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LE SÉNÉGAL
Au début du mois d'août, le Président Abdoulaye
Wade a offert une excuse stupéfiante aux donateurs étrangers
qui ont assisté à la hâte ce pays désertique
de l'Afrique de l'Ouest en lui versant une aide d'urgence à
la famine de 23 millions de dollars E. U. C’est le Président
lui-même qui avait lancé un appel aux fonds mais il
les a ensuite refusés et a accusé les médias
sénégalais d'avoir fait un rapport inexact de la situation
dans la campagne frappée par la sécheresse. Après
une visite de trois jours dans la région touchée,
le Président Wade est rentré furieux dans la capitale,
Dakar, pour annoncer que les menaces de famine avaient été
exagérées-- incident embarrassant à la fois
pour le gouvernement et pour la presse. Le Président a licencié
son conseiller en communication à la suite de l'incident
et les journalistes sénégalais ont reconnu qu'ils
avaient peut-être exagéré la situation.
Jusqu'à récemment, le Sénégal était
considéré comme le phare de la liberté d'expression
en Afrique de l'Ouest. Mais en septembre, plusieurs professionnels
de la presse sénégalaise ont fait savoir au CPJ que
l'administration actuelle avait mis en danger la presse libre du
pays. Les médias locaux qui depuis l'indépendance
en 1960 font une saine concurrence aux médias d'Etat, n'ont
pratiquement pas connu la censure sous le fondateur libéral
du pays, Léopold Sédar-Senghor et son héritier
choisi, Abdou Diouf.
Mais, selon les journalistes sénégalais, lorsque Wade,
qui avait été membre de l'opposition, a été
élu en mars 2000, la presse a dû relever plusieurs
nouveaux défis. De fait, dans les deux années qui
ont suivi l'élection de Wade, 17 journalistes sénégalais
ont été accusés de délits relatifs à
la presse, harcelés ou tabassés par les partisans
du parti dirigeant -- alors qu'entre 1982 et mars 2000 seuls 10
avaient dû subir ce type d'abus.
Les journalistes locaux dénoncent aussi le fait que le Ministère
de l'information, démantelé en 2000 et intégré
au bureau du Président, était devenu l’antenne
personnelle de relations publiques du président Wade. Deux
questions en particulier se sont révélées particulièrement
épineuses pour les reporters sénégalais : les
liens du Président avec la secte islamique mouride, à
laquelle il appartient, et ses tentatives de négociations
de paix avec les chefs d’une insurrection armée en
Casamance, une affluente région du sud du pays.
Bien que le Sénégal soit un pays séculaire
selon la loi, les fraternités islamiques ont exercé
de manière traditionnelle une énorme influence sur
la société et la politique. Dernièrement, ces
fraternités religieuses se sont étendues à
la propriété des médias et certaines des plus
grosses sociétés de médias du Sénégal,
telles que le Groupe Wal Fadjiri, appartiennent maintenant en totalité
ou en partie à des chefs ou des groupes spirituels importants.
Les journalistes non musulmans, tels que Jean-Baptiste Sané
du service de radiodiffusion d'Etat Radio-Télé Sénégal
(RTS), indiquent que les chrétiens et les autres groupes
religieux sont réduits à la portion congrue dans les
médias de l'Etat. Sané et d'autres journalistes affirment
aussi que la désignation par le président Wade d'un
général à la retraite pilier du Parti démocratique
pour diriger la RTS est une manœuvre pour limiter l'accès
à l’information sur la campagne militaire contre le
Mouvement rebelle des forces démocratiques de Casamance.
Le 18 septembre, les rebelles ont publié une lettre menaçante
accusant nommément une douzaine de journalistes de critiquer
injustement la cause du mouvement.
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