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Aux Comores, le gouvernement prend pour cible une chaîne de télévision

New York, le 3 août 2007—Des journalistes des îles africaines des Comores affirment qu’on les a empêchés de voyager vendredi dans l’île séparatiste d’Anjouan, pour couvrir les célébrations de la journée de l’indépendance. Des reporters locaux déclarent que des agences de voyage ont refusé de leur vendre des billets d’avion.

Le rédacteur Ibrahim Ali Saïd Félix et le caméraman Ismaël Kassim de Djabal Télévision, une chaîne privée basée dans la principale île volcanique de la Grande-Comore, n’ont pas pu embarquer pour un vol à destination d’Anjouan, car les agences de voyages avaient refusé de leur vendre des billets avant lundi, a déclaré le directeur de Djabal Télévision, Mmadi Moindjié, au CPJ. Moindjié et Félix prétendent que Comores Aviation et Air Service Comores, deux agences de voyages privées qui assurent en exclusivité les transports inter-îles depuis la capitale Moroni, ont lié cette décision à la pression du gouvernement en relation avec les reportages de Djabal Télévision sur les autorités d’Anjouan.

Djabal TV était le seul média à couvrir l’actualité d’Anjouan sur place, depuis que le colonel Mohamed Bacar s’est autoproclamé président en juin à la suite d’élections non reconnues par le gouvernement de l’Union des Comores, ont déclaré des journalistes locaux au CPJ. Les reportages de la chaîne ont été dominés par des interviews quotidiennes des leaders d’Anjouan et des personnalités de l’opposition, ont-ils déclaré.

«Toute imputation d’ingérence du gouvernement dans le travail de la presse doit être vigoureusement enquêtée », a déclaré le directeur exécutif du CPJ, Joël Simon.

La police avait déjà arrêté Félix le 14 juillet, le gardant en détention pendant 10 heures à l’aéroport de Moroni, après son retour d’Anjouan où il avait réalisé un reportage. Ils ont interrogé le journaliste sur ses prétendus liens avec les dirigeants d’Anjouan, selon des bulletins d’information.

Dans une interview téléphonique avec le CPJ, le porte-parole du gouvernement des Comores Abdourahim Saïd Bacar a nié toute connaissance personnelle de cette affaire, affirmant que Djabal Télévision pouvait circuler et émettre librement. Mais il a accusé la station, basée à Iconi, au sud-ouest de Moroni, « d’avoir d’une certaine façon incité la population à la haine et à la rébellion en interviewant constamment tous ceux qui sont opposés au gouvernement. »

Le chef  de cabinet de la présidence chargé de la défense nationale, Mohamed Dossar, a également nié ces allégations, mais a accusé la chaîne d’être « la ‘Radio Télévision Libre des Milles Collines’ des Comores »¾citant ainsi la station qui avait incité au génocide rwandais en 1994. Dossar a affirmé que bien que les émissions de la chaîne n’aient causé aucune violence ni morts, elles attisaient « les tensions interinsulaires. »

Situé entre le Mozambique et Madagascar, l’archipel des trois îles des Comores a souffert de 19 coups, ou tentatives de coups d’état, depuis qu’il a acquis son indépendance de la France en 1975. En 1997, Anjouan a fait sécession de l’Union des Comores, mais est retourné à la fédération après un accord en 2001 qui accordait à chaque île son propre gouvernement et son propre président.

 



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