|
|
|
LE TOGO
Le gouvernement togolais a tenté de donner une impression
d’ouverture et de démocratie en tenant enfin des élections
qui avaient été reportées à deux reprises,
alors que le Président Gnassingbé Eyadéma et
son parti dirigeant le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) harcelaient
de plus en plus la presse privée. La censure routinière
des publications privées par les autorités, l’emprisonnement
des journalistes et les tentatives d’imposer des nouvelles
lois assorties de sanctions plus dures encore pour les délits
de la presse ont consolidé la réputation du Togo comme
l’un des pays les plus répressifs pour les journalistes
en Afrique de l’Ouest.
Depuis janvier 2000 que la Loi sur la presse autorise le Ministre
de l’intérieur à saisir des publications, les
autorités se sont lancées dans une furieuse campagne.
La police a confisqué les tirages de plusieurs journaux en
2002 pour des raisons qui vont de la publication de « commentaires
insultants » ou « qui sapent l’autorité
de l’Etat ». Toutes les confiscations ont eu lieu à
la suite d’articles critiquant les autorités.
Les journalistes togolais estiment que les confiscations étaient
destinées non seulement à censurer la couverture mais
aussi à causer la faillite des publications critiques. Les
journaux privés favorables à l’opposition survivent
presque uniquement grâce aux ventes parce que les annonceurs
craignent d’être associés aux publications qui
critiquent le gouvernement. Les salaires des journalistes dépendent
aussi des ventes ; lorsque les publications sont confisquées,
il arrive souvent que les journalistes ne soient pas payés.
Même les journaux pro-gouvernement, qui peuvent tirer près
de la moitié de leurs revenus de la publicité, ont
du mal à joindre les deux bouts. C’est pourquoi les
journalistes de toutes les tendances des médias acceptent
souvent des pots-de-vin des fonctionnaires en échange d’une
couverture favorable.
La presse togolaise reste amèrement polarisée entre
les médias de l’Etat et les médias privés
pro-gouvernement qui offrent un soutien sans faille à Eyadéma
et au RPT d’une part et les médias privés favorables
à l’opposition qui critiquent férocement le
parti dirigeant d’autre part. Cette division se retrouve dans
les organisations qui représentent les journalistes avec
l’Association togolaise des journalistes de la presse privée
favorable à l’opposition et le Syndicat des rédacteurs
en chef de la presse privée qui inclut des journalistes des
médias pro-gouvernement. Les reporters locaux indiquent que
ce fractionnement complique la tâche des journalistes pour
défendre la liberté de la presse.
En février, le Ministre de l’intérieur a condamné
la radio privée Radio Victoire et a invoqué l’expiration
de la licence de la station. Des sources locales ont déclaré
que les émissions de nouvelles et les talk shows populaires
des stations au cours desquels les auditeurs critiquent souvent
le RPT avaient mécontenté les autorités. En
septembre, celles-ci ont brouillé le signal pour Radio-France
Internationale (RFI) lorsque la station a diffusé des commentaires
critiques d’Eyadéma. Pendant ce temps, lors du ballottage
électoral d’octobre, les internautes n’ont plus
été en mesure d’avoir accès au nouveau
site web d’informations letogolais.com, qui est exploité
par une équipe éditoriale à Paris avec des
correspondants basés au Togo. Les défenseurs de la
liberté de la presse ont indiqué que la position éditoriale
indépendante du site avait irrité les autorités.
Les autorités ont également pourchassé, arrêté
et emprisonné des journalistes en représailles pour
leurs reportages sur les scandales au sein du parti dirigeant. Le
directeur de la publication Le Scorpion, Basile Agboh, a été
emprisonné en juin lorsque son journal a révélé
que le Lieutenant-Colonel Ernest Gnassingbé, un fils du Président
Eyadéma, avait menacé le Premier Ministre Agbeyome
Kodjo parce qu’il n’appuyait pas le Président.
Le directeur de la publication Nouvel Echo, Julien Ayi, et son rédacteur
en chef Alphonse Nevamé Klu ont été condamnés
respectivement à 4 et 6 mois de prison et se sont vus imposer
de lourdes amendes après que le journal a faussement écrit
qu’Eyadéma avait illégalement amassé
une fortune qui en faisait l’un des hommes les plus riches
du monde. Les rédacteurs en chef du journal se sont cachés
pour échapper à l’arrestation après la
confiscation de leur journal ou lorsque les autorités les
ont sommés de se présenter.
Même les politiciens haut-placés du RPT n’ont
pas été épargnés par la persécution
pour avoir défié le régime d’Eyadéma.
Le Premier Ministre Kodjo a dû fuir le pays lorsqu’il
a affiché en ligne une déclaration qui critiquait
les erreurs de gestion politique et économique du pays et
a accusé le Président d’abus de ses droits.
Les sources locales ont indiqué que c’était
l’interview de RFI au mois de septembre de l’ancien
Premier Ministre, au cours de laquelle Kodjo a accusé Eyadéma
de vouloir proroger son régime de 35 ans lors des élections
présidentielles à venir, qui a amené les autorités
à brouiller le signal du radiodiffuseur.
En septembre, le Parlement dominé par le RPT a adopté
un amendement au Code de la presse qui alourdit des punitions déjà
dures. La mesure aggrave la sanction pour « outrage à
chef d’Etat » de 6 mois de prison à « une
peine de prison de un à cinq ans sans sursis et une amende
de un à cinq millions de francs CFA [1.500 dollars E.U. à
7.900 dollars E.U.]. » Insulter le Président de l’Assemblée
nationale, le Premier Ministre ou tout autre représentant
de l’Etat est passible aujourd’hui de peines de prison
de trois mois à deux ans. Les sanctions pour diffamation
des cours, des tribunaux, des forces armées ou d’autres
organes de l’Etat sont passées de trois mois à
trois ans de prison.
A la fin de décembre, le Parlement a amendé la constitution
pour permettre à Eyadéma de se présenter à
un autre mandat. Eyadéma, le chef d’Etat africain en
poste depuis le plus longtemps, avait promis de respecter la constitution
et suscité des espoirs qu’il laisserait la place à
un successeur lors des élections présidentielles de
2003. En décembre également, les autorités
ont arrêté Sylvestre Djahlin Nicoué, directeur
de publication du Citoyen du Courrier privé, après
que le journal a publié un éditorial suggérant
que le peuple togolais se rebellerait si des réformes démocratiques
n’étaient pas instituées après le scrutin
de 2003. Nicoué a été accusé «
d’incitation à la rébellion » et était
encore en prison à la fin de l’année.
|