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LE NIGER

Au début du mois d’août, un soulèvement militaire dans la région orientale de Diffa par des soldats réclamant des arriérés de salaire a mis en danger la fragile démocratie du Niger. La mutinerie était le premier défi grave du régime civil depuis l’élection du Président Mamadou Tandja en décembre 1999. Avant cette élection, le pays avait fait l’expérience de deux coups d’Etat en trois ans. Désireux de rétablir l’ordre et d’éviter l’instabilité, les autorités ont saisi l’insurrection comme prétexte pour faire taire les médias et les voix de l’opposition.

Au cours des trois premières années de la gouvernance démocratique, les autorités du Niger ont eu une relation tendue avec la presse indépendante naissante du pays. Les autorités considèrent les journalistes comme des adversaires tout en cherchant à établir des partenariats avec les médias lorsqu’elles tentent d’instituer des réformes et d’encourager la stabilité sociale. Au début du mois de janvier, le Président Tandja a lancé un appel à un journalisme plus responsable et s’est plaint que « les vertus de professionnalisme et d’impartialité, indispensables à l’exercice correct de la profession, faisaient défaut dans certains secteurs de la presse ». Tandja a encouragé les journalistes à éviter « l’amateurisme, l’improvisation, le sensationnalisme et la tendance à la diffamation ».

La méfiance profonde de Tandja à l’égard des médias a été illustrée par sa réaction au soulèvement de Diffa. Pendant la mutinerie, qui a duré 10 jours, Tandja a émis le 5 août un décret interdisant « la diffusion par quelque média que ce soit d’informations ou d’allégations susceptibles de compromettre les opérations de la défense nationale ». Les organes de presse qui contrevenaient à cette mesure risquaient la suspension, la fermeture ou la confiscation de leur équipement. Le décret stipulait également que les personnes qui participaient à la diffusion de ces rapports seraient considérées complices de la mutinerie et seraient punies en conséquence.

A la suite du soulèvement, les autorités ont utilisé le décret pour arrêter Moussa Kaka, directeur de la radio privée Radio Saraounia et correspondant local de Radio-France Internationale de même que Boulama Ligari, le correspondant de la Radio Anfani indépendante, basé à Diffa. Bien que les deux journalistes aient été accusés d’avoir diffusé dans leurs reportages sur le soulèvement des informations erronées, le fait qu’ils aient été arrêtés deux semaines après la fin de la mutinerie a persuadé certains journalistes de la capitale, Niamey, que leur détention avaient pour but de harceler et d’intimider la presse. Les deux hommes ont finalement été relâchés sans accusation.

Des sources locales affirment également que les correspondants étrangers et locaux ont été convoqués dans le bureau du Premier Ministre et invités à tempérer leurs reportages sur la mutinerie. L’activiste des droits de l’homme, Amina Balla Kalto, a été accusée de « prendre parti » dans le soulèvement et a été arrêtée lorsqu’elle a critiqué le gouvernement d’ appliquer l’état d’urgence, notamment les restrictions de la presse, plusieurs semaines après la fin de la mutinerie. Un autre défenseur des droits de l’homme, Bagnou Bonkoukou, a été condamné à un an de prison pour « diffusion d’informations mensongères » lorsqu’il a remis en question le nombre officiel des victimes de la mutinerie dans des interviews radiophoniques. Les deux activistes ont été détenus sur la base du décret du mois d’août.

Les autorités ont également invoqué la répressive Loi sur la presse, qui criminalise plusieurs délits de la presse, pour punir les auteurs d’articles jugés négatifs sur des hauts fonctionnaires de l’état. En mai, la police a arrêté Abdoulaye Tiémogo, éditeur de l’hebdomadaire satirique indépendant Le Canard Déchaîné, parce qu’il avait accusé le Premier Ministre Hama Amadou de favoritisme ethnique et régional dans le choix de hauts fonctionnaires. Bien que disculpé de cette accusation, Tiémogo a été condamné en juin à huit mois de prison pour « diffamation » pour avoir accusé Amadou de tenter de soudoyer le président du parlement dans le but de conserver son poste de premier ministre. C’était la seconde fois en huit mois que Tiémogo recevait une peine de prison pour diffamation d’un représentant de l’Etat.

Malgré la Loi draconienne sur la presse, les journalistes du Niger avancent que le manque de ressources financières est le problème le plus grave des médias. Les salaires des journalistes sont dérisoires et le gouvernement est réticent à faire de la publicité dans les médias qui critiquent ses politiques. Une distribution médiocre confine la presse écrite aux grandes villes et les courtes portées de diffusion limitent les stations de radio – la forme de communication de masse la plus cruciale dans un pays où le taux d’alphabétisation est de 15 pour cent.

Les autorités n’en ont pas moins contribué à promouvoir l’expansion des médias du pays, notamment les stations de radio. En 2002, les autorités ont adopté une politique de communication pour le développement national qui définit une démarche démocratique de l’accès à l’information et préconise le dialogue pour appuyer les initiatives de développement et alléger la pauvreté. Avec l’aide des donateurs internationaux, les autorités ont ouvert plusieurs stations de radio communautaires qui offrent aux populations des campagnes et des petites agglomérations des informations sur les besoins en développement.