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Le journaliste Luckson Saint-Vil survit à une attaque armée dans le sud d’Haïti

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Des reporters haïtiens et d’autres personnes manifestent à Port-au-Prince le 28 mars 2018 pour réclamer des informations sur le photojournaliste disparu Vladimir Legagneur. Un autre journaliste, Luckson Saint-Vil, a été la cible de tirs dans le sud d’Haïti le 6 août 2019. (AFP/Hector Retamal)

Miami, 13 août 2019 – Le Comité pour la protection des journalistes a condamné aujourd’hui une attaque armée qui a visé le journaliste haïtien Luckson Saint-Vil dans le sud d’Haïti la semaine dernière, et a exhorté les autorités haïtiennes à enquêter sur les menaces à l’encontre de Saint-Vil et à identifier et à poursuivre les assaillants.

Des individus non identifiés ont ouvert le feu sur le véhicule de Saint-Vil à environ 21h le 6 août alors qu’il circulait sur la Route Nationale N° 2 à Flond, dans la commune de Léogâne, dans le sud d’Haïti, après avoir quitté son travail, selon les médias locaux. Au moins sept balles ont atteint le véhicule, notamment le pare-brise du côté du conducteur, a déclaré Saint-Vil au CPJ par téléphone, ajoutant que la voiture disposait d’un grand autocollant à l’avant qui permettait de l’identifier comme le véhicule appartenant à son employeur, le site d’actualités Loop Haïti. Saint-Vil a déclaré s’en être sorti indemne et avoir contacté les autorités et porté plainte à la police.

Saint-Vil, qui travaille comme reporter pour Loop Haïti, a déclaré au CPJ que l’attaque était survenue quelques jours après avoir déposé plainte à la police judiciaire au sujet de menaces de mort qu’il avait reçues par textos. Selon Saint-Vil, les menaces étaient liées à un reportage qu’il a publié sur le site d’actualités Ayibo Post le 15 décembre 2018, documentant la relation entre les gangs violents et les autorités dans la commune de Cité Soleil à Port-au-Prince, la capitale.

Le 22 juillet, un autre journaliste haïtien, Kendi Zidor, a survécu à une attaque armée similaire alors qu’il rentrait en voiture à son domicile à Port-au-Prince, comme l’a rapporté le CPJ. À l’époque, il avait déclaré au CPJ avoir reçu des menaces de mort par textos suite à la publication d’un éditorial critique à l’égard des autorités locales.

« L’attaque armée visant Luckson Saint-Vil, la deuxième du genre à Haïti en moins d’un mois, met en évidence les risques extrêmement graves encourus pour les journalistes haïtien qui couvent des sujets sensibles », a déclaré à New York Natalie Southwick, Coordinatrice du programme Amérique centrale et du Sud du CPJ. « Les autorités haïtiennes ne peuvent pas rester les bras croisés pendant que des journalistes sont violemment attaqués. Elles doivent montrer qu’elles prennent des mesures décisives en enquêtant et en veillant à ce que les personnes responsables soient traduites en justice. »

Saint-Vil a indiqué au CPJ qu’il avait reçu des textos menaçants, y compris des menaces de mort, après plusieurs passages à la télévision pour parler du Prix Philippe Chaffanjon, prix annuel récompensant des réalisations multimédias françaises et haïtiennes, qui lui a été décerné en juin. L’œuvre primée de Saint-Vil est le reportage intitulé « Cité Soleil : les dessous d’une paix fragile » publié sur Ayibo Post en décembre 2018 ; il décrit la manière dont les gangs armés contrôlent les 34 quartiers de la commune de Cité Soleil avec la prétendue complicité des autorités. Dans un message que le CPJ a pu examiner, un individu non identifié avertissait le journaliste que : « Si tu n’arrêtes pas tes publications, tu souffriras comme d’autres journalistes ont souffert avant toi … Il y a eu beaucoup d’excellents journalistes avant toi, et tu as vu le sort qui leur a été réservé. »

Saint-Vil a déclaré qu’il prenait ces menaces très au sérieux et a porté plainte auprès de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), en fournissant notamment le numéro de téléphone d’où provenaient les menaces.

Saint-Vil a dit au CPJ qu’il avait officiellement porté plainte pour « tentative de meurtre » à la police judiciaire hier.

Le 7 août, le Ministère des communications d’Haïti a publié une déclaration sur sa page Facebook condamnant l’attaque.

Aujourd’hui, le CPJ a contacté la police judiciaire haïtienne pour solliciter ses commentaires, mais les appels sont restés sans réponse. Le CPJ n’a pas été en mesure de contacter la police nationale haïtienne par l’intermédiaire de son site web, qui affiche un message d’erreur.

En plus des tentatives d’attaques armées, un journaliste a été blessé par balle et un autre tué à Haïti en 2019, selon les recherches du CPJ ; le CPJ cherche à déterminer si le meurtre est lié à son travail.

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