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LA SIERRA LEONE

Alors que les sierra-léoniens luttent pour sauvegarder une paix fragile après dix ans de guerre civile, la Commission indépendante des médias (Independent Media Commission -- IMC) a commencé à accomplir son mandat. L’IMC, créée par le gouvernement en 2001 et principalement composée de représentants de l'Etat et de quelques personnalités des médias, octroie des licences de publication et de radiodiffusion, contrôle les relations entre l'Etat et les médias, fait appliquer un code de règles et de conduite et entend les plaintes civiles contre les journalistes et les organes de presse.

À la fin de l'année, toutefois, les tensions entre l’IMC et le corps de la presse locale se sont intensifiées et la commission de onze membres a menacé d’intenter un procès contre les stations de radio qui n'avaient pas payé leur redevance équivalant à 2.000 dollars E. U. Les propriétaires des stations se sont plaints que l’IMC ignore délibérément l’amertume de la plupart des radiodiffuseurs, pour la plupart basés au sein de communautés rurales et de ce fait qui tirant peu de revenus de la publicité. Ils ont également accusé l’IMC d'entraver l'émergence de stations mieux financées.

De fait, à la fin du mois d'août, l’IMC a rejeté la requête d'une coalition des mouvements de la société civile de lancer une station de radio basée dans la capitale, Freetown, dont la portée s’étendrait à toute l'Afrique de l’Ouest. Les responsables de l’IMC ont expliqué que s'ils approuvaient la West Africa Democracy Radio (WADR), celle-ci pourrait compromettre « la sécurité nationale et la sûreté du public ». L’IMC n'a pas donné de détails, mais les partisans de la WADR ont déclaré aux journalistes que l'approbation n'avait jamais été remise en question jusqu'à ce qu'une délégation du gouvernement libérien se rende à Freetown au milieu du mois d'août. Un représentant du gouvernement sierra-léonien a avoué au CPJ que la délégation avait transmis le « profond mécontentement » du dirigeant libérien, Charles Taylor, qui « n’appréciait pas que l'on prêche la démocratie dans la région.»

En mars, l’IMC a interdit l'hebdomadaire privé African champion pendant deux mois et a demandé que Mohamed D. Koroma, l'éditeur du journal, arrête temporairement de pratiquer le journalisme à cause de son manque allégué d'éthique. Koroma, qui a déclaré qu'il était puni parce qu'il avait écrit un article peu flatteur sur le fils du président Ahmed Tejan Kabbah, a ignoré l'interdiction que l’IMC n'a pas fait appliquer. Mais le 31 août, les représentants de l’IMC ont à nouveau interdit à Koroma d’assumer toute « fonction éditoriale » dans tous les médias locaux et ont fermé African Champion sine die.

Koroma faisait partie de la douzaine de journalistes qui étaient candidats au Parlement pendant les élections générales de mai. La plupart n’ont pas été élus, mais l’un d'entre eux, Mohamed Kandeh Kakay du Standard Times, a remporté un siège lors de ce scrutin qui a également assuré un mandat supplémentaire de cinq ans au Président Kabbah. Le 15 août, le CPJ a publié « Identity Crisis » (« Crise d’identité »), un rapport spécial sur les défis que doivent relever les médias de la Sierra Leone y compris la corruption et d'autres pratiques sans probité qui ont sapé leur crédibilité.

Les organes et le corps de presse de la Sierra Leone sont dangereusement divisés selon les idéologies politiques et les journalistes reconnaissent accepter des pots-de-vin et avoir recours à leurs organisations de presse pour régler leurs comptes personnels. En novembre, Paul Kamara, le rédacteur en chef fondateur du quotidien privé For Di People, a été condamné à six mois de prison pour allégations de diffamation. Certains de ses collègues estiment qu'il est vraisemblable que Kamara utilise son journal pour lancer une vendetta contre Tolla Thomson, un juge connu de la cour d'appel. Les deux hommes se sont heurtés à propos de la gestion de l'association de football de la Sierra Leone, actuellement dirigée par Thomson. Outre ses fonctions de rédacteur en chef, Kamara est également propriétaire d’une équipe de football populaire. Il était encore en prison à la fin de l'année.