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Au Togo, la police agresse des journalistes qui protestent contre une loi de censure

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Lagos, Nigeria, le 18 mars, 2013 - La police togolaise a tiré des balles en caoutchouc et des grenades lacrymogènes pour disperser des journalistes qui protestaient ce jeudi contre une nouvelle loi qui donne à l'autorité de régulation des médias le plein pouvoir de censurer sommairement les organes de presse, selon des médias et des journalistes locaux.

« Nous condamnons le fait qu'un journaliste ait été grièvement blesse lors des manœuvres de la police togolaise contre des journalistes qui manifestaient pacifiquement pour défendre la liberté de la presse », a déclaré Mohamed Keita, coordonnateur du Plaidoyer pour l'Afrique du CPJ basé à New York. «Adopter des lois nouvelles qui étendent le pouvoir de censure puis réprimer violemment ceux qui protestent contre ces lois, sont des actions à proscrire dans une société libre», a-t-il martelé.

Selon des médias,  la police a dispersé des journalistes représentant sept organes de presse locaux qui s'étaient rassemblés devant le palais présidentiel lors de la dernière journée d'un sit-in pacifique de trois jours de protestation contre les amendements adoptés par l'Assemblée nationale togolaise le 19 février dernier. Ces amendements donnent à la Haute autorité de l'audiovisuel et de la Communication (HAAC), le pouvoir, entre autres, de suspendre sommairement un organe de presse sans ordonnance d'un tribunal.

Sylvio Combey, président d'une organisation locale de défense de la liberté de la presse qui a participé au sit-in, a déclaré au CPJ que certains des policiers avaient délibérément tiré sur les journalistes et que ces officiers avaient été identifiés. « Nous n'étions pas armés, mais la police nous tirait dessus à bout portant dans l'intention manifeste de nous blesser», a déclaré M. Combey.

Younglove Egbéboua Amavi, journaliste et par ailleurs directeur de Radio Planète Plus et d'un d'un autre groupe de presse local, a subi une fracture de la mâchoire et des blessures à la bouche après avoir été touché par une balle en caoutchouc. La fille de M. Amavi a déclaré au CPJ que des ficelles métalliques auraient été fixées à la mâchoire de son père qui ne pourrait ni manger ni parler. Elle a déclaré qu'il avait besoin d'une intervention chirurgicale.

Yolande Lovi, reporter du groupe privé RTDS, est tombée en syncope sous l'effet des grenades lacrymogènes tirés par des policiers, selon un communiqué rendu public par les groupes de défense de la liberté de la presse. Le communiqué indique que d'autres journalistes qui ont tenté d'aider M. Lovi ont également été agressés.

Le ministre togolais de la Sécurité, le Colonel Yark Damehane a annoncé qu'une enquête serait menée sur l'usage de la force par les forces de l'ordre, selon des médias.

Conformément aux nouveaux amendements, la HAAC peut maintenant retirer les licences d'exploitation des médias togolais sans procédure judiciaire, ont rapporté des médias. La HAAC est composée de neuf membres, dont quatre sont nommés directement par le président de la République et les cinq autres par le Parlement qui est contrôlé par la majorité présidentielle, ont déclaré au CPJ des journalistes locaux.

Les nouveaux amendements ont suscité l'indignation des journalistes et des groupes de défense des droits de l'homme qui ont commencé à protester le 12 mars courant pour condamner la loi jugée illégale et anticonstitutionnelle. La constitution du Togo stipule que l'interdiction d'un organe de presse ne peut être prononcée qu'en vertu d'une décision  d'un tribunal motivée par une pétition dont il a été saisi par la HAAC.

  • Pour plus de données et d'analyses sur le Togo, veuillez consulter le rapport Attaques contre la presse du CPJ.
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