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Au Mali, un journaliste inculpé pour avoir publié une lettre critiquant le capitaine Sanogo

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(Boukary Daou)

Lagos, Nigeria, le 19 mars 2013--Un journaliste malien a été inculpé lundi dernier d'incitation à la mutinerie et de publication de fausses nouvelles pour la publication d'un article critiquant un ancien chef putschiste, selon des médias.

Boukary Daou, directeur de publication du quotidien Le Républicain, est en détention depuis le  6 mars courant, selon des médias. Il a été détenu au secret par la Sécurité d'État pendant huit jours avant d'être transféré à la Brigade d'investigation judiciaire (BIJ) de la police. S'il est reconnu coupable, le journaliste risque une peine d'emprisonnement maximale de trois ans et une amende de 150 millions de francs CFA, a dit au CPJ Assane Koné, rédacteur en chef du Républicain. Ses avocats ont déposé une demande de libération sous caution en attendant son procès. Sa prochaine audience est prévue le 16 avril, a dit M. Koné.

M. Daou a été arrêté le jour où son journal a publié une lettre ouverte d'un supposé officier de l'armée malienne adressée  au président Dioncounda Traoré. Dans cette lettre, l'officier, un certain capitaine Touré, s'est insurgé contre le salaire et les avantages offerts au capitaine Amadou Haya Sanogo, qui avait mené le coup d'état du 22 mars 2012 et qui a été récemment nommé comme président d'un comité pour la réforme des forces de sécurité du Mali. L'auteur s'est interrogé pourquoi un ancien chef putschiste a été récompensé et a menacé de déserter le champ de bataille si le gouvernement ne retirait pas cette allocation financière.

Le capitaine Sanogo a cédé  le pouvoir au gouvernement de Dioncounda Traoré trois semaines après le coup d'état de 2012 qui a précipité le pays dans l'instabilité. Des séparatistes touaregs et des militants d'Al-Qaïda se sont par la suite emparés de la moitié du pays.

« Nous condamnons la décision des autorités judiciaires du Mali d'inculper le journaliste Boukary Daou et de l'envoyer en prison pour avoir publié une lettre ouverte critiquant une politique de l'état », a déclaré Mohamed Keita,  coordonnateur du plaidoyer pour l'Afrique du CPJ basé à New York. « Nous exhortons le procureur à abandonner les charges qui pénalisent la liberté de presse et la liberté d'expression. M. Daou devrait être libéré en attendant son procès », a-t-il martelé.

Le président Traoré a  déclaré que la détention de M. Daou était dans le cadre de l'état d'urgence actuellement  en vigueur au Mali, ce qui donne au gouvernement et aux autorités locales de vastes pouvoirs de contrôle des médias, de perquisition, de saisie et d'arrestation au nom de la sécurité nationale, selon des médias.

Les médias maliens avaient lancé une opération nationale presse morte pour protester contre l'arrestation de ce journaliste. Cette opération a été levée vendredi dernier, mais un boycott de la couverture médiatique de toutes les institutions gouvernementales est encore en vigueur, selon M. Koné.

  • Pour plus de données et d'analyses sur le Mali, veuillez consulter le rapport Attaques contre la presse du CPJ.

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