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LE MALAWI

En 2002, la presse malawienne, déjà fortement assiégée, a souffert davantage de menaces et d’attaques verbales de la part du Président Bakili Muluzi et des membres de son parti, le Front démocratique unifié (United Democratic Front -- UDF), au pouvoir, de même que de voies de fait par des jeunes de l’UDF alors que les organes de presse locaux ont de plus en plus de mal à maintenir leur indépendance éditoriale face à des difficultés financières croissantes.

La tentative actuelle du parti dirigeant d’amender la constitution pour permettre à Muluzi de briguer un troisième mandat a exacerbé les antagonismes entre les autorités et la presse indépendante. Bien qu’au début du mois de juillet, l’UDF n’ait pu faire adopter par le Parlement la prolongation du mandat du Président, les autorités ont réintroduit un projet de loi relatif à un troisième mandat à l’automne et se sont attiré les critiques locales et internationales car il semble que le parti dirigeant souhaite davantage garder la mainmise sur le pouvoir que résoudre les difficultés sociales et économiques du pays.

A la fin du mois de mai, plusieurs milliers de partisans de l’UDF ont fait le siège des bureaux des Blantyre Newspapers, l’éditeur du quotidien privé Daily Times et de l’hebdomadaire Malawi News pour protester contre les positions de ces journaux sur le projet de loi relatif au troisième mandat. La foule a tabassé un journaliste qui tentait de noter les numéros des plaques d’immatriculation des véhicules qui avaient transporté les partisans de l’UDF aux bureaux. La manifestation a pris fin lorsque le Ministre des affaires présidentielles Dumbo Lemani a ordonné aux manifestants de se disperser à la suite d’une réunion avec le président-directeur général de la société.

Toujours à la fin du mois de mai, Muluzi a interdit toute manifestation publique relative au troisième mandat. Mais les groupes de la société civile ont avancé que du fait que le gouvernement contrôlait les médias les plus influents du pays -- y compris les deux stations de radio d’Etat de la Malawi Broadcasting Corporation et la seule chaîne de télévision nationale du pays – les opposants d’un troisième mandat n’avaient d’autre choix que de manifester. Selon les journalistes locaux, la pression accrue des donateurs internationaux à la fin de 2002 a contraint le gouvernement à autoriser de plus larges débats dans les médias contrôlés par l’Etat, notamment l’expression de points du vue opposés, sur la question du troisième mandat.

Au cours des quelques dernières années, le paysage médiatique malawien s’est fracturé le long des lignes idéologiques des les partis politiques. Pendant que les voix de l’opposition de la presse indépendante accusent le gouvernement de corruption et de tentatives visant à consolider son pouvoir, l’UDF quant à lui a de plus en plus recours aux médias publics et privés pour promouvoir ses idées. Plusieurs publications privées, qui selon certains journalistes locaux seraient financées par des membres de l’UDF, sont sorties de leur silence pour attaquer d’autres médias indépendants. Ces publications présumées de mauvaise qualité, au sein desquelles The Sun, The Malawi Standard et le Malawi Insider, condamnent quiconque critique la politique de l’UDF.

En octobre, le Malawi Insider et The Malawi Standard ont accusé l’Institut national des médias d’Afrique australe (National Media Institute of Southern Africa -- NAMISA), un groupe de droits des médias, de déclarer la guerre aux institutions de médias et aux journalistes qui avaient dit que la prolifération des publications parrainées par l’UDF s’inscrivait dans la tentative du parti dirigeant de soutenir la possibilité d’un troisième mandat de Muluzi. Selon le Malawi Insider, The Malawi Standard a affirmé que le NAMISA s’était rendu coupable d’insultes personnelles, de corruption, de tribalisme et de politique partisane.

Les défenseurs des droits des médias indiquent que du fait que les journalistes indépendants vivent souvent la pauvreté, nombre d’entre eux ont été séduits par les meilleurs salaires des publications des politiciens, quitte à devoir écrire ce que leur demandent leurs bienfaiteurs.

Selon les observateurs, les différences religieuses – les groupes chrétiens étant généralement opposés à la prolongation du mandat de Muluzi et les nombreux musulmans, minoritaires dans le pays, étant favorables à un troisième mandat pour le Président musulman – intensifient également les désaccords entre les médias locaux. En septembre, l’Eglise catholique s’est plainte auprès de l’Autorité de réglementation des communications du Malawi parce que Radio Islam aurait diffusé des émissions au cours desquelles les auditeurs ont appelé pour s’en prendre aux politiques de l’Eglise. Elle a qualifié les programmes de « provocants et insultants » alors que les partisans de l’Eglise l’exhortaient à diffuser des représailles sur sa propre Radio Maria.

Les jeunes démocrates de l’UDF s’en sont pris à plusieurs journalistes en 2002. En février, un groupe de jeunes démocrates a enlevé Mallick Mnela, de l’hebdomadaire The Chronicle et a attaqué d’autres journalistes du Chronicle pour avoir publié des articles sur les luttes intestines de l’UDF.

Les politiciens ont continué à avoir recours aux procès pour étouffer les reportages sur la corruption. Au début du printemps, le Ministre des affaires présidentielles Lemani a réclamé des dommages-intérêts à The Chronicle lorsque la revue a cité un politicien de l’opposition qui a allégué que le Bureau de lutte contre la corruption au sein du gouvernement ne poursuivait pas les dirigeants suspects de l’UDF. C’est le cinquième procès intenté à The Chronicle au cours des deux dernières années dans ce que les journalistes estiment être une campagne destinée à couler le journal.

Sur une note plus positive, le NAMISA a lancé un fonds de défense juridique en octobre destiné à appuyer les journalistes et les organisations de médias qui font l’objet de procès.