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La police burundaise agresse les journalistes qui marchent pour soutenir Ruvakuki

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Tom Rhodes/Consultant du CPJ pour l'Afrique de l'Est

Mardi dernier, les journalistes burundais ont encore marché, une action hebdomadaire qu'ils mènent depuis trois semaines pour protester  contre l'emprisonnement d'un de leurs confrères, Hassan Ruvakuki, incarcéré depuis le 28 novembre 2011 sous des accusations de complot contre l'État. Pour la première fois, les journalistes portaient des t-shirts blancs montrant Ruvakuki vêtu de son uniforme vert de prisonnier. Mais cette fois-ci, la réaction de la police a surpris les journalistes.

 « Nous marchions pacifiquement vers le ministère de la Justice, une marche que nous organisons chaque mardi pour demander la libération de notre confère Hassan Ruvakuki », a déclaré Antoine Kaburahe, directeur de publication de l'hebdomadaire indépendant Iwacu, dans une interview publiée par son journal après la marche. «Jusqu'ici, la marche se déroulait sans incident, sous escorte policière», a-t-il souligné.

Toutefois, mardi dernier, la police de Bujumbura, la capitale burundaise, a bloqué les journalistes avant qu'ils n'atteignent le ministère de la Justice, a déclaré Patrick Nduwimana, directeur par intérim de Bonesha FM, une station pour laquelle travaille Ruvakuki. « Lorsqu'ils ont bloqué notre chemin, nous avons juste fait demi-tour, pacifiquement, pour retourner à nos rédactions respectives, mais ils nous ont même empêchés de le faire », a-t-il ajouté. Nduwimana m'a dit que la police a tiré des grenades lacrymogènes et bastonné des journalistes avec les crosses de leurs fusils. Les policiers ont poursuivi les journalistes, dont certains sont tombés par terre, et sévèrement bastonné des hommes et des femmes dans la rue », a déclaré plus tard Kaburahe dans le journal Iwacu. Heureusement, il n'y avait pas de blessures graves ni aucune arrestation, a dit Nduwimana. La police a arrêté Innocent Muhoze, directeur de la chaîne privée Radio-Télé Renaissance, pendant quelques minutes, mais l'a relâché sans inculpation, ont déclaré des journalistes locaux.

La police a par la suite affirmé que la marche était une manifestation illégale, selon des journalistes locaux et des reportages en ligne de médias internationaux. Le président de l'Union burundaise des journalistes (UBJ), Alexandre Niyungeko, a rejeté cette affirmation, soulignant que la Constitution du Burundi garantit aux citoyens la liberté d'expression et de réunion. «Tant que nous informons les autorités, ce que nous avons fait, il n'y a rien d'illégal à ces manifestations", a martelé Nduwimana.

Les manifestations hebdomadaires des journalistes ont commencé  à la mi-janvier à la suite de la décision le 8 janvier dernier de la cour d'appel de  réduire la peine de Ruvakuki de la perpétuité à trois ans de prison pour « collaboration avec un groupe criminel ». Ruvakuki a été arrêté après qu'il a interviewé le chef d'un nouveau groupe rebelle auto-proclamé en novembre 2011, à un moment où le gouvernement niait l'existence du groupe, ont déclaré aux journalistes locaux. Des journalistes qui ont assisté au procès m'ont dit que les procureurs n'ont pas produit des preuves convaincantes pour soutenir l'accusation. RFI a rapporté  que l'avocat de Ruvakuki, Fabien Segatwa, se préparait à soumettre une demande de grâce pour son client au ministre de la Justice.

Maintenant, les relations entre les médias et la police pourraient bien se détériorer, a dit Kaburahe. « Ce qui m'a le plus fait peur, c'est la haine que nous avons lu dans les yeux des policiers, comme si nous étions des criminels. C'est dommage car il y avait une atmosphère paisible », a-t-il souligné. Selon Nduwimana, la police a peut-être été troublée par les t-shirts montrant Ruvakuki vêtu de son uniforme de prisonnier que les journalistes portaient

Les manifestants envisagent de se réunir jeudi pour débattre de l'opportunité de poursuivre les manifestations hebdomadaires suite à l'attaque de la police. La plupart des journalistes à qui j'ai parlé étaient désireux de continuer malgré les risques. « Des consultations sont en cours. Ce qui est sûr, cependant, c'est que mardi prochain, il y aura un grand événement, de nombreux journalistes seront au rendez-vous », a déclaré Kaburahe. « Que va faire la police mardi prochain? Je ne sais pas ... », a-t-il conclut.

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