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LA GUINÉE-ÉQUATORIALE

Depuis que le Président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo a pris les rênes lors d’un coup d’Etat militaire en 1979, il a imposé avec l’aide de son Parti démocratique de la Guinée équatoriale l’un des régimes les plus répressifs d’Afrique. La petite presse du pays a été constamment harcelée et intimidée et les Équato-Guinéens se sont vus imposer des amendes parce qu’ils lisaient des publications controversées. La réélection massive d’Obiang en décembre ne fera que maintenir le climat défavorable à la liberté de la presse.

En tant qu’ancienne colonie espagnole et seul pays hispanophone de l’Afrique, la Guinée équatoriale est politiquement isolée du reste du continent. Le gouvernement a le quasi-monopole de tous les médias de radiodiffusion. La seule radio locale privée -- Radio Asonga – et sa filiale télévision sont entre les mains du fils du Président. Une poignée de quotidiens indépendants paraissent irrégulièrement du fait des coûts élevés et du harcèlement des autorités, alors que tous les journaux sont soumis à la censure du Ministère de l’information avant publication. Les autorités contrôlent de plus en plus les télécommunications et les services Internet. Dans ces circonstances, c’est l’autocensure qui prévaut dans les médias privés et publics.

En dépit d’allégations de multiples abus des droits de l’homme en 2002, le Bureau du Haut Commissariat des Nations Unies pour les droits de l’homme a mis fin le 19 avril au mandat de son représentant spécial en Guinée équatoriale qui était présent dans le pays depuis 1979. Curieusement, la décision a été prise après l’arrestation de 144 partisans de l’opposition accusés de conspiration pour renverser le gouvernement.

Le 18 mai, le Ministre de la justice a invité le public et les observateurs internationaux à assister au procès des prétendus conspirateurs. Toutefois, le Ministre des affaires étrangères avait qualifié de « déformés » les reportages des journalistes internationaux et soutenu que l’image du pays avait été dégradée. C’est pourquoi, le 21 mai, deux jours avant le début du procès, le Ministre adjoint de l’information Alfonso Nsue Mokuy a mis en oeuvre des procédures plus strictes d’accréditation pour les correspondants étrangers.

Dans l’entre-temps, les journalistes de la presse locale privée qui tentaient de couvrir le procès ont été harcelés par les autorités et ont eu des difficultés à trouver de la place dans la salle d’audience car la presse étrangère s’était vue attribuer les sièges en priorité. Rodrigo Angue Nguema, le correspondant de plusieurs organisations de presse internationales, n’a pas été autorisé à couvrir le procès à deux reprises bien qu’accrédité dans les règles. Un journaliste local, le chef de l’Association de la presse de Guinée équatoriale (ASOPGE), Pedro Nolasco Ndong, n’a lui non plus pas pu entrer.

Le 3 mai, les autorités ont interdit au journal indépendant La Opinión et l’ASOPGE de fêter la Journée mondiale de liberté de la presse. Quelques jours plus tard, Nsue Mokuy a menacé d’interdire l’ASOPGE et a accusé l’association de presse de se comporter comme un « gouvernement parallèle qui ne coordonne pas ses activités avec le Ministère [de l’information] ».

Depuis la légalisation de l’ASOPGE en 1997, les représentants de l’Etat ont constamment harcelé l’organisation et Nolasco Ndong. L’année dernière, le maire de la capitale, Malabo, a fermé l’ASOPGE sans explication. L’Association a réouvert à la suite d’une intervention du Ministère de l’information. En septembre, l’ASOPGE a dénoncé un plan allégué des autorités visant à remplacer les administrateurs de l’association par des dirigeants contrôlés par l’Etat. Les autorités ont nié cette allégation.

Nolasco Ndong a fui le pays au début du mois de juillet à la suite d’une série de menaces liées aux articles qu’il avait publiés sur Internet au mois de juin et qui décrivaient les conditions d’emprisonnement déplorables des 68 personnes qui avaient été condamnées à des peines de prison lors du procès de conspiration. Après la publication des articles, les médias de l’Etat ont décrit Nolasco Ndong comme « un journaliste de seconde zone qui publie des informations déformées et sans preuves ».

Au début du mois d’août, le Ministère de l’information et l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) ont co-parrainé un séminaire de trois jours sur « la liberté de la presse et la règle de droit ». Lors de la cérémonie d’ouverture, le Premier Ministre Candido Muatetema Rivas a déclaré qu’il souhaitait « offrir de meilleures garanties de liberté et d’exactitude de l’information » et a annoncé la création d’une faculté d’études médiatiques à l’Université de Guinée équatoriale. Mais il a aussi rappelé aux journalistes de « respecter la déontologie de la profession afin de ne pas violer les droits des autres ».

Plus tôt dans l’année 2002, les autorités ont autorisé la publication de La Nación, une nouvelle revue hebdomadaire indépendante qui appartient à Nolasco Ndong. Le Ministre de l’information a rejeté le nom initial de la publication -- La Liberación – qui, a-t-il déclaré, « sapait les principes démocratiques » du régime du Président Obiang. Depuis le départ de Nolasco Ndong en exil, toutefois, on ne sait pas vraiment si l’hebdomadaire paraît.

Au début de décembre, les Nations Unies ont envoyé en Guinée équatoriale, sur l’invitation des autorités, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté d’expression Ambeyi Ligabo. Le rapport de cette mission devrait être publié en mars 2003.