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LE KENYA

Le 30 décembre, le chef de l’opposition, la National Rainbow Coalition (NARC), Emilio Mwai Kibaki a remporté à une écrasant majorité lors d’élections présidentielles qui ont fait date; il a remplacé Daniel arap Moi qui, après 24 années de pouvoir, s’est vu interdire un nouveau mandat par une nouvelle constitution. Du fait que les élections étaient le plus grand défi au parti du Président arap Moi, l’Union nationale africaine (African National Union -- KANU) au pouvoir depuis l’indépendance en 1963, le scrutin a dominé l’actualité.

La NARC de Kibaki a remporté 126 des 210 sièges du Parlement; la KANU de Moi, aujourd’hui dirigée le candidat malheureux à la présidence battu Uhuru Kenyatta, a vu sa part réduite à 63 sièges seulement. Un troisième parti, le Forum de démocratie populaire, peu connu, a remporté 14 sièges.

Les politiciens et le public se sont plaints de la couverture des élections et ont cité les reportages prétendument biaisés qui sont apparus dans les médias indépendants et les médias d’Etat. Selon un rapport par l’Institut des médias indépendant, basé dans la capitale, Nairobi, la KANU avait fait l’objet d’une couverture disproportionnée sur toutes les stations de télévision mais plus particulièrement à la télévision d’Etat, la Kenya Broadcasting Corporation (KBC), la seule station autorisée à diffuser dans tout le pays. Même après les plaintes des politiciens de l’opposition, la KBC a poursuivi sa couverture de la KANU et a passé sous silence les rassemblements et les discours de l’opposition.

Le rôle de porte-parole du gouvernement que joue depuis longtemps la KBC met en danger ses employés dans les régions favorables à l’opposition; le journal indépendant Daily Nation a cité une source anonyme de la KBC : « Nous ne pouvons pas envoyer notre équipement au rassemblement [de l’opposition] et risquer sa destruction ». Ses craintes étaient fondées : les employés de la KBC ont été harcelés, tabassés et attaqués à plusieurs reprises par des étudiants en révolte et autres sympathisants de l’opposition.

Tous les candidats à la présidence ont accepté de participer à une série d’émissions en direct intitulée « Face the People » («Face au peuple ») au cours de laquelle ils ont répondu aux questions du public du studio -- une première au Kenya et un coup pour la Télévision nationale. Les candidats ont également consenti au premier débat présidentiel télévisé jamais organisé qui a fait du Kenya le second pays africain (après le Ghana) à arranger ce type d’évènements médiatiques. Les débats ont été ultérieurement annulés sans explication. Les médias ont aussi continué à utiliser Internet et deux quotidiens concurrents, The Daily Nation et l’East African Standard et ont rivalisé de vitesse pour actualiser leurs sites web avec les dernières dépêches. Dans son rapport financier annuel, qui paraît en novembre, le Nation Media Group a déclaré que l’édition en ligne de son fleuron, le Daily Nation, avait reçu plus d’un million de visiteurs par jour.

En mai, avant l’intensification de la campagne présidentielle, le Ministre de la justice, le Général Amos Wako, a à nouveau présenté au Parlement un projet de loi controversé et répressif sur les médias connu sous le nom de Projet de loi statutaire (amendements divers). La mesure, introduite sous différentes incarnations depuis sa première présentation en 2000, s’est à chaque fois heurtée à l’hostilité et aux critiques impitoyables des législateurs, des syndicats et de la presse. Le projet de loi prévoit la multiplication par 100 de la redevance que doivent verser les éditeurs pour s’assurer contre les pertes qu’ils peuvent subir du fait de procès en diffamation ; celle-ci est passée de10.000 shillings (126 dollars E.U.) à 1 million de shillings (12.605 dollars E.U.). Les éditeurs qui ne s’acquittent pas de la redevance risquent des amendes qui peuvent aller jusqu’à un million de shillings ou une peine de prison de trois ans ou les deux. De surcroît, les distributeurs et les vendeurs des publications qui n’ont pas payé leur redevance peuvent être frappés d’une amende qui peut aller jusqu’à 20.000 shillings (252 dollars E.U.), condamnés à une peine de prison qui peut aller jusqu’à six mois ou les deux. Les éditeurs craignent que ces dispositions contraignent les vendeurs à refuser de vendre certaines publications et puissent forcer plusieurs petits journaux à fermer.

Le Président Moi a signé la législation le 4 juin. L’agence de presse locale, Kenya Eye News Service, a immédiatement contesté la loi qui d’après elle viole la Section 179 de la constitution du Kenya qui garantit la liberté d’expression et a tenté de porter l’affaire devant le Tribunal constitutionnel. A la fin de l’année, l’affaire n’était pas encore réglée.

Les médias indépendants ont dû faire face à de formidables ennemis. En mars, le Ministre Nicholas Biwott a obtenu 20 millions de shillings (258.000 dollars E.U.) à la suite d’un procès en diffamation qu’il avait intenté contre le journal The People en raison d’un article l’accusant de corruption. A ce jour, Biwott a gagné quatre procès en diffamation ; la décision rendue en mars porte le total des dommages-intérêts qui lui ont été versés à 60 millions de shillings (773.000 dollars E.U.).

Parallèlement, le gouvernement a reconnu sa responsabilité dans l’affaire du reporter photo Wallace Gichere qui a été poussé d’une fenêtre par des officiers de police en 1991 pour une séries d’articles compromettants sur le Kenya publiée dans la presse étrangère. Gichere, paralysé par sa chute, a intenté un procès à l’Etat et réclamé des dommages-intérêts ; il a entamé une grève de la faim pour protester contre l’inaction de l’Etat dans cette affaire. Le 17 juillet, près de 10 ans après l’attaque, le Ministre de la justice le Général Wako a déclaré que bien que les autorités aient reconnu leur responsabilité, le montant des dommages-intérêts demandés par Gichere était excessif. (Les sources du gouvernement affirment que le journaliste a demandé 3,25 millions de dollars.) Wako a suggéré qu’un tribunal fixe le montant des dommages-intérêts.