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La Mauritanie jette en prison deux blogueurs, Abderrahmane Weddady et Cheikh Ould Jiddou, accusés de diffusion de fausses informations

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Des soldats de l'Armée mauritanienne sont photographiés dans un véhicule tout terrain le 19 novembre 2018. Deux blogueurs ont été détenus dans le pays sur des accusations de fausses informations. (Thomas Samson/AFP)

New York, le 28 mars 2019 - Les autorités mauritaniennes doivent libérer immédiatement les blogueurs Abderrahmane Weddady et Cheikh Ould Jiddou et cesser d'arrêter des journalistes pour diffusion de fausses informations, a déclaré aujourd'hui le Comité pour la protection des journalistes.

Weddady et Jiddou ont chacun répondu à une convocation émise par la police chargée des crimes économiques le 22 mars et sont détenus depuis, d'après des messages postés sur la page Facebook de chaque blogueur et selon Nasser Weddady, frère d'Abderrahmane Weddady, qui a parlé au CPJ.

Les deux sont actuellement détenus à la prison de Dar Naim, a précisé le frère de Weddady, et sont en attente de procès après avoir été inculpés de «diffusion de fausses informations ». Nasser Weddady a ajouté que chacun d'eux a été soumis à un interrogatoire de 18 heures le 25 mars, sans la présence d'un avocat.

«L'emprisonnement d'Abderrahmane Weddady et de Cheikh Ould Jiddou est un scandale et les accusations contre eux démontrent comment les allégations de « diffusion de fausses nouvelles » sont instrumentalisées contre les journalistes qui critiquent les personnes au pouvoir », a déclaré Courtney Radsch, directrice du plaidoyer du CPJ, à Washington, D.C. «Les autorités Mauritaniennes doivent libérer immédiatement les deux blogueurs et cesser de persécuter les médias. »

Jiddou et Weddady ont enquêté sur la corruption en Mauritanie, y compris sur des allégations selon lesquelles le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a détourné des fonds, possède un compte de deux milliards de dollars aux Émirats arabes unis, et a profité de projets immobiliers illicites gérés par un ami, d'après le frère de Weddady et certains médias.

Le Président Abdel Aziz a démenti les allégations voulant qu'il ait détourné des fonds, et le ministre des Finances Moctar Ould Diay a déclaré que l'ami du président a agi en conformité avec la loi, selon certains médias. L'Ambassade de Mauritanie à Washington, D.C. n'a pas répondu au téléphone lorsque le CPJ l'a appelée pour solliciter un commentaire sur la détention des blogueurs et les accusations portées contre eux, ainsi que sur les allégations concernant le président. Un courriel adressé au bureau de l'Ambassadeur de Mauritanie aux États-Unis sollicitant un commentaire sur le cas des blogueurs et les allégations portées contre le président est resté sans réponse.

Les deux blogueurs ont été convoqués début mars par la police chargée des crimes économiques et interrogés au sujet de leurs reportages sur les allégations de détournement de fonds à l'encontre du président. On leur a demandé aussi pourquoi ils n'avaient pas déposé une plainte formelle au lieu d'écrire en ligne à ce sujet, a affirmé le frère de Weddady, qui a ajouté que les autorités ont saisi les passeports et les pièces d'identité des blogueurs à la fin de l'interrogation.

Nasser Weddady a indiqué au CPJ que son frère est prédiabétique et a besoin de manger à des intervalles réguliers; il a ajouté que bien que sa famille apporte de la nourriture à son frère à la prison de Dar Naim, il ne croit pas qu'elle lui soit donnée en temps opportun.

L'an dernier, les autorités mauritaniennes ont emprisonné deux journalistes pendant une semaine suite à une plainte pour diffamation portée par un homme d'affaires dont ils alléguaient qu'il était en relation avec le gouvernement, selon les rapports de CPJ.

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