Cette affaire découle de plaintes déposées par un procureur et un médecin qui affirment avoir été diffamés par un article dudit journal prétendant qu'ils étaient impliqués dans une relation amoureuse. Ces deux plaignants ont déclaré que la prétendue relation était fausse, selon des médias locaux. L'affaire, qui a suscité de grandes inquiétudes quant à la pénalisation du délit de presse, a également été entachée par une influence politique excessive.
Le 27 juillet dernier, la ministre rwandais de
l'Information, Louise Mushikiwabo, avait annoncé lors d'une conférence de presse
à la capitale rwandaise, Kigali, que les jours de certains journaux étaient
« comptés » et que le bimensuel Umuvugizi « allait être traduit en
justice ». Les plaignants John Bosco Mutangana, procureur et Diana Gashumba,
médecin, ont déposé leurs plaintes quatre jours plus tard, le 31 juillet, selon
le bimensuel Rushyashya et des
journalistes locaux. Dans un article paru le 19 octobre courant, Rushyashya, citant des « sources très
influentes » déclarait que M. Gasasira devrait écoper d'une peine de huit mois
de prison et d'une amende de 50 millions de francs rwandais (soit 87.799 dollars
américains).
« Le verdict de cette affaire semble avoir été
prononcé avant la fin du procès », a déclaré le directeur de la section Afrique
du CPJ,
D'autres incidents ont renforcé le sentiment
que l'affaire pénale contre Umuvugizi, considéré comme l’un des rares
journaux indépendants paraissant à Kigali, a été politisée. Par exemple, pendant
que les procédures étaient en cours, le Haut conseil des médias du pays a publié une lettre demandant au bimensuel Umuvugizi de présenter des excuses
officielles écrites et d’apporter des corrections à ses articles parus en
juillet dernier.
Le 22 octobre courant, l’avocat de la défense,
Jean de Dieu Momo, a déclaré au CPJ avoir déposé une plainte où il affirmait
avoir surpris par hasard le juge Silas Nsenguyumva, qui préside le procès, dans
une discussion privée contre-indiquée avec un autre individu sur cette affaire.
Me Momo a ainsi souligné qu’il a adressé une lettre de protestation officielle
au juge en chef de la Cour suprême rwandaise.
Quant à M. Gasasira, il a déclaré au CPJ que,
depuis le début du procès, il est régulièrement suivi par des hommes qu'il croit
être des agents de sécurité de l'État. Le rédacteur en chef d’Umuvugizi a de bonnes raisons de
s'inquiéter: des hommes non identifiés l’avaient
brutalement agressé à son domicile en février
2007 après que son journal a publié des articles critiquant le gouvernement
rwandais, selon des journalistes locaux.
Ce journaliste, qui est jugé en vertu de la loi
2002 sur la presse au Rwanda, risque jusqu'à un an d'emprisonnement pour
diffamation. Toutefois, Me Momo plaide pour que M. Gasasira soit rejugé en vertu
de la nouvelle loi sur la presse qui a été promulguée le 12 août dernier.
Cependant, la nouvelle
loi sur la
presse au Rwanda est elle-même répressive. Cette
nouvelle loi comprend un langage vague qui permet aux autorités de poursuivre
pénalement les journalistes pour publication de tout article considéré comme
étant un « outrage au chef de l'Etat » ou qui « porte atteinte aux bonnes mœurs
». Les journalistes peuvent toujours être poursuivis en vertu du code pénal
actuel, qui continue d'inclure des dispositions relatives à la diffamation et la
violation de la vie privée, pouvant entraîner des peines de prison, ont déclaré
au CPJ des journalistes locaux.
« En pénalisant le délit de presse, la nouvelle
loi sur la presse s'inscrit dans la même dynamique que la précédente », a dit M.
Rhodes. « Le CPJ appelle les autorités rwandaises à réviser la loi sur la
presse, le code pénal ainsi que toutes les lois connexes pour faire de la
diffamation un délit civil et non pénal », a-t-il
ajouté.

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