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L'ETHIOPIE
Au début du mois de décembre, le Premier Ministre Meles
Zenawi a surpris ses détracteurs en les invitant à une
série de débats sur les politiques de l’Etat et
l’avenir du pays. L’organisateur de cette rencontre sans
précédent, une association indépendante connue
sous le nom d’Inter Africa Group, a déclaré que
le but était d'encourager « l'échange de vues
entre le gouvernement et les autres parties prenantes » sur
des sujets d’intérêt public. Les critiques du gouvernement,
principalement le Front de libération Oromo (Oromo Liberation
Front – OLF) rebelle, ont qualifié les débats
de manipulation destinée à « restaurer l'image
très détériorée » du parti dirigeant,
le Front populaire révolutionnaire démocratique éthiopien
(Ethiopian People’s Revolutionary Democratic Front -- EPRDF).
Les journalistes éthiopiens ne se sont pas moins félicités
de l'ouverture soudaine de l’EPRDF et ont exprimé l’espoir
qu'elle persiste. À la fin de l'année, seul un journaliste
éthiopien, Tewodross Kassa, l'ancien rédacteur en chef
de l'hebdomadaire éthiopien Ethiop qui paraît en langue
amharique, était en prison pour son travail. Quatre autres
journalistes détenus -- Tamirate Zuma, Lubaba Said, Melese
Shine et Zegeye Haile -- ont été relaxés en 2002.
La presse d’Éthiopie reste néanmoins méfiant
du gouvernement Zenawi. À la fin du mois de janvier, une délégation
conjointe de l'Association éthiopienne des journalistes de
la presse libre (Ethiopian Free Press Journalists Association -- EFJA)
et de l'Institut des médias de l'Afrique australe, un groupe
régional et non gouvernemental de défense de la liberté
de la presse, ont défilé jusqu'au siège de l'Organisation
de l'unité africaine, connue aujourd'hui sous le nom d’Union
africaine (UA), dans la capitale de l'Éthiopie, Addis Ababa,
en vue de remettre une pétition exhortant l’Union à
faire pression sur les états membres pour mettre fin aux attaques
à la liberté de la presse en Éthiopie et au Zimbabwe.
En juillet, une délégation du CPJ a effectué
une mission d'enquête de cinq jours en Éthiopie qui a
révélé que les autorités entendaient procéder
à des changements, sans dire lesquels, à sa loi vieille
de dix ans relative à la presse. Bien que le Ministre de l’information
Bereket Simon ait affirmé au CPJ que la nouvelle loi serait
propice à « un journalisme constructif et responsable
», les journalistes ont répondu que les statuts se traduiraient
par une répression et causeraient la faillite de nombreux organes
de presse. Mais à la fin de l'année, les journalistes
ont fait savoir que les autorités semblaient avoir renoncé
au projet de loi.
Plus tôt dans l’année, les autorités ont
publié un code d'éthique à l’intention
des reporters, que l’EFJA a qualifié de recueil de «
directives restrictives imposées aux [journalistes] par les
dirigeants sous le couvert d'un code d'éthique professionnel
». Les autorités ont déclaré que le code
était nécessaire parce que, disent-il, certains journaux
indépendants sont financés par des groupes « terroristes
» et des pays étrangers hostiles, à savoir l'OLF
et l'Érythrée voisine. L'Éthiopie et l'Érythrée
se sont opposées dans une guerre frontalière de 1998
à 2000, à la suite d’un conflit de trente ans
qui a libéré l'Érythrée de l'Éthiopie
en 1991.
La loi sur la radiodiffusion de l'Éthiopie a été
adoptée en juin 1999 mais les autorités ont invoqué
le manque de fonds et de personnel qualifié pour retarder la
création de l'Agence de radiodiffusion éthiopienne,
l'entité responsable de l'application des dispositions de la
loi. Cet organe spécialisé indépendant, qui «
assurera l'expansion d'un service de radiodiffusion de haute qualité,
rapide et fiable et qui sera susceptible de contribuer au développement
politique, social et économique » du pays, a finalement
ouvert ses portes en juillet et recueilli une longue liste de candidatures,
notamment la BBC, et la Société de radiodiffusion d’Addis
locale (Addis Broadcasting Company -- ABC), dirigée par l'éminent
économiste et activiste des droits de l'homme Berhanu Nega.
Dans une interview avec le quotidien privé, Addis Tribune,
Nega a déclaré que l’ABC n'avait « aucune
intention de s'opposer au gouvernement ni aucun intérêt
à le faire. Nous souhaitons établir un dialogue responsable
et une discussion raisonnée sur notre société.»
Même si les dirigeants éthiopiens ont exprimé
leur désir d'améliorer les relations avec les médias,
il est difficile de se défaire de vieilles habitudes. En octobre,
les autorités ont accusé la Mission des Nations unies
en Éthiopie et en Érythrée (MNUEE) « d’être
à l’origine de fuites » aux médias et ont
avancé que la pratique pouvait saper la confiance dans la mission
de maintien de la paix. Cette accusation a été portée
après que des représentants de l’UNMEE ont mis
des reporters au courant d'une escarmouche entre une milice éthiopienne
et les soldats d’un contingent indien de la MNUEE.
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