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Gabon: le gouvernement cible les medias évoquant l'état de santé de Bongo

New York, le 27 mai 2009--Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) est alarmé par les mesures répressives du gouvernement gabonais à l'encontre des médias indépendants ayant évoqué des sujets relatifs à l'hospitalisation du président Bongo et à sa potentielle succession. M. Bongole doyen des chefs d'Etat africains, est admis dans un hôpital espagnol depuis le début de ce mois, sur fond de débats contradictoires au sujet de son état de santé. 
Samedi dernier, le Conseil national de la communication (CNC) du Gabon a  sommairement suspendu le mensuel Ezombolo et l'hebdomadaire satirique Le Nganga pour des articles évoquant des conflits internes pour la succession du président Bongo parmi ses conseillers, selon des journalistes et des médias locaux.  

Les journalistes Arnaud Zajtman et Marlène Rabaud de la chaîne française d'informations France 24, ont été stoppés lundi dernier à l'aéroport de la capitale gabonaise, Libreville, par les autorités de cette ville, selon les médias. L'entrée  sur le territoire gabonais leur a été refusé parce qu'ils n'auraient pas d'accréditation pour exercer dans ce pays, a déclaré M. Zajtman dans un courriel adressé au CPJ.

Avant cet incident, les reportages des médias français au sujet de l'hospitalisation de M. Bongo avaient été critiqués par le CNC. Samedi dernier, ce dernier a accusé France 24 et d'autres chaînes  françaises de radio et de télévision par satellite, notamment LCI, I-télé et Radio France Internationale (RFI), de « diffusion d'informations non-officielles et alarmistes concernant l'état de santé du président », selon l'Agence France-Presse. Le CNC a également adressé des mises en demeure à l'endroit de RFI et du fournisseur de services satellite, Canal Overseas, pour non respect des clauses signées avec l'Etat gabonais, une ancienne colonie française, lesquelles permettent de garantir le « respect de l'ordre public, la sécurité du pays, l'unité nationale, les bonnes mœurs et la dignité des citoyens ».

« La santé du président Bongo est une question d'intérêt public », a déclaré le directeur de la section Afrique du CPJ, Tom Rhodes. « La suspension d'Ezombolo et Le Nganga doit être immédiatement levée. Tous les médias devraient être autorisés à couvrir librement cette affaire importante », a-t-il martelé.

Jean de Dieu Ndoutoum-Eyi, le directeur de publication d'Ezombolo, et Harrys Kombila, un journaliste du Nganga, ont déclaré au CPJ mardi dernier que leurs publications feront appel de leurs suspensions.

Il convient de noter que ces journaux avaient déjà été ciblés auparavant par les autorités gabonaises pour des reportages critiques. En mars 2007, le CNC avait suspendu Ezombolo sur des allégations de publication d'« informations injurieuses et diffamatoires sur des personnalités éminentes de l'État », sans avoir identifié les reportages jugés diffamatoires. En outre, Habib Papy Boubendji, un journaliste du Nganga, avait été  convoqué à la présidence de la République gabonaise en décembre 2008 et sévèrement bastonné par des gardes présidentiels, selon des journalistes locaux.  

Ces dernières années, les autorités gabonaises ont recouru à l'emprisonnement, à des saisies et des suspensions temporaires, ou à l'interdiction de publication de journaux afin de réduire au silence les critiques au regard de sujets sensibles, notamment la richesse de M. Bongo. Ainsi, une plainte internationale déposée en France, et mettant en doute la manière dont le président Bongo et sa famille ont acquis leur patrimoine immobilier à Paris, figure parmi les sujets les plus sensibles au Gabon.

 

 

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