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LE CAMEROUN
Le 10 octobre, la Cour internationale de justice a reconnu les
droits du Cameroun sur Bakassi, une péninsule du Golfe de
Guinée dont le Nigeria avait depuis longtemps revendiqué
les importants gisements de pétrole offshore. Le Nigeria
n’en a pas moins continué à exercer sa prérogative
et a ravivé les craintes d’un conflit armé le
long des 1.000 miles (1.600 kilomètres) de frontière
entre les deux pays.
La couverture de la décision rendue par la Cour a détourné
l’attention des médias d’autres questions urgentes,
telles que la campagne sécessionniste prolongée des
provinces anglophones du Sud-Ouest et les mauvais résultats
du gouvernement en matière de droits de l’homme. Parallèlement,
l’Etat a fait appel à la presse pour consolider ses
arguments contre le Nigeria tout en continuant à harceler
et à détenir les journalistes.
Le 9 janvier, la police a emprisonné Georges Baongla, l’éditeur
de l’hebdomadaire privé Le Démenti et a saisi
les ordinateurs du journal, soit-disant parce que Baongla avait
spolié un représentant du Ministère des finances
de 23.000 dollars E.U. L’équipe du Démenti a
toutefois déclaré que leur chef était persécuté
à cause d’articles que le journal avait publiés
qui dénonçaient la corruption de fonctionnaires du
Ministère. Baongla a été relaxé à
la fin de l’année.
En mars, les autorités ont emprisonné pendant trois
jours Peter William Mandio, l’éditeur de l’hebdomadaire
privé Le Front Indépendant, après que sa revue
a publié un article sur plusieurs liaisons extra-conjugales
entre des employés du Bureau du Président. L’éditeur
Jacques Blaise Mvié, de l’hebdomadaire La Nouvelle
Presse, s’est caché pour éviter des représailles
similaires lorsque sa revue a publié ces mêmes allégations.
L’administration du Président Paul Biya a eu du mal
à se donner l’image d’un régime démocratique
alors que des rapports de presse faisaient état de 127 plaintes
déposées par les citoyens auprès de la Cour
suprême lui demandant d’annuler les résultats
des élections législatives et municipales de juin
à la suite desquelles le Parti populaire démocratique
du Cameroun dirigeant (Cameroon People Democratic Party -- CPDM)
a accru le nombre de ses sièges au Parlement. A la suite
de pressions intenses, le tribunal a annulé les résultats
de 17 sièges sur 154, et a jugé que le scrutin était
très irrégulier. Les élections partielles de
septembre ont suscité moins de controverses et le CPDM a
obtenu tous les sièges contestés sauf un et la part
de l’opposition est passée de 43 sièges à
21.
A la suite des élections partielles, les médias ont
commencé à faire paraître des commentaires vitrioliques
sur les voyages de Biya à l’étranger, y compris
54 jours de vacances sous les manchettes « Le Président
s’est envolé » et « Biya s’est-il
volatilisé ou a-t-il fui? » En réponse, le Ministre
des communications Jacques Fame Ndongo a fustigé les «
méthodes contestables » des médias qui d’après
lui équivalaient à une « invasion de la vie
privée susceptible de troubler l’ordre public ».
Quelques semaines plus tard, lorsque Biya est rentré pour
fêter le vingtième anniversaire de sa présidence,
La Nouvelle Expression a fait paraître un article intitulé
« Vingt ans d’illusions » tandis que Le Renouveau
déplorait le fait que les Camerounais venaient de passer
« vingt années dans la confusion ».
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