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LE ZIMBABWE
Les journalistes zimbabwéens continuent de travailler dans
des conditions très difficiles, les procès intentés
par les autorités et les attaques physiques perpétrées
par le parti dirigeant ZANU-PF restant monnaie courante. Le 28 août,
des attaquants inconnus ont fait sauter la salle de presse de la
Voice of the People (la Voix du peuple), fondée par d’anciens
employés de la Société de radiodiffusion du
Zimbabwe officielle. Cet organe de presse privé produit des
émissions depuis juin 2000 et diffuse généralement
ses programmes sur Radio Netherlands et SW Radio, une station basée
en Europe opposée au Président Robert Mugabe et qui
peut être écoutée au Zimbabwe sur les ondes
courtes.
Selon les recherches du CPJ, l’explosion du mois d’août
est le quatrième attentat à la bombe contre les médias
indépendants depuis janvier 2001 lorsqu’une bombe a
totalement détruit les imprimantes du Daily News, le seul
quotidien indépendant du Zimbabwe qui a depuis subi deux
attaques similaires.
Le 3 mai, la Journée mondiale de liberté de la presse,
le CPJ a nommé le Zimbabwe l’un des 10 pays les pires
pour exercer le métier de journaliste et a mis en exergue
la dure répression exercée par le Ministre de l’information
Jonathan Moyo et le président Mugabe.
Plus tôt dans l’année, Mugabe avait mis en garde
les journalistes que ceux qui écriraient des articles «
diffamatoires » de source anonyme « seraient arrêtés
». Lors d’un rassemblement de chefs religieux qui exhortaient
le Président à une plus grande libéralisation
des médias, celui-ci a déclaré: « Si
ces sources sont fiables, qu’elles le soient suffisamment
pour venir vous secourir lorsque vous serez arrêtés.»
Et de fait, après les élections très controversées
du 15 mars – au cours desquelles Mugabe a dû faire face
aux plus sérieuses menaces les plus graves depuis le début
de son régime déjà vieux de 20 ans, menaces
émanant notamment du Mouvement pour le changement démocratique
(Movement for Democratic Change -- MDC) de l’opposition –
les autorités ont rapidement étouffé le journalisme
indépendant. L’acte le plus important de Mugabe après
sa ré-élection a été de signer la Loi
sur l’accès à l’information et la protection
de la vie privée (Access to Information and Protection of
Privacy Act -- AIPPA), de loin la plus répressive des lois
anti-médias du pays, déjà draconiennes.
Cette loi controversée, rédigée en secret,
criminalise la publication « de fausses informations »
et donne au gouvernement le droit de décider qui peut et
ne peut pas travailler comme journaliste au Zimbabwe. Les autorités
avancent que la loi écartera les « éléments
dangereux » du pays – une idée largement interprétée
pour signifier les correspondants étrangers. Le corps de
la presse étrangère au Zimbabwe a été
décimé au cours des dernières années
depuis que le gouvernement de Mugabe a accusé les journalistes
étrangers basés à Harare d’espionnage
pour le compte du gouvernement britannique, le critique le plus
virulent de Mugabe. Quelques reporters étrangers restent
au Zimbabwe, mais le moral est au plus bas et les dangers semblent
insurmontables.
Avec le consentement explicite du Président, le gouvernement
a tourné son attention vers les médias locaux et arrêté
tout journaliste ayant rédigé des articles critiques.
En invoquant la Loi sur l’ordre public et la sécurité
(Public Order and Security Act -- POSA), l’AIPPA et la Loi
sur la censure et le contrôle des loisirs qui date de l’ère
coloniale, l’Etat a expédié plus d’une
douzaine de journalistes au tribunal. L’arsenal de législation
dont dispose l’Etat signifie que les journalistes peuvent
être accusés de n’importe quoi, de diffamation
ou de publication de pornographie en vue « d’engendrer
l’hostilité à l’égard du Président
», ce qui est illégal conformément à
la POSA. Les affaires vont du mineur -- Iden Wetherell, rédacteur
en chef de l’hebdomadaire Zimbabwe Independent, a été
arrêté et interrogé à propos d’une
photo qu’il avait publiée montrant des hommes amazoniens
jouant au foot à moitié habillés – au
choquant, comme l’accusation contre Peta Thornycroft, correspondant
du Mail & Guardian sud-africain, qui a été accusée
« d’inciter au désordre public et à la
violence » parce qu’elle avait écrit un article
alléguant que les partisans du parti dirigeant tabassaient
les membres de l’opposition.
Le cas le plus grave faisait intervenir le Daily News et le journaliste
américain Andrew Meldrum. Les reporters du Daily News, Lloyd
Mudiwa et Collin Chiwanza de même que le rédacteur
en chef Geoff Nyarota ont été arrêtés
en même temps que Meldrum pour un article de Mudiwa daté
du 23 avril – qui s’est ultérieurement révélé
inexact – avançant que des jeunes du parti dirigeant
ZANU-PF avaient décapité un partisan de l’opposition.
Le Daily News a publié une rétraction en première
page sur l’article du 30 avril. Meldrum, un correspondant
du Guardian de Londres basé au Zimbabwe, a écrit un
article indiquant que l’information avait paru dans le Daily
News et était largement débattue au Zimbabwe.
L’article est paru le même jour que la rétraction
du Daily News et les rédacteurs en chef du Guardian ont ultérieurement
publié leur propre correction. Nyarota a été
détenu puis relâché en attendant l’audition
de l’affaire mais Mudiwa, Chiwanza et Meldrum ont été
arrêtés et placés en garde à vue par
la police pendant trois jours. Les quatre journalistes ont été
accusés « d’abuser de leur privilèges
journalistiques » et de « publier de fausses informations
» conformément à l’AIPPA. Chiwanza n’a
pas été accusé du fait de preuves insuffisantes.
Meldrum, un résident permanent du Zimbabwe, n’a pas
été accusé mais il lui a été
ordonné de quitter le pays dans les 24 heures. Il a fait
appel, la déportation a été suspendue et l’affaire
a été transférée à la Cour suprême.
A la fin de l’année, aucune date n’avait été
fixée pour une audience et Meldrum était libre de
rester au Zimbabwe et d’y travailler. Mudiwa et Nyarota sont
actuellement libres dans l’attente d’une décision
sur leur cas.
Face à ces défis juridiques, les journalistes ont
riposté. En mai, l’Association des correspondants étrangers
a déposé une plainte à la Cour suprême
contestant la constitutionalité de l’AIPPA. Bien que
l’affaire ait été soumise accompagnée
d’un certificat d’urgence, le tribunal a déclaré
le procès « non urgent » et à la fin de
l’année, aucune date d’audience n’avait
été fixée.
En août, l’Association indépendante des journalistes
du Zimbabwe a aussi contesté certaines sections de l’AIPPA,
y compris le pouvoir de la Commission des médias et de l’information
d’obliger les journalistes à se faire enregistrer.
Le 21 novembre, toutefois, la Cour suprême a maintenu le droit
du gouvernement à enregistrer les journalistes. Après
avoir commencé par refuser de se soumettre à cette
obligation d’enregistrement, les journalistes indépendants
ont renoncé mais ont protesté auprès de la
commission. Outre la redevance de 6.000 dollars du Zimbabwe (110
dollars E.U.), les journalistes sont obligés de compléter
des questionnaires d’accréditation détaillés.
Dans une lettre au président de la commission, Tafataona
Mahoso, le secrétaire général du Syndicat des
journalistes, Luke Tamborinyoka, a écrit: « Nous ne
savons pas à quelle fin seront utilisées ces informations
» et il a exprimé des craintes que le formulaire était
un document destiné à recueillir des renseignements
sous le couvert d’un exercice d’accréditation.
Mahoso a minimisé ces inquiétudes, refusant catégoriquement
de modifier les questionnaires.
A la fin de l’année, un litige relatif au travail au
Daily News a menacé l’existence du journal. Celui-ci
a cessé sa publication aux environs du 20 décembre lorsque
les employés ont entamé une grève et ont réclamé
une augmentation de salaire de plus de 100 pour cent. Le 31 décembre,
Nyarota, le rédacteur en chef qui a reçu en 2001 le
prix de la Liberté de la presse internationale du CPJ, a été
licencié du conseil d’administration. Le Daily News a
repris sa publication le jour même. La raison du licenciement
de Nyarota était obscure mais semblait être à
la fois politique et financière. Ce qui est clair, c’est
qu’après son licenciement, les médias contrôlés
par l’Etat ont entamé une campagne de calomnies contre
Nyarota et que la police a tenté de l’arrêter.
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