Attaques contre la presse   |   Gambie

Attaques contre la presse en 2009: Gambie

Principaux développements
•Le meurtre de Deyda Hydara non élucidé; le secret entoure ldétention de « Chief » Ebrima Manneh.
•La pression nationale et internationale pousse le président Jammeh à cesser la répression.

Statistique clé
6: Journalistes emprisonnés pour sédition après avoir dit que les propos du président sur l'affaire Hydara étaient insensibles.
ATTAQUES CONTRE LA PRESSE EN 2009
Préface
Introduction
Analyse
Ethiopie
Gambie
Madagascar
Niger
Nigeria
Ouganda
RDC
Somalie
Zambie
Zimbabwe
En bref


Les autorités gambiennes ont emprisonné six journalistes après que leurs publications ont déclaré que le président Yahya Jammeh avait été insensible dans ses propos à la télévision au sujet du meurtre non élucidé du journaliste gambien Deyda Hydara en 2004. Les six journalistes, condamnés en août sur des accusations infondées de sédition, ont été condamnés à deux ans de prison. Cependant, ils ont été libérés graciés en septembre par le président Jammeh, à la suite d'une pression considérable au niveau national et international.

Parmi les détenus, figuraient d'éminents journalistes de cette nation, dont quatre du quotidien de M. Hydara, The Point: notamment l'éditeur en chef Pap Saine, le directeur de l'information Ebrima Sawaneh, et les reporters Sarata Jabbi-Dibba et Pa Modou Faal. Sam Sarr, le directeur de publication de l'hebdomadaire privé Foroyaa, et Emil Touray, un reporter de ce journal, étaient également parmi les détenus.

Cette répression faisait suite à l'interview le 8 juin du président Jammeh sur le Service de radio et télévision gambiennes. Intervenant à l'émission intitulée « One on One », le président a nié toute implication du gouvernement dans l'assassinat de M. Hydara et est allé même jusqu'à suggérer, sans fournir de preuve, que le journaliste avait eu une liaison extraconjugale, selon des médias. Soulignant qu'un site Web d'information a publié un article en gros titre demandant: «Qui a tué Deyda Hydara? Le président Jammeh a répliqué: « Qu'ils aillent demander à Deyda Hydara qui l'a tué ». Indignée par les propos du président, l'Union de la presse gambienne a publié une déclaration critiquant l'insensibilité du président et a appelé à une nouvelle enquête sur le meurtre de M. Hydara. Le quotidien The Point et l'hebdomadaire Foroyaa ont republié la déclaration de l'Union au sujet de l'affaire, qui n'a entrainé aucune condamnation ni indiqué aucune piste apparente. M. Hydara, qui critiquait régulièrement la gestion du gouvernement, a été abattu alors qu'il circulait dans la banlieue de Banjul, la capitale gambienne, en décembre 2004, selon deux témoins. Les journalistes ont soupçonné une implication du gouvernement dans ce meurtre.

La déclaration de l'Union et la couverture des journaux ont déclenché une série d'actes de représailles. Tandis que les six journalistes étaient jetés en prison, l'Agence nationale des renseignements (NIA) de la Gambie bloquait la publication d'une édition de The Point et allait à la chasse d'autres reporters et directeurs de publication. Buya Jammeh, un responsable de l'Union de la presse gambienne, Fabakary Ceesay, journaliste de Foroyaa, et Baboucarr Senghore, reporter de The Point ont du se cacher pendant un certain temps après des descentes d'agents au niveau de leurs bureaux et leurs domiciles, ont déclaré au CPJ des journalistes. Deux autres journalistes ont été brièvement placés en détention simplement pour avoir fait des reportages sur la répression. Abubakr Saidykahn, reporter de Foroyaa, a été arrêté pour avoir tenté de prendre des photos d'agents arrêtant son directeur de publication, M. Saar. En outre, Augustine Kanja, reporter photographe du journal The Point, a été placé en détention pendant deux jours après qu'il a tenté de filmer une scène à l'extérieur du tribunal lors du procès.

Alors que la répression atteignait son comble, le président Jammeh a menacé les six journalistes détenus dans une autre apparition à la télévision d'État, selon des médias. « Ils pensent qu'ils peuvent cacher derrière la soi-disant liberté de la presse et ainsi violer la loi et s'en tirer? Ils se sont trompés cette fois », a-t-il dit lors d'une interview en juillet. «Nous allons les poursuivre jusqu'au bout », a-t-il ajouté, qualifiant les journalistes indépendants de «bouts de rats ».

Cependant, le gouvernement de M. Jammeh s'est heurté à une forte réaction au niveau national et international. L'union de la presse, non dissuadé par la répression gouvernementale, a condamné les propos du président, soulignant qu'ils illustraient le contrôle évident de M. Jammeh sur le système judiciaire. Le président Jammeh « a outrepassé ses limites en portant un jugement sur les journalistes. Il a également prouvé la partialité de notre système judiciaire déjà affaibli dans lequel les juges défendent les intérêts du président ». a écrit Musa Saidykahn, un journaliste gambien en exil, dans un billet sur le blog du CPJ.

Les organisations internationales de défense de la liberté de la presse, dont le CPJ, ont mené des campagnes vigoureuses pour libérer les six journalistes détenus. Ndey Sosseh, présidente de l'Union de la presse gambienne, a déclaré l'éventuelle libération des journalistes était « à 100 pour cent due à la pression publique ». Elle l'a aussi attribuée à la pression de la communauté internationale, en particulier les efforts entrepris par les gouvernements américain et britannique. Le plus remarquable, selon Halifa Sallah, chroniqueur de Foroyaa, c'était sans doute le fort soutien démontré par l'opinion publique gambienne. «Les gens venaient en foule aux séances du tribunal, apportant un soutien financier », a-t-il dit, ajoutant : «Ce fut une démonstration de solidarité sans précédent ».

Si le meurtre de M. Hydara à été un coup dur pour les journalistes dans la lutte pour la liberté de la presse, la disparition depuis 2006 du journaliste « Chief » Ebrima Manneh du quotidien Daily Observer a également marqué les esprits. En juillet 2006, des collègues de bureau du journaliste ont dit avoir vu deux agents en civil de la NIA emmener précipitamment M. Manneh. Depuis lors, il n'a été revu que quelques fois. Un confrère journaliste a rapporté l'avoir vu dans les locaux de la prison de Fatoto en fin 2006. L'année suivante, des témoins ont déclaré à la Fondation des médias de l'Afrique de l'Ouest, basée au Ghana, que M. Manneh se faisait traiter pour une hypertension artérielle à l'hôpital Royal Victoria Teaching de Banjul.

Malgré les appels répétés d'organisations internationales, le gouvernement gambien a refusé de révéler où se trouve M. Manneh, ou de divulguer son état de santé et son statut juridique. Il n'est même pas certain que ce journaliste était encore vivant en 2009. Pourtant, l'affaire a rallié plusieurs forces pour pousser les dirigeants gambiens à donner des explications. En novembre, le Groupe de travail onusien sur la détention arbitraire a conclu que l'emprisonnement de M. Manneh était illégal et a appelé les autorités gambiennes à le libérer immédiatement. En avril, six sénateurs américains ayant à leur tête Richard Durbin on demandé la libération de M. Manneh. Et en 2008, la Cour de Justice de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a ordonné au gouvernement de libérer le journaliste et d'indemniser sa famille pour sa détention illégale.

Pour la première fois, un responsable du gouvernement a été obligé de répondre publiquement des questions relatives au cas de M. Manneh. «Pour autant que nous sachions, Chief Ebrima n'est pas sous notre garde », a déclaré la ministre de la Justice et procureur général de la République de Gambie, répondant aux questions du Parlement en avril.

Le motif de la détention de M. Manneh n'a jamais été clarifié. Pa Ousman Darboe, ancien directeur de la rédaction du quotidien Daily Observer, qui a été témoin de l'arrestation de M. Manneh en 2006, a déclaré que son confrère a d'abord été interpellé parce qu'il avait essayé de publier un article de la chaîne britannique, BBC, soulevant des interrogations sur le statut démocratique du président Jammeh au moment ou son pays organisait le sommet de l'Union Africaine qui comportait des discussions sur la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance. Demba Jawo, ancien président de l'Union de la presse gambienne, a déclaré que M. Manneh a pu être davantage ciblé pour son reportage sur l'assassinat en 2005 d'immigrants ghanéens en Gambie.

Le harcèlement systématique du gouvernement a forcé un flux régulier de journalistes en exil. Les recherches du CPJ indiquent qu'environ 40 journalistes gambiens se sont enfuis de leur pays depuis que le président Jammeh a accédé au pouvoir par un coup d'État militaire en 1994.

Parmi ceux qui ont été ciblés tout au long de l'année 2009, figure M. Saine, un correspondant chevronné de Reuters, par ailleurs directeur de publication du journal The Point. Il a été interrogé par la police à deux reprises en février et accusé, entre autres, de publication de «fausses» nouvelles et d'avoir une fausse nationalité gambienne. Cependant, ces accusations ont été sans suite.

Des agents de sécurité ont placé en détention Abdul Hamid Adiamoh, éditeur et directeur de publication du quotidien privé Today, le 10 juin pour un article qui a incorrectement annoncé le licenciement de deux ministres, M. Adiamoh a déclaré au CPJ. Le journal a présenté des excuses et a rectifié l'article incriminé le lendemain. Néanmoins, M. Adiamoh a été détenu par la police pendant cinq jours sur des accusations de publication de «fausses» nouvelles. Il a finalement été condamné à une amende.

Même les commentateurs sportifs ont été harcelés. Le 16 avril, la police de la ville de Serrekunda a interrogé et brièvement détenu les commentateurs de la station Limit FM, notamment Moses Ndene and Kebba Yorro, pour avoir critiqué la gestion de la ligue de football du pays par le gouvernement, a rapporté la Fondation des médias de l'Afrique de l'Ouest.

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