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L'OUGANDA
L’Ouganda est le seul pays africain où un journaliste
a été tué en 2002. Jimmy Higenyi, un étudiant
à l’école de journalisme privée United
Media Consultants and Trainers, a été abattu par la
police alors qu’il couvrait un rassemblement du parti de l’opposition,
le Congrès populaire de l’Ouganda (Uganda People’s
Congress), dans la capitale, Kampala, le 12 janvier. Les autorités
avaient interdit la manifestation et la police qui tentait de disperser
le rassemblement a tiré dans la foule et l’a tué
sur le coup.
Malgré la mort de Higenyi, l’Ouganda a continué
à avoir le nombre le plus important de stations de radio
en activité et détenant une licence dans la région.
Même si les 100 stations avec une licence n’émettaient
pas toutes, celles qui étaient en activité repoussaient
les limites de leur base urbaine à d’autres régions
du pays. De nouvelles stations communautaires ont été
créées en 2002, y compris une station axée
sur les exploitants agricoles et qui met l’accent sur la météo
et l’environnement.
Les débats radiophoniques, appelés ekimeeza (conversations
à table), sont devenus des émissions régulières
et extrêmement populaires de la radio FM. Le format est assez
uniforme : les invités se réunissent dans un lieu
public – généralement un pub ou un restaurant
– et débattent d’un sujet sélectionné
par l’animateur. Les auditeurs sont encouragés à
participer soit en se rendant sur le plateau ou en téléphonant.
En décembre, le Ministre de l’information, Basoga Nsadhu,
a déclaré les ekimeeza illégaux et a annoncé
que les licences de radiodiffusion ne s’appliquaient pas aux
bars. Les stations de radio ont ignoré l’interdiction
et ont menacé l’Etat d’un procès.
La pornographie est restée une source d’inquiétude
dans tout le pays, les Ougandais et les membres du Parlement déplorant
sa facilité d’accès aux mineurs. Les autorités
ont interrogé deux rédacteurs en chef et le directeur
de vente d’au moins une revue, Bukedde, pendant près
de cinq heures à propos de la publication de photos «
semi-dénudées » de candidates à un concours
de beauté. Il n’y a pas eu d’accusation mais
le Code pénal de l’Ouganda interdit le « trafic
d’obscénités ».
Les retombées de l’élection présidentielle
de 2001 du pays ont eu des conséquences plus graves pour
les médias. Après avoir de peu battu le Président
Yoweri Museveni dans un scrutin amèrement contesté,
le Colonel Kiiza Besigye a fui le pays en disant qu’il craignait
pour ses jours. De son exil auto-imposé aux Etats-Unis, Besigye
est régulièrement intervenu dans les débats
radiophoniques les plus populaires d’Ouganda au cours desquels
il a accusé à plusieurs reprises le gouvernement de
Museveni de corruption et de fraude électorale. Pendant un
entretien notable avec la Voix de l’Afrique le 17 août,
Besigye a menacé d’avoir recours à des méthodes
« non traditionnelles » si ses efforts pour organiser
de nouvelles élections par des moyens constitutionnels n’étaient
pas couronnés de succès.
Les conséquences ne se sont pas fait attendre. le 16 septembre,
un représentant du non-parti de Museveni (tous les partis
politiques sont interdits en Ouganda), le Mouvement national de
résistance, Ofwono Opondo, a mis en garde les stations de
radio qui diffuseraient d’autres interviews avec Besigye et
les ont menacées de poursuites judiciaires conformément
à la nouvelle Loi anti-terroriste de 2002 qui a été
adoptée en mai. Cette loi, qui autorise le Cabinet à
qualifier une organisation de terroriste, a explicitement inclus
dans cette catégorie les groupes rebelles. « Besigye
a par inadvertance déclaré la guerre au gouvernement
» , a annoncé Opondo qui a ajouté que quiconque
aiderait Besigye à « faire sa propagande... serait
soupçonné de complicité pour terrorisme et
serait visé par la loi anti-terrorisme ». Ceux qui
seront accusés d’avoir violé la loi risquent
10 ans de prison ou la mort par pendaison.
Le 10 octobre, des officiers de police ont fait une descente dans
le plus grand quotidien indépendant du pays, The Monitor,
ont malmené les employés, saisi l’équipement
puis fermé la publication pendant une semaine. Ce raid avait
été causé par un article sur un hélicoptère
de l’armée qui s’était soit-disant écrasé
dans le Nord de l’Ouganda. Le porte-parole de l’armée,
le Commandant Shaban Bantariza, a nié le rapport et le Ministre
de l’information Basoga Nsadhu a accusé le journal
d’encourager les crimes par les groupes rebelles.
Bien que fermé, le journal a continué de paraître
en ligne. Le 17 octobre, la version imprimée a à nouveau
paru avec une excuse des autorités en première page.
Le même jour, Nsadhu a averti les médias qu’ils
devaient faire preuve de prudence sur les questions de sécurité
nationale. Peu de temps après, le groupe Kenyan Nation Newspaper,
qui détient une part majoritaire dans The Monitor, a annoncé
son projet de renforcer les procédures d’enquête
et de recherche du journal.
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