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Les autorités rwandaises menacent de forcer la presse à révéler ses sources

New York, 11 Septembre, 2007— De hautes autorités rwandaises ont  accusé dimanche la presse indépendante du Rwanda de saper l’image du gouvernement et ont ainsi menacé de forcer les journalistes à révéler leurs sources, ont déclaré les journalistes locaux.

Lors d’un débat diffusé par la télévision publique pendant quatre heures de temps à la capital rwandaise, Kigali, et  auquel ont participé des ministres du gouvernement rwandais et des représentants des forces de sécurité, le ministre de l’intérieur du Rwanda, Sheikh Musa Fazil Harerimana, a déclaré que le gouvernement poursuivra les reporters pour utilisation de documents divulgués, a souligné l’agence de presse publique du Rwanda.

« Si un journaliste écrit un article citant un document qui lui a été transmis illégalement, il est passible d’une punition », a- dit le quotidien progouvernemental, New Times, citant M. Harerimana. “Il  doit aussi nous dire qui lui a donné ce document » a-t-il ajouté.  

Selon la loi de presse de 2002 du Rwanda, le droit d’accéder ou de publier des documents du gouvernement « peut être limité » quand il s’agit de certains sujets, notamment la sécurité nationale, mais cette décision « peut faire l'objet d'un recours ».

Cette disposition de la loi de 2002 avait pour but d’empêcher la diffusion d’informations militaires sensibles et d’ordre stratégique ainsi que des délibérations du gouvernement, a précisé un expert en droit rwandais du nom de Francois Rwangampuhwe.

« Nous condamnons cette flagrante tentative d’intimidation de la presse », a martelé Joel Simon, le directeur exécutif du CPJ. « Le gouvernement rwandais doit reconnaître que la presse ne peut pas jouer son rôle d’organe de surveillance sans utiliser des sources confidentielles et des documents d’appui ».

Les journalistes locaux ont aussi souligné que les propos du ministre de l’intérieur sont en rapport avec un article publié en juillet dernier dans l’hebdomadaire Umuseso. Le journal avait cité des documents officiels comme sources d’un scandale relatif au paiement des soldats rwandais de retour du Darfour, a déclaré au CPJ Furaha Mugasha, le rédacteur en chef adjoint de Umuseso.

Le ministre rwandais des finances, James Musoni, la cible de plusieurs articles critiques de journaux indépendants tels que Umuseso, Umuco et Umuvugizi, a accusé ces derniers d’être  de connivence avec les « forces négatives, » une appellation qui fait allusion aux rebelles Hutu basés à la RD Congo ainsi qu’aux opposants en exile du gouvernement  rwandais à domination Tutsi, ont dit les journalistes locaux.

« Les déclarations faites dimanche sont synonymes d’intimidation, et marquent une étape vers la perte de nos sources d’information—et vers nos éventuelles arrestations », a dit le directeur de publication d’Umuvugizi, Jean-Bosco Gasasira., toujours convalescent à la suite d’une attaque brutale en février dernier  liée à son travail.

A noter que M. Gasasira a été soumis vendredi dernier à un interrogatoire pendant trois heures d’horloge en rapport avec la publication d’articles critiques à M. Musoni et à la police rwandaise. 

 


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