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Un journaliste camerounais expulsé du Tchad

New York, le 16 octobre 2009—Un journaliste camerounais a été sommairement expulsé du Tchad mercredi dernier par les autorités de ce pays, un jour après qu’il a écrit un article contestataire en réponse à la suggestion d’un responsable du gouvernement selon laquelle le prix Nobel de la paix aurait dû être attribué au président tchadien, Idriss Deby.

Le journaliste Innocent Ebodé, arrivé à N’Djamena en juin dernier pour devenir le rédacteur en chef du jeune hebdomadaire La Voix du Tchad, a été reconduit par des agents de sécurité tchadiens à Kousseri, ville frontalière avec la capitale tchadienne, où il a été expulsé définitivement au Cameroun, son pays d’origine, selon son avocat, Jean-Bernard Padaré. Les services de sécurité tchadiens ont ordonné l’expulsion immédiate de M. Ebodé sous prétexte qu’il n’avait pas de permis de séjour, a-t-il dit au CPJ.

Les citoyens camerounais sont certes tenus d’avoir un permis de séjour au Tchad, mais les expulsions sommaires sont rares et les prévenus sont généralement soit condamnés à une amende ou autorisés à se mettre en règle, selon l’expert juridique tchadien, Sobdibé Zoua.

M. Ebodé, qui a laissé sa femme et deux enfants à N’djamena, a été expulsé un jour après avoir écrit un article d’opinion analysant le mérite du président Deby et d’autres dirigeants africains en tant que candidats au prix Nobel de la paix. Selon le journaliste, suggérer que le président Deby affronte un candidat tel que le président américain Barack Obama, lauréat du prix Nobel de la paix de 2009, revenait à demander à un coureur unijambiste de faire du sprint avec le recordman mondial du 100 m, Usain Bolt. L’article en question répondait à une suggestion du ministre tchadien de l’Environnement, Ali Souleymane Dabye, qui a déclaré au cours d’une récente conférence de presse que le président Deby méritait le prix Nobel de la paix pour ses efforts en matière de protection de l’environnement, selon des journalistes locaux.

Peu après la mise en vente de l’édition de cette semaine de La Voix du Tchad, M. Ebodé a été convoqué par le Haut Conseil de la communication du Tchad, l’agence nationale de régulation des médias contrôlée par l’État, et sommé de présenter la documentation administrative dudit journal, selon Me Padaré.

« Le fait qu’Innocent Ebodé soit considéré comme étant en situation irrégulière, un jour après la publication d’un article contestataire à l’égard du président Deby, n’est pas une coïncidence», a déclaré le directeur de la section Afrique du CPJ, Tom Rhodes. « Les journalistes au Tchad travaillent déjà sous le coup d’un décret présidentiel pénalisant tout traitement contestataire des sujets sensibles, et l’expulsion de M. Ebodé met en exergue le recul de la liberté de la presse dans ce pays », a-t-il ajouté.

M. Ebodé est actuellement au Cameroun, selon Me Padaré. Il est le second journaliste étranger expulsé du Tchad depuis l’année dernière, après la journaliste française Sonia Rolley, expulsée en 2008, selon des recherches du CPJ.
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