas au courant de la descente des agents de sécurité à l'hôtel pour voir Ninin. « Elle circule librement. Elle fait ses reportages à sa guise, même s'ils ne plaisent pas nécessairement à tout le monde », a t-il dit, ajoutant que la police n'a jamais reçu une plainte de la part de la journaliste.

Cependant, au cours d'une conférence de presse le 11 juillet courant au siège de campagne du président, de hauts responsables ont à plusieurs reprises lancé des avertissements à Ninin au sujet des reportages de RFI et France 24, selon plusieurs journalistes locaux.

« S'il vous plaît ne faites les [Radio Télévision Libre des] Mille Collines », a déclaré François Ibovi, un porte parole du président, s'adressant à Ninin, selon des sources locales. Ces propos faisaient allusion à la station rwandaise, tristement célèbre,  qui a contribué au déclenchement du génocide de 1994. « Nous vous demandons de faire votre travail. Il n'y a pas un seul journaliste en prison dans ce pays. La liberté de la presse est garantie, mais n'essayez pas de mettre de l'huile sur le feu », a-t-il martelé.

Apparemment, ces déclarations faisaient suite à un reportage de RFI sur l'appel de l'opposition congolaise au boycott du scrutin présidentiel et un autre de France 24 qui a montré des rassemblements de l'opposition et du camp présidentiel face à face, selon Ninin. Les médias pro-gouvernementaux ont également attaqué Ninin dans des éditoriaux, selon des recherches du CPJ.

« Le harcèlement de notre collègue Catherine Ninin témoigne du climat de peur et d'autocensure que la presse locale de la République du Congo subi depuis plusieurs années », a déclaré Tom Rhodes.

 

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