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LE BURKINA FASO

2002 a été une année particulièrement difficile pour le Président Blaise Compaoré, de plus en plus souvent accusé d’être l’un des dirigeants les plus corrompus de l’Afrique de l’Ouest et d’appuyer l’insurrection chez son voisin la Côte d’Ivoire. Les membres des médias qui ont couvert la corruption ont été harcelés alors que le meurtre du journaliste Norbert Zongo en décembre 1998 n’a toujours pas été élucidé.

En février, le Danemark a réduit son aide au Burkina Faso de 27 à 21 millions de dollars E.U. à la suite d’allégations que le pays avait violé un embargo des Nations Unies. Sur la base de preuves des Nations Unies, le gouvernement danois a déclaré que la capitale du Burkina Faso, Ouagadougou, était devenue le principal point de transit des armes qui alimentent les guerres dans la région. Le Danemark cite aussi des retards dans l’enquête sur l’assassinat de Zongo pour justifier sa décision.

Les représentants des Nations Unies affirment que Compaoré et son homologue libérien, Charles Taylor, enfreignent régulièrement le droit international à des fins personnelles. En octobre, le quotidien français Le Monde a corroboré des allégations du gouvernement ivoirien selon lesquelles Compaoré aurait accueilli, armé et entraîné un groupe d’officiers insatisfaits de l’armée ivoirienne. Le 19 septembre, ces officiers ivoiriens ont déclenché une rébellion sanglante à partir de leur base du Burkina Faso dans l’espoir de renverser le gouvernement de leur pays. Compaoré a ultérieurement reconnu son rôle dans la tentative de coup d’Etat auquel les médias européens ont également lié le dirigeant libyen Muammar Qaddafi.

En octobre, le CPJ a confirmé un rapport du Monde qu’à la fin de septembre, les rebelles ivoiriens ont enlevé le journaliste chevronné Christophe Koffi, un reporter de l’Agence France-Presse basé à Ouagadougou et l’a emmené à un village sur le fleuve Lareda proche de la frontière avec la Côte d’Ivoire. Koffi a été relâché une semaine plus tard après que le chef rebelle Ibrahim Coulibaly l’a accusé d’espionner pour le compte du gouvernement ivoirien. Koffi n’a pas été blessé pendant sa captivité.

Koffi avait déjà été détenu le 7 août lors d’une enquête de la police du Burkina Faso sur le meurtre le 1er août de Balla Kéita, un ancien ministre du gouvernement de la Côte d’Ivoire qui a choisi de s’exiler. Après avoir relâché Koffi le jour suivant, la police est venue chercher Newton Ahmed Barry, rédacteur en chef du mensuel privé L’Evénement et lui a posé des questions sur ses contacts avec les journalistes ivoiriens et aussi s’il avait travaillé pour le gouvernement ivoirien. Barry a été détenu pendant deux jours puis relâché sans charge.

Avec l’intensification des tensions entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, la haine nationaliste s’est répandue des deux côtés, notamment en Côte d’Ivoire où plus de 3 millions de Burkinabés travaillent dans les plantations de café et de cacao. Le 6 août, la police des frontières du Burkina Faso a détenu et interrogé six journalistes ivoiriens qui se rendaient à Ouagadougou pour couvrir le décès de Kéita.

Après des élections législatives très contestées en mai, le parti majoritaire du Président Compaoré, Congrès pour la démocratie et le progrès, a vu le nombre de ses sièges passer de 101 à 57 sur un total de 111 sièges. Les journalistes indépendants et les chefs de l’opposition se sont tous félicités des résultats et ont fait remarquer qu’ils témoignaient de l’insatisfaction de la population du régime de Compaoré.

Le soir du 14 octobre, selon des rapports régionaux, le Président Compaoré a survécu à une tentative d’assassinat qui a tué au moins un agent haut placé du service secret et en a blessé un autre. Le compte-rendu précise que des attaquants non identifiés ont catapulté un explosif sur la limousine présidentielle alors qu’elle passait dans une rue de Ouagadougou.