|
|
|
LA ZAMBIE
Le Président Levy Mwanawasa a pris ses fonctions le 2 janvier
dans un climat d’accusations de la part de l’opposition
que les élections étaient frauduleuses et de commentaires
éditoriaux dans la presse indépendante que le nouveau
chef de l’Etat était la « marionnette »
de son prédécesseur, Frederick Chiluba. La controverse
relative aux élections, les luttes de pouvoir et les scandales
financiers au sein du Mouvement pour une démocratie multipartite
(Movement for Multiparty Democracy -- MMD) ont dominé les
manchettes en 2002.
Mwanawasa a emboîté le pas à Chiluba en adoptant
une ligne dure à l’égard de la presse. A la
fin du mois de janvier, le gouvernement a interdit aux médias
et au public d’assister à l’élection du
Président du Parlement, sans donner d’explication.
Les journalistes indépendants et les parlementaires de l’opposition
ont soupçonné que les autorités craignaient
la couverture d’un scrutin controversé.
Mwanawasa, dont la présidence est restée fragile pendant
2002 alors que l’opposition contestait les résultats
des élections, n’a pas toléré qu’on
lui manque de respect. Au milieu de février, il a déposé
une plainte pour « diffamation du Président »
contre Fred M’membe, rédacteur en chef du quotidien
indépendant The Post, et Dipak Patel, un parlementaire de
l’opposition, après que The Post a publié un
article dans lequel il cite Patel qui a appelé Mwanawasa
un « légume ». La remarque de Patel faisait allusion
à la diminution alléguée des capacités
mentales de Mwanawasa à la suite d’un accident de voiture
qui a failli lui coûter la vie il y a dix ans.
Les journalistes et les groupes de défense des droits de
l’homme critiquent régulièrement les préjugés
flagrants des médias d’Etat en faveur du MMD et allèguent
que l’opposition politique continue de se voir refuser l’accès
à ces organes. Le chef de l’opposition, Anderson Mazoka,
affirme que son droit constitutionnel à la liberté
d’expression a été violé lorsque la Société
nationale de radiodiffusion zambienne (Zambia National Broadcasting
Corporation -- ZNBC) a refusé de diffuser un programme payé
dans lequel Mazoka remerciait les électeurs zambiens après
les élections. Au début du mois d’avril, l’Association
de presse zambienne (Press Association of Zambia -- PAZA) a juré
de venir à bout de ce qu’elle appelle le « journalisme
dans la poche », ou l’acceptation de pots-de-vin en
échange d’une couverture favorable. La PAZA a allégué
qu’un groupe de journalistes des médias d’Etat
avaient été payés en 2001 pour répandre
de fausses rumeurs politiques visant à obtenir un plus grand
nombre de sièges pour le MMD lors des élections.
Les pots-de-vin ont aussi touché la presse privée.
A la fin du mois de juin, l’agence Reuters a suspendu son
correspondant basé à Johannesburg, Buchizya Mseteka,
lorsqu’il a été révélé
qu’il avait reçu des paiements des services du renseignement
zambien. Les rapports d’information ont allégué
que Mseteka avait été l’agent de membres de
l’ancien gouvernement zambien, avait utilisé Reuters
pour faire une campagne de relations publiques pour d’importants
dirigeants africains et avait reçu des paiements de politiciens
africains pour rédiger des articles flatteurs sur eux.
Pendant tout 2002, les journalistes zambiens se sont trouvés
mêlés aux luttes intestines du MMD et Mwanawasa et
son gouvernement ont poursuivi d’anciens représentants
haut-placés du régime de Chiluba pour corruption,
alors que ses associés ont tenté de discréditer
la présidence de Mwanawasa. Au début de juin, quatre
journalistes du tabloïde indépendant The People ont
été emprisonnés pendant trois semaines pour
diffamation lorsque leur journal a fait paraître un article
alléguant que Mwanawasa souffrait de la maladie de Parkinson.
Les journalistes se sont ultérieurement excusés auprès
du Président et il s’est avéré que les
ennemis de Mwanawasa au sein du MMD les avaient trompés.
En juin également, les jeunes du MMD ont saisi des exemplaires
des journaux privés considérés comme critiques
de Mwanawasa dans les rues de la capitale, Lusaka, puis violemment
tabassé les vendeurs à la criée de ces publications.
Les journaux avaient récemment fait paraître des annonces
de clients dont on pensait qu’ils étaient des dissidents
du MMD alléguant que les blessures de l’accident de
voiture de Mwanawasa le rendaient inapte à la présidence.
Les luttes intestines du MMD ont eu un résultat positif.
Au milieu de juillet, l’Etat a retiré les accusations
contre le rédacteur en chef du Post, Fred M’membe et
le reporter Bivan Saluseki et deux politiciens de l’opposition
à la suite d’articles du Post en 2001 qui alléguaient
que le Président Chiluba avait été impliqué
dans une affaire de corruption de 4 millions de dollars E.U. L’affaire
a été classée lorsque le tribunal s’est
montré incapable de décider si l’immunité
présidentielle pouvait empêcher Chiluba de témoigner.
Au début du mois de novembre, le gouvernement a rejeté
trois projets de loi – le projet de loi sur la liberté
de l’information, le projet de loi sur l’autorité
de radiodiffusion indépendante et le projet de loi sur la
radiodiffusion – rédigés par l’Association
zambienne des médias indépendants et des membres de
l’opposition du Parlement. Le MMD a choisi au contraire de
promouvoir ses propres projets de loi. Les journalistes ont critiqué
le projet de législation du gouvernement qui dispense totalement
les forces de sécurité zambiennes de répondre
à des demandes d’informations et autorise le Président
à prendre le contrôle de tous les radiodiffuseurs en
cas d’état d’urgence.
A la mi-novembre, les autorités ont ajourné leur législation
pour consulter les membres de l’opposition et les groupes
de défense des droits des médias. A la fin de l’année,
le Parlement avait approuvé le projet de loi sur la radiodiffusion
indépendante de même que la version du gouvernement
du projet de loi sur la radiodiffusion, qui attendaient tous deux
la signature du Président. Les défenseurs des droits
des médias ont déclaré que les amendements
au projet de loi du gouvernement sur la radiodiffusion, qui autorisent
le conseil de la ZNBC approuvé par la Parlement et la ZNBC
à recueillir les redevances des licences sans intervention
du Ministre de l’information, permettront à la ZNBC
de fonctionner de manière plus indépendante. La législature
a suspendu l’examen du projet de loi sur la liberté
d’information alors que ses membres se penchaient encore sur
certaines des dispositions les plus controversées.
|