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LE MOZAMBIQUE
Plus d’un an après qu’une mission du CPJ au
Mozambique a constaté que le meurtre de novembre 2000 du
reporter Carlos Cardoso avait créé un « climat
de crainte » dans les salles de presse du pays, il semble
que le corps de la presse de ce pays ait retrouvé confiance
dans sa capacité à dénoncer la corruption et
autres maux. Dans les semaines qui ont précédé
le procès ouvert en Novembre de six personnes soupçonnées
du meurtre, les journalistes de la capitale, Maputo, ont annoncé
la nouvelle sensationnelle que Nymphine Chissano, un fils du Président
Joaquim Chissano, était soupçonné de complicité
dans l’assassinat.
Les journalistes du pays, de même que le CPJ et d’autres
critiques étrangers, estiment depuis longtemps que l’enquête
était faussée. Un article daté du 27 septembre
dans l’hebdomadaire privé MediaFax a orienté
les soupçons vers Nymphine Chissano. Selon MediaFax, un homme
identifié uniquement sous le nom « d’Opa »
ou « d’Upa » avait indiqué aux enquêteurs
que Cardoso avait été tué sur ordre du «
o filho do galo » (le fils du coq), un nom de code pour Nymphine
Chissano.
Le lendemain de la publication de cet article, un chargement de
poulets a été livré au domicile de Kok Nam,
l’éditeur du quotidien Savana qui appartient à
MediaCoop, la même coopérative de medias qui détient
MediaFax. Le chauffeur du camion a prétendu que les poulets
étaient un cadeau de la première dame du pays, Marcelina
Chissano, à Nam and Fernando Lima, l’auteur de l’article.
Plus tard le même jour, d’autres camions ont essayé
de livrer des poulets au domicile du rédacteur en chef de
MediaFax, Marcelo Mosse, de même qu’à la rédaction
de MediaCoop.
La première dame a nié toute participation aux incidents
et a souligné qu’elle-même et le Président
souhaitaient que la justice soit faite dans l’affaire Cardoso.
Peu de temps après, les autorités judiciaires ont
assigné Nymphine Chissano à comparaître et l’ont
cité comme témoin mais pas comme suspect.
A la fin de l’année, on ne savait pas si le procès
résoudrait les mystères entourant le meurtre de Cardoso.
Pour compliquer les choses, Anibal dos Santos Junior (connu sous
le nom d’Anibalzhino), l’homme dont on pense qu’il
a mené l’escadron de la mort qui a tué le journaliste,
s’est échappé le 1er septembre d’une prison
à haute sécurité prétendument après
que les gardiens de la prison ont reçu des « ordres
venus d’en haut » de le laisser partir. Selon sa mère,
Anibalzhino se trouverait maintenant à Londres et ne rentrera
pour dire « toute la vérité » que si les
autorités garantissent sa sécurité. Il est
jugé in absentia.
Sur les cinq suspects présents au tribunal, deux ont avoué
leur rôle dans l’assassinat et la plupart ont accusé
Nymphine Chissano d’avoir tramé le crime. Chissano
nie toute participation à l’assassinat bien qu’à
la fin de 2002, les magistrats envisageaient sérieusement
d’ouvrir un nouveau dossier dans lequel il serait un suspect
officiel.
Parallèlement, en septembre, lorsqu’une impasse d’un
an a menacé de retarder les élections générales
de 2004, le parti dirigeant FRELIMO et le parti de l’opposition
RENAMO sont convenus d’amender la législation électorale
du pays afin de permettre aux deux partis de nommer 18 des 19 membres
de la Commission nationale des élections (National Election
Commission -- CNE). Il est vraisemblable que le président
de la CNE sera une personnalité indépendante choisie
par des groupes de la société civile. Le Président
Chissano ne brigue pas un autre mandat et la lutte aura lieu entre
le chef du RENAMO, Alfonso Dlakhama et Armando Gebuza, un nationaliste
dur du FRELIMO qui estime que le parti s’est trop éloigné
de ses racines socialistes.
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