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Attaques contre la presse

2011

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Par Riz Khan

C'est une épée à double tranchant. La technologie a rendu la vie des journalistes tellement plus facile et pourtant aussi plus difficile. Même dans les pays les moins avancés, où les infrastructures simples telle que la route pavée reste un luxe, l'accès aux téléphones mobiles, la portabilité des systèmes de radiodiffusion par satellite, la croissance des plates-formes de livraison et la popularité des chaînes d'informations 24h/24 permettent à des centaines de millions de personnes d'écrire instantanément des articles depuis leurs foyers.

Les institutions internationales faillent à leur devoir de veiller sur le respect de la liberté de la presse

Une chaise vide pour le lauréat du Prix Nobel de la Paix, Liu Xiaobo, à qui le soutien des institutions internationales a fait défaut. (Reuters) Par Joël Simon

L'UNESCO est l'organisme principal des Nations unies qui se consacre à la défense de la liberté de la presse. Pourtant, en 2010, des organisations de défense de la liberté de la presse et des droits humains ont dû lancer une campagne internationale pour empêcher l'UNESCO de décerner un prix à l'un des pires violateurs de la liberté de la presse en Afrique.

Dénoncer les agresseurs tapis sur Internet

Dans cette photo prise par un correspondent clandestin de la Voix démocratique de Birmanie, une agence de presse en ligne opérant en exile, des moines bouddhistes mènent des protestations contre la junte militaire au pouvoir (DVB/AP) Par Danny O'Brien

Au cours de la dernière décennie, ceux qui ont utilisé l'Internet pour rapporter des informations auraient pu supposer que la technologie de pointe était en leur faveur. Cependant, les journalistes en ligne sont maintenant confrontés à plus de risques que ceux qui travaillent dans des conditions dangereuses. Ils se retrouvent victimes de nouvelles attaques qui ne ciblent que ce nouveau médium. Destinés à la surveillance en ligne des rédacteurs, à travers des logiciels malveillants personnalisés pour la censure « juste à temps » faire planter des sites d'informations controversées sur Internet au moment le plus inopportun, les outils en ligne pour attaquer la presse sont maintenant plus intelligents et se propagent davantage.

À travers l'Afrique, les gouvernements criminalisent le journalisme d'investigation

Le président sortant de la Cote d'Ivoire Laurent Gbagbo, qui s'accroche au pouvoir après une dispute post-électorale, parle aux journalistes au sortir d'un bureau de vote d'Abidjan (AFP/Issouf Sanogo)

Par Mohamed Keita

À travers l'Afrique, l'émergence du journalisme d'investigation et l'absence de lois effectives sur l'accès à l'information ont établi une trajectoire de collision dans laquelle les autorités, déterminées à voiler leurs activités, opèrent agressivement pour démasquer les sources confidentielles des journalistes et criminaliser la possession de documents administratifs divulgués dans la presse. Du Cameroun au Kenya, de l'Afrique du Sud au Sénégal, les représailles gouvernementales ont abouti à des emprisonnements, à des actes violences, à des menaces et au harcèlement judiciaire. Au moins deux décès suspects, notamment ceux d'un directeur de publication et d'une source confidentielle, ont été signalés sur fond de représailles gouvernementales contre le journalisme d'investigation.

Principaux Développements
• L'ANC défend une proposition de création d'un tribunal des médias pour contrôler, sanctionner la presse.
• Le ton du discours contre la presse se durcit, ternissant ainsi l'image du pays comme leader en matière de liberté de la presse.

Statistique Cle
25 ans de prison pour la divulgation d'informations classées, une proposition du projet de loi sur la protection de l'information.


Sur la défensive face a sa capacité de juguler un taux élevé de criminalité et critique pour sa gestion sur la base d'allégations de corruption publique révélées par la presse, le Congrès national africain (ANC) au pouvoir a énergiquement contre attaqué contre les médias en ciblant les journalistes d'investigation. Tandis que les dirigeants de l'ANC durcissaient le ton contre la presse, le gouvernement a introduit des propositions législatives qui permettraient de surveiller et de sanctionner la presse, de criminaliser le journalisme d'investigation et de mettre les fonctionnaires à l'abri de tout contrôle. La campagne de l'ANC a terni son image de leader en matière de liberté de la presse en Afrique et a suscité des craintes d'un retour vers les pratiques de censure de l'époque d'apartheid.

Principaux Développements
• Une loi criminalise tout reportage jugé outrageant envers le président, les institutions de la République.
• Trois principaux journaux indépendants achetés par une société anonyme. Leur ligne éditoriale devient timide.

Statistique Cle
2 journalistes tués en 2010, dont un reporter sportif togolais tué dans une embuscade contre l'équipe nationale de football du Togo.


Le président José Eduardo dos Santos, qui dirige une des économies les plus dynamiques du monde, mais il a été critiqué pour les inégalités sociales, la corruption et les violations de la liberté de la presse dans son pays. Capitalisant sur la production pétrolière et l'extraction de diamant en plein essor, son gouvernement a investi 1 milliard de dollars pour accueillir en janvier la Coupe d'Afrique des nations (CAN) de football. Cependant, la CAN que le gouvernement considérait comme une occasion de redorer son image au niveau international, a été entachée par un attentat terroriste contre un convoi de l'équipe nationale togolaise dans l'enclave de Cabinda agitée. L'embuscade, revendiquée par des guérillas séparatistes a couté la vie à deux personnes, dont un journaliste, exposant ainsi la situation sécuritaire précaire. Dos Santos, au pouvoir depuis 1979, et son Mouvement populaire pour la libération de l'Angola (MPLA) a cherché à étouffer les reportages indépendants sur cette embuscade. En mi-2010, une société dont les capitaux n'ont pas été divulgués avait acheté trois des principaux journaux indépendants du pays, rendant timide leur couverture.

Principaux Développements
• Un haut responsable de la présidence lance de brutales représailles contre des journalistes enquêtant sur un présumé scandale de détournement de fonds à la Société nationale des hydrocarbures.
• La nation pleure la mort du journaliste Pius Njawé, pionnier de la presse privée.

Statistique Cle
4 journalistes emprisonnés pour recel de document. L'un d'entre eux décède en prison, un autre déclare avoir été torturé.


Lorsque quatre journalistes de presse écrite ont conjointement adressé des interrogations à un haut responsable de la présidence du Cameroun en 2009, ils souhaitaient en apprendre davantage sur un prétendu détournement de fonds à la Société nationale des hydrocarbures (SNH). Au lieu de cela, ils ont été la cible de représailles virulentes du gouvernement à partir de février qui ont entraine la mort en prison d'un directeur de publication. Un autre a déclaré avoir été torturé, tandis que deux autres ont été emprisonnées pendant neuf mois. Cette affaire, la plus grave violation de la liberté de la presse au Cameroun depuis au moins une décennie, a illustré l'intimidation brutale infligée par de puissantes personnalités publiques aux journalistes qui passent au crible leurs activités.

Principaux Développements
• Le Prix international pour la liberté de la presse décerné au journaliste Dawit Kebede.
• Les autorités emprisonnent les journalistes indépendants, brouillent les émissions en langue amharique de la Voix de l'Amérique.

Statistique Cle
Des journalistes interrogés pendant 7 heures tandis que le Premier ministre prononçait un discours sur la liberté de choisir.


Le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF, au pouvoir) a emprisonné des journalistes, brouillé les signaux de chaînes étrangères et bloqué des sites Web, tout en remportant une écrasante majorité parlementaire durant les élections générales en mai. La Commission électorale nationale, contrôlée par le gouvernement, a déclaré que la coalition dirigée par l'EPRDF du Premier ministre Meles Zenawi, au pouvoir depuis 1991, a ainsi remporté 545 des 547 sièges au Parlement. L'opposition a contesté ces résultats en dénonçant l'intimidation des électeurs et la fraude électorale. Le scrutin a également été critiqué par les États-Unis et l'Union européenne. Zenawi, qui a peu fait cas de ces critiques qu'il a qualifié de campagne de dénigrement, a ainsi été reconduit pour un nouveau mandat de cinq ans. Quant à la chef de fil de l'opposition, Birtukan Mideksa, elle a été maintenue en prison jusqu'en octobre.

Principaux Développements
• Deux journalistes assassinés, un autre agressé dans des violences ethniques.
• Un mystère entoure le décès du président Yar'Adua.

Statistique Cle
7 journalistes enlevés dans la région instable du sud. Tous ont été libérés.


Un voile de mystère officiel a entouré la maladie cardiaque qui a finalement coûté la vie à l'ancien président nigérian Umaru Musa Yar'Adua, suscitant ainsi un débat sur ce qui constituait l'information du public. Le Nigeria a célébré le cinquantenaire de son indépendance, mais cette célébration a été entachée par un attentat à la bombe meurtrier qui a été revendiqué par un groupe de militants du Delta du Niger. Dans un climat de violence ethnique et politique, aggravé par une impunité généralisée, au moins deux journalistes ont été assassinés en relation directe avec leur travail, tandis qu'un troisième a été tué dans des circonstances obscures. Sept autres journalistes et un collaborateur de presse ont été brièvement enlevés dans deux affaires distinctes dans la région instable du sud riche en pétrole.

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