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LA CÔTE D’IVOIRE
En juillet, tous les espoirs étaient encore permis que la
crise politique en Côte d’Ivoire prendrait bientôt
fin, et ce en raison de la décision par juge de la capitale,
Abidjan, confirmant que l’ancien Premier Ministre Dramane
Ouattara, le chef du parti de l’opposition le Rassemblement
des Républicains (RDR), détient la citoyenneté
ivoirienne.
La controverse relative à la citoyenneté de Ouattara
a été au centre des troubles du pays qui se sont très
nettement aggravés en 1993 lorsque le Président Henri
Konan Bédie a démis Ouattara de ses fonctions de Premier
Ministre. C’est d’ailleurs Bédie qui concocta
le concept d’Ivoirite (« être un véritable
Ivoirien ») en réponse aux inquiétudes causées
par une immigration en masse venant des pays voisins. Au début
du mois d’août, le RDR s’est rallié au
gouvernement d’union nationale de l’actuel Président,
Laurent Gbagbo, en vue de consolider la réconciliation nationale
entamée par Gbagbo à la fin de 2001. Mais le 19 septembre,
des soldats en colère du Nord musulman de la Côte d’Ivoire
se sont mutinés. A la fin de l’année, l’insurrection,
décrite aussi par les médias d’Etat comme une
tentative de coup d’Etat manquée et une attaque «
terroriste », était devenue une rébellion active
qui a effectivement divisé le pays en deux.
Les rebelles, connus sous le nom de Mouvement populaire de la Côte
d’Ivoire (MPCI), ont des exigences similaires à celles
du RDR de Ouatarra et sont proches des partisans du RDR, les musulmans
du Nord du pays. Le MPCI a commencé par avancer rapidement
vers la capitale, Abidjan, qui se trouve dans le Sud, une région
essentiellement chrétienne et animiste. Mais les troupes
envoyées par la France en Côte d’Ivoire pour
protéger les intérêts occidentaux et français
dans son ancienne colonie ont rapidement contenu les rebelles. La
collusion apparente entre le MPCI et le RDR, le seul parti politique
à ne pas avoir condamné la rébellion, a incité
les représentants de l’Etat à accuser Ouattara,
qui a ultérieurement fui à l’étranger,
de tenter de déstabiliser le pays. En décembre, le
chef du RDR avalisait ouvertement les demandes du MPCI et réclamait
la démission de Gbagbo.
Dans la confusion, un certain nombre d’escadrons de la mort
sont entrés en activité en assassinant surtout des
personnalités favorables à l’opposition. Parallèlement,
les services de répression ont détenu et tabassé
les journalistes soupçonnés de sentiments anti-gouvernementaux
tandis que les partisans de Gbagbo ont détruit les bureaux
et l’équipement des organes de presse pro-RDR.
Le CPJ et d’autres groupes internationaux de liberté
de la presse ont condamné les attaques perpétrées
contre les journalistes. L’Observatoire de l’éthique
des médias et de la liberté de la presse, la principale
organisation de journalistes ivoiriens, a également supplié
« tous les insurgés, tous les militants et tous les
jeunes, quelle que soit leur affiliation politique, de faire preuve
de tolérance à l’égard des journalistes
et des organes de la presse.» Le Ministre de la communication,
Sery Bailly, a lui aussi condamné les attaques et a déclaré
que « le recours à la violence était rétrograde
et que réduire tout organe ou journaliste au silence ne faisait
que causer l’appauvrissement collectif.»
Dans cette atmosphère de soupçons généralisés,
les journalistes ivoiriens se sont rapidement trouvés impliqués
dans les querelles civiles et leurs reportages et opinions se sont
de plus en plus teintés d’arguments d’intolérance
religieuse et de xénophobie. En décembre, la Fédération
internationale des Ligues des droits de l’homme basée
à Paris a annoncé qu’elle recueillait des «
preuves » qui seraient vraisemblablement utilisées
contre les « médias ivoiriens de la haine » dans
les tribunaux internationaux. Les observateurs étrangers,
les journalistes et les diplomates conviennent d’ailleurs
que les médias locaux ont largement contribué à
répandre des opinions hostiles aux étrangers et aux
immigrants ce qui, en plus du litige sur la nationalité de
Ouattarra, aurait précipité l’explosion de violence
meurtrière dans ce pays jadis stable et prospère.
Une importante section de la presse favorable au Président
Gbagbo a accusé les médias étrangers de reportages
préconçus et insensibles qui donneraient une fausse
image du conflit en Côte d’Ivoire où il est estimé
qu’environ 40 pour cent de la population est étrangère.
Un éditorial du 22 septembre dans le quotidien du Front populaire
ivoirien au pouvoir, Notre Voie, a par exemple appelé la
BBC, Radio-France Internationale (RFI) et l’Agence France-Presse
« les autres adversaires de la Côte d’Ivoire,»
apparemment parce qu’ils seraient sympathiques au RDR et aux
populations opprimées du Nord musulman. Ce même jour,
les autorités ont brouillé les signaux de radiodiffusion
des stations FM qui relaient les programmes de la BBC, de RFI et
de la station pan-africaine Africa No 1. Le chef du Comité
national de l’audio-vision, Jérôme Diegou-Bailly,
a alors expliqué « qu’en état de guerre,
il est nécessaire de gérer l’information afin
de ne pas répandre la mort et le trouble dans la population
».
Environ 1.000 personnes ont trouvé la mort depuis le début
de la rébellion. Les autorités ivoiriennes ont attribué
le conflit au Burkina-Faso et au Libéria d’où
deux groupes rebelles ont lancé les attaques de décembre
sur les villes le long de la frontière du Libéria
et de la Côte d’Ivoire. Le quotidien français
du soir, Le Monde, a révélé le premier des
informations crédibles qui étayent la théorie
de l’intervention étrangère dans la crise ivoirienne
dans un article du 10 octobre accusant le Burkina Faso d’entraîner
et d’armer les rebelles. Un autre journal français,
l’hebdomadaire Le Canard Enchaîné, a ultérieurement
ajouté que les rebelles étaient partiellement financés
par le dirigeant libyen le Colonel Muammar Qaddafi, qui pour sa
part a accusé l’Occident de déstabiliser la
Côte d’Ivoire en vue « d’exploiter ses richesses.»
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