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LE NIGERIA

Avec les élections présidentielles prévues pour avril 2003, le Président nigérian Olusegun Obasanjo, qui a survécu à un autre vote de destitution en septembre, doit ranimer sa popularité tout en maintenant la paix dans ce pays agité où la violence ethnique et religieuse a fait des milliers de morts au cours des années passées. Général d’armée à la retraite, Obasanjo a été élu aux élections de mai 1999 qui ont mis fin à des décennies de régime militaire. Trois ans plus tard, en dépit de sa remarquable expansion, la presse nigériane reste vulnérable à la censure et à la répression.

En novembre, les chefs islamiques de Zamfara, un Etat du Nord, ont lancé un appel aux Musulmans pour qu’ils tuent Isioma Daniel, un reporter du quotidien privé de Lagos, ThisDay. L’édit, ou fatwa, découle d’un article de Daniel daté du 16 novembre à propos de l’élection de Miss Monde qui devait se tenir au Nigeria en décembre dans lequel elle avait écrit que le Prophète Mohamed, s’il était encore en vie, ne s’opposerait pas à ce que le Nigeria accueille ce concours de beauté et choisirait même peut-être une épouse parmi les candidates. L’article a déclenché des révoltes religieuses qui ont fait plus de 200 morts. Le 20 novembre, des centaines de manifestants ont mis le feu au bureau de ThisDay dans l’Etat de Kaduna en scandant « Allahu Akbar » (Dieu est grand) et en accusant Daniel de blasphème. Bien que le quotidien se soit rétracté en présentant plusieurs excuses en première page, le gouverneur adjoint de l’Etat de Zamfara, Mamuda Aliyu Shinkafi a déclaré que la fatwa exigeait de « tous les musulmans, où qu’ils se trouvent, qu’ils considèrent l’élimination de la journaliste comme un devoir religieux. »

Daniel s’est enfuie à l’étranger peu après le début des révoltes bien que le gouvernement fédéral du Nigéria lui ait assuré que la fatwa ne serait pas exécutée. Le Ministère de l’information Jerry Gana, s’exprimant au nom des autorités fédérales, a déclaré que les lois nigérianes « ne prévoient pas la mise à mort de quelqu’un qui a fait quelque chose de similaire à ce qu’a fait ThisDay ». Mais d’autres responsables de l’Etat, soucieux d’apaiser la colère des Musulmans, ont menacé de punir ThisDay cependant par des mesures moins draconiennes. Le concours de Miss Monde, entre-temps, est parti pour Londres.

Une semaine après l’incident, une groupe de vigiles musulmans recrutés par le Service de sécurité de l’Etat pour maintenir l’ordre public à Maiduguri dans l’Etat de Borno au Nord-Est du Nigeria où la sharia (la loi islamique) est appliquée, a procédé à une rafle d’une douzaine de vendeurs de journaux sensationnels considérés comme contraires aux principes islamiques. Les vendeurs ont été libérés sans accusation. Pareillement, un tribunal de la sharia à Gusau, la capitale de l’Etat de Zamfara, a imposé des amendes à un groupe de vendeurs de journaux au mois d’août car ils avaient vendu des revues et des calendriers illustrés présentant des femmes nues.

En janvier 2000, moins d’un an après l’avènement de la démocratie, Zamfara est devenu l’un des premiers Etats nigérians à adopter le droit islamique. Onze des tente-six Etats du Nigeria ont suivi son exemple ce qui a divisé le Nigeria en deux régions amèrement hostiles, le Nord musulman et le Sud principalement chrétien. Bien que les régions du Nord se soient révélées quelque peu plus tolérantes des différentes opinions de la presse, les journalistes de tout le pays ont été montrés du doigt pour leurs positions critiques. Dans de nombreux cas toutefois, les autorités judiciaires ont défendu les membres des médias. Au début de 2002, un tribunal de magistrats d’Abakaliki, une ville du Sud-Est de l’Etat d’Ebonyi, a annulé les accusations de sédition à l’encontre d’Emma Okeki-Ogo et d’Ogbonna Okorie de l’Ebonyi Times, qui étaient poursuivis par le gouverneur de l’Etat, Sam Egwu, pour un article de novembre 1999 qui l’accusait de dépenses inconsidérées et de ne pas être « un bon chrétien ».

A la fin du mois de décembre, une douzaine de procès contre les médias étaient encore en cours dans les tribunaux fédéraux et d’Etat, mais les journalistes nigérians ont déclaré qu’il était peu probable que les autorités emprisonnent les reporters pour l’exercice de leurs fonctions, même si certains politiciens en vue se sont déclarés favorables à ces mesures. De fait, selon les journalistes locaux, il semble que les autorités fédérales soient aujourd’hui beaucoup plus disposées à enquêter sur les affaires d’attaques contre la presse.

Malgré ces décisions positives, les journalistes et les défenseurs des médias continuent de critiquer les systèmes juridiques fédéraux et d’Etat qui sont vulnérables à la corruption et au trafic d’influence. En décembre, les autorités de Kwara, un Etat du centre-Ouest du pays, ont eu une prise de bec publique avec Bukola Saraki, éditeur de l’hebdomadaire National Pilot, dont le bureau principal se trouve dans la capitale de l’Etat, Ilorin, qui a été dévastée par une bombe terroriste le 15 novembre. Saraki s’était fermement opposé à la création de la commission régionale qui devait réaliser une enquête sur l’explosion car il soupçonnait la commission d’être composée de représentants du système judiciaire de l’Etat qui manquaient d’objectivité.

A la fin de l’année, on ne savait toujours pas si les autorités poursuivraient un groupe de soldats à la retraite qui avaient envahi la salle de presse du quotidien Nigerian Tribune dans la capitale fédérale Abuja et avaient pris en otage un certain nombre d’employés pendant plusieurs heures. Les soldats avaient affirmé qu’un article du 30 novembre qui les avait décrits comme de « faux anciens combattants » avait compromis le versement de leur retraite. Pendant l’occupation des bureaux du journal, les agresseurs ont demandé, en vain, à l’auteur de l’article de s’identifier. Finalement, un escadron de police d’élite a dû maîtriser les anciens soldats en colère. L’incident n’a pas fait de blessés.

Face à ces menaces, les défenseurs de la liberté de la presse nigériane ont intensifié leurs pressions sur les législateurs des deux chambres du parlement. Mais les luttes partisanes de la chambre supérieure ont retardé l’adoption d’un projet de loi qui améliorerait les conditions de travail des journalistes et leur offrirait une protection accrue. La mesure, connue sous le nom de projet de loi de 2002 sur l’amélioration de la pratique du journalisme porterait également création d’une Commission des plaintes des professionnels des médias qui se pencherait sur les plaintes déposées contre les journalistes et prendrait des mesures disciplinaires non discriminatoires.